Economiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem, Jacques Bendelac a choisi d’envisager dans Israël-Palestine : demain, deux Etats Partenaires ? (éd. Armand Colin) la problématique israélo-palestinienne à travers une lecture pragmatique et économique. Il présentera son livre le 11 septembre 2012 à 20h30 au CCLJ.
En plus de quarante ans d’occupation, Israël a tout mis en place pour que les économies palestiniennes et israéliennes soient imbriquées et qu’elles ne puissent se séparer. Mais par la même occasion, les Israéliens sont également devenus dépendants des Territoires palestiniens ! « L’économie israélienne a bénéficié de deux moteurs de croissance entretenus par les Territoires palestiniens : des débouchés pour ses marchandises et une main-d’œuvre bon marché », explique Jacques Bendelac. « Les Territoires palestiniens sont les deuxièmes partenaires commerciaux de l’Etat d’Israël après les Etats-Unis, et les Palestiniens représentent encore aujourd’hui 20% de la main-d’œuvre dans le domaine de la construction israélienne ». Une séparation brutale n’est envisageable ni pour Israël ni pour la Palestine. Economiquement, les Israéliens auront besoin autant des Palestiniens que ces derniers auront besoin des Israéliens.
Sur base de ce constat, l’écono-miste israélien Jacques Bendelac en arrive à la conclusion que le seul scénario envisageable est une séparation politique par la création d’un Etat palestinien indépendant, entretenant des liens de coopération étroits avec Israël. « La logique des “Deux peuples, deux Etats” doit s’accompagner d’une normalisation des relations économiques pour permettre surtout aux Palestiniens de devenir plus indépendants à l’égard d’Israël et que ce dernier puisse trouver d’autres débouchés économiques et d’autres sources de main-d’œuvre », affirme Jacques Bendelac. Israël tirera les bénéfices de la création d’un Etat palestinien à ses côtés, et ces bénéfices seront beaucoup plus importants que le coût de la guerre et de l’occupation.
Le statu quo actuel ne peut durer, même si les Israéliens ont le sentiment d’avoir une vie normale. Cette « normalité » a un coût financier très élevé. Tous les instruments sécuritaires de séparation physique coûtent très cher aux Israéliens et cela leur porte d’autant plus préjudice que ce statu quo greffe les dépenses sociales et éducatives. « Il n’y a pas de miracle, le budget militaire se finance sur la réduction des dépenses civiles », précise Jacques Bendelac.
Start-up palestiniennes
Si la solution « Deux peuples, deux Etats » a fait son chemin tant du côté israélien que palestinien, on observe que sur le terrain, cette solution a du mal à avancer. Cette situation de blocage n’ébranle pas pour autant la conviction de cet économiste israélien que cette solution au conflit sera tôt ou tard appliquée. « Je suis convaincu que le scénario des deux Etats est jouable. Des deux côtés de la Ligne verte, on reconnaît qu’il s’agit d’une solution viable pour les deux peuples et que les bénéfices à en retirer seront supérieurs aux coûts ».
Un pragmatisme et un bon sens qu’Israéliens et Palestiniens mettent déjà en pratique à travers des partenariats économiques dans des secteurs aussi inattendus que les hautes technologies informatiques. « Depuis deux ou trois ans, des start-up palestiniennes ont vu le jour en Cisjordanie et elles ont noué des partenariats très étroits avec des entreprises israéliennes », assure Jacques Bendelac. « Cet exemple me semble significatif, car il montre bien qu’il y a un potentiel humain important côté palestinien, et qu’il y a aussi un potentiel de coopération directe avec Israël dans des secteurs économiques auxquels personne ne songeait ».
Ce type de partenariat s’impose comme la seule solution pour que les deux économies se développent à moyen terme. L’économie palestinienne ne sera viable que si elle coopère avec Israël et ce dernier ne pourra poursuivre son développement économique que si un Etat palestinien indépendant existe à ses côtés.
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