Israël : un gouvernement à la petite semaine

D’erreurs en crises, d’échecs en déchirements, la coalition actuellement au pouvoir à Jérusalem se survit. C’est même ce qu’elle fait le mieux.

Qu’est-ce qui ne va pas avec l’actuel gouvernement israélien ? Ce n’est pas sa légitimité, puisqu’il est issu d’une majorité élue démocratiquement. Ni qu’il soit (très) à droite : telle est la volonté des électeurs.

Non, le souci, c’est une incompétence tellement profonde qu’elle en devient gênante. Prenons les offensives diplomatiques de l’Autorité Palestinienne (AP) à l’ONU. Voici plus d’un an que Mahmoud Abbas les annonçait sur le mode « Retenez-moi sinon je fais un malheur ».

Qu’ont fait les dirigeants israéliens face à ces menaces annoncées ? Ils en ont dénié l’importance avant d’envoyer en catastrophe le Premier ministre s’exprimer à la tribune de l’ONU.

Ce fut un discours aussi éloquent que dénué d’un quelconque effet. Rectification : il a permis à la cote de popularité de M. Netanyahou de monter en Israël. Peu après, de manière tout aussi prévisible, la Palestine a posé sa candidature comme membre de l’UNESCO*.

Encore une fois, qu’a fait le Premier ministre pour empêcher cela sinon rien ? Et, à présent que l’affaire est pliée, comment réagit-il ? Il se préoccupe d’empêcher ses alliés d’extrême droite de quitter le navire.

Facile : il suffit de jouer les caïds genre : « tar’ta gueule à la récré ». T’es à l’Unesco, l’AP ? Et bien moi, je te construis 2.000 logements en Cisjordanie. Et je te gèle tes fonds, en plus. Et toc.

Cela dégrade encore l’image de l’Etat juif, cela mécontente ses derniers alliés européens, cela inquiète son protecteur américain ?Qu’importe. Il a montré qu’Israël en a, et de grosses. Et ça, l’extrême droite, elle aime.

Mais inutile de s’alarmer, c’est une feinte. Car le Premier ministre est un fin manœuvrier. D’ici quelques temps, il reprendra discrètement les versements dus aux Palestiniens. Quant aux constructions… 

Il avait déjà trompeté l’annonce de 2.000 logements en mars 2011, après le massacre de la famille Fogel en Cisjordanie. « Une réponse sioniste », avait-il dit alors. Sauf que, selon les colons eux-mêmes, rien de concret ne s’en est suivi.

Qui plus est, si la promesse a apaisé les partis de la coalition, elle a aussi fait grimper aux rideaux le Yecha, le lobby des implantations. A ses yeux, construire en Cisjordanie devrait être « un droit naturel du peuple juif » et non « une arme de sanction contre nos ennemis »**…  

Bref, l’habile stratégie du Premier ministre est parvenue à mécontenter à peu près tout le monde, lui-même excepté.

« Une grave crise de la coalition »

Encore sera-ce une satisfaction de courte durée : la prochaine crise est déjà dans les tuyaux. En cause, les « avant-postes », ces implantations sauvages en Cisjordanie que même la loi israélienne ne reconnait pas.*

Or la Cour suprême d’Israël, la plus haute instance judiciaire du pays, a ordonné la destruction de toute une série d’entre elles (Asmona, Givat Assaf, Maale Rehav’am, etc.) avant la fin de 2011 ou au début de 2012. Elle attend à présent du gouvernement qu’il s’exécute.

Avec son habilité coutumière, le Premier ministre a cru s’en tirer en créant une commission. Son but ? Trouver  une argutie légale qui permette de légaliser les avant-postes. A nouveau, tant pis pour l’opinion intenrationale. Il faut  sauver le soldat Netanyahou.

Sauf que la manœuvre a manqué. Et qu’à présent «Habayit Hayehoudi », un parti pro-colons (3 élus) menace de quitter le gouvernement. Certes, avec ses 69 députés sur 120, la coalition au pouvoir pourrait survivre à ce départ.

Mais la vraie menace vient du propre parti de M. Netanyahou, le Likoud. Il y a là quelques jeunes députés -Danny Danon, Tzipi Hotoveli, Zeev Elkin et Yariv Levin- dont les dents rayent le parquet tant ils ont hâte de « servir le pays » selon l’expression consacrée.

Du coup, ils se payeraient bien leur leader qu’ils accusent de trahir « les électeurs et les valeurs historiques » du Likoud. Eux aussi annoncent « une grave crise de la coalition » si M. Netanyahou obtempère aux décisions de la Cour Suprême…

Et le destin de l’Etat d’Israël dans tout cela ? On imagine qu’il devra attendre que droite et extrême droite aient réglé leurs importants problèmes de leadership.

*http://www.cclj.be/article/2/2425

**http://www.israel7.com/2011/11/la-construction-comme-punition/

**http://www.cclj.be/article/2/2426

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