Que le glorieux passé d’une nation soit ou non un mythe n’a qu’une importance relative. Ce qui compte, c’est jusqu’où ses citoyens sont prêts à aller pour lui donner vie.
Histoire de voir ce que raconte « l’opposition », on surfe sur des sites juifs de droite (au sens large) et on tombe sur la nième variation d’un de leurs arguments favoris : « Le peuple palestinien est une pure invention »*
Explication : ce sont des Arabes en tous points semblables aux autres qui n’ont jamais eu d’histoire ni d’Etat spécifique. Donc, « le terme de Palestinien a été usurpé pour faire croire qu’Israël avait spolié un peuple ». Conclusion : pas de peuple, pas de droit à un Etat.
Difficile de ne pas penser à la propagande arabe pour qui « juif » est une religion et non un peuple. Et donc : pas de peuple… Et surtout au livre de Shlomo Sand, «Comment le peuple juif fut inventé » **
Là, la thèse est que jusqu’à ce que sont les écrivains sionistes du XIXe qui ont imaginé ce concept. A preuve, ses mythes fondateurs sont faux : les Juifs n’auraient pas été expulsés par les Romains en 70 EC, entraînant la création de la diaspora.
Ces « exilés » seraient des païens convertis à une religion qui ne cesserait d’être prosélyte que deux siècle plus tard. Quant aux Juifs restés donc en Palestine, ils se seraient convertis à l’islam et les Palestiniens d’aujourd’hui leurs descendants.
Toutes ces théories sont partiales, partielles et contestables. Qui plus est, quasi tous les peuples s’approprient un mythe qui les fonde. Comme la Suisse dont la Confédération daterait du « Serment du Grutli » (1307)
Et dont le plus illustre défenseur serait Guillaume Tell, l’illustre transperceur de pommes. Sauf que ni l’événement ni l’homme n’ont existé. De même, dans l’imaginaire coréen, leur pays a été fondé par Dangun, fils d’un dieu et d’une femme ours.
Les Japonais apprennent que leur empereur est le descendant direct de Jimnu Tenno (7èmesiècle avant notre ère), lui-même petit-fils de la déesse du soleil Ameratsu. Plus près de nous, les Romains se targuaient de descendre du prince troyen Enée, fils de la déesse Vénus.
Laquelle, selon « Les Lusiades », un livre paru en 1570, aurait eu une « affaire » avec le premier Portugais à s’être lancé, bien avant « les Grandes Découvertes » dans l’exploration maritime.
Outre-Quiévrain, on est convaincu que l’empereur Charlemagne était français alors qu’il est né (et mort) en Allemagne et que sa résidence principale se trouvait… à Herstal, près de Liège.
Si déjà, on parle de nous, que dire d’un de nos mythes fondateurs, la célèbre phrase de Jules César « De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves… » ? Déjà, on « oublie » la fin de la phrase, « … parce qu’ils restent tout à fait étrangers à la politesse et à la civilisation »
Et surtout, qu’à la notable exception des Nerviens, les tribus que César appelait par « Belges » n’habitaient pas notre actuel territoire. Ces exemples qu’on pourrait multiplier confirment ce que pense Shlomo Sand lui-même :
« Je crois que ce n’est pas le seul cas d’invention d’un peuple. Je pense, par exemple, qu’à la fin du XIXe siècle, on a inventé le peuple français. Le peuple français n’existait pas depuis plus de 500 ans, comme on a alors essayé de le faire croire ».
De fait, tous ces mythes ont vu le jour à des moments où les peuples avaient besoin de racines, si possible glorieuses, afin de justifier afin de justifier leur identité, leur destin ou leurs ambitions.
Il importe donc peu, en définitive, que ces récits se perdent dans la légende ou dans l’histoire, et qu’ils aient ou non un fond de vérité. Ce qui compte, c’est qu’ils constituent un socle sur lequel une masse s’appuie pour devenir peuple.
Et ce peuple démontre son existence, son droit à être, en se battant et en mourant, génération après génération, autour de cette croyance. Ce qui vaut tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens. Tout le reste est propagande.
*http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=35184
**Editions Fayard. 2008
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