Isy, un octogénaire fraîchement bar-mitzva!

Isy Lipszyc est né en Pologne en 1927, et connaît une enfance de guerre : Ghetto de Piotrkow, Buchenwald et Dora. En 1945, il arrive en Belgique et, comme bien d’autres rescapés de la Shoa, retrousse ses manches, fonde une famille, milite et est, depuis près de 15 ans, trésorier de l’Union des Déportés de Belgique Filles et Fils de la Déportation.
Nous avons rencontré ce jeune octogénaire qui nous a relaté l’événement dont il a été le héros (tout à fait consentant) : Début novembre dernier, je débarque en Israël pour des vacances de 15 jours. Deux jours après mon arrivée, je croise à l’hôtel des amis de Bruxelles, puis, à mon grand étonnement, des membres de ma famille. Et ensuite, mes enfants et mes petits-enfants. Je suis inquiet et leur demande ce qui se passe en Belgique. Problèmes graves? Persécutions?
Michel, son fils, s’exécute et lève le voile : Tout va bien mais… Papa, écoute… La guerre t’a empêché d’être Bar-Mitzva. Alors, nous avons décidé que cette Bar-Mitzva, tu la ferais pour tes 80 ans à Jérusalem, au Kotel! Et tout est déjà organisé. Tu es d’accord? – O.K.

Comme si le ciel lui était tombé sur la tête. Et en même temps, un immense bonheur…
Sauf cas de force majeur, la cérémonie se déroule le samedi le plus proche du 13e anniversaire du garçon appelé à devenir Bar-Mitzva.
Les événements se précipitent. Mercredi 8 novembre : la réception est chaleureuse chez le Rav Lau, Grand Rabbin d’Israël. J’étais avec lui d’abord au Ghetto de Piotrkow, où son père était rabbin. Ensuite à Buchenwald. Cette rencontre fut un grand moment.
Jeudi 9 novembre, au Kotel : moment intense et combien émouvant… Papy fait sa Bar-Mitzva.
Un journaliste israélien passe par-là. Le hasard. Simple curiosité… Il demande à voir le héros du jour. Et on lui dit que c’est moi, ce papy entouré de ses enfants et petits-enfants!<:i>
Le journaliste ébahi interviewe le Bar-Mitzva et la presse israélienne en parle, photos à l’appui.
Isy Lipszyc tire la leçon de cette semaine mémorable. Il dit son amour et son respect pour ses enfants et petits-enfants et son admiration pour leur magnifique initiative : Dans leurs discours, ils ont rappelé que cette cérémonie est une Hazkara (commémoration), en même temps pour la famille disparue pendant la Shoa et pour mon épouse, leur mère et grand-mère décédée. A ce moment, j’ai revécu toute mon enfance, ma vie de famille, ma vie concentrationnaire. Et dans cette célébration -tellement symbolique-, j’ai puisé une énergie nouvelle et la profonde satisfaction d’avoir pu créer et unir une famille aussi profondément attachée à ses racines…<:i>

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