IVG : une femme enceinte sur trois ?

En matière d’avortement, Israël est comme tous les Etats modernes où la religion a encore de l’influence. Il cherche à préserver un équilibre instable entre les droits des femmes et les règles de Dieu . Sans oublier ce concept qui veut que la démographie soit aussi une arme de guerre…

 
Mi-novembre 2010, le député du Shass, Nissim Zeev, a encore échoué. La Knesset a refusé de discuter une proposition de loi de ce farouche adversaire de l’avortement (et de l’homosexualité et de toute autre perversion diabolique) visant à durcir la législation actuelle.
 
Celle-ci, votée en 1977, est pourtant déjà stricte. La femme qui se sent contrainte d’avorter doit passer devant une commission de deux médecins et d’un assistant social. Ils déterminent si elle entre dans une des conditions légales : avoir moins de 17 ou plus de 40 ans, en cas de viol ou d’inceste, si le fœtus a un défaut grave, si la grossesse met en danger sa santé ou son bien-être.
 
Comme 20.000 femmes par an passent devant cette commission et que seuls des imbéciles patentés peuvent imaginer qu’on avorte par plaisir, ce chiffre pose la question de la contraception. Et là encore, Israël oscille entre modernité et hypocrisie.
 
D’une part, tous les moyens de contraceptions existants sont accessibles sans restrictions. Mais seuls 40 % des adolescents en usent. La faute au manque d’information. Ne comptez pas sur les religieux pour en parler : ils sont adeptes du « Croissez et multipliez » biblique. Et Onan qui « laissait sa semence se perdre dans la terre » n’est pas vraiment leur tasse de thé.
 
Encore que, pour être honnête, le judaïsme religieux sait aussi -c’est un de ses charmes- être souple face aux réalités de la vie : donc, le gaspillage de sperme, que ce soit par préservatifs, vasectomie, spermicides, etc. est rigoureusement interdit. Mais la pilule, le stérilet ou le diaphragme sont autorisés. En cas de nécessité. Et en toute discrétion.
 
Ne comptez pas non plus sur la droite nationaliste pour inciter les jeunes à prendre des précautions. Comme les voisins/ennemis palestiniens, ils considèrent que le ventre des femmes est une arme de guerre. Et tant pis si c’est un peu trop tôt, sans réflexion ou hors mariage…
 
Un million d’enfants sous le seuil de pauvreté
 
Voilà donc pourquoi il y a 20.000 IVG par an dans le pays. Ce qui est peu face aux 161.000 naissances de 2009, non ? Non, car il ne s’agit là que des avortements légaux. On estime qu’entre 10 et 20.000 autres femmes ne désirent pas mener leur grossesse à terme pour des raisons économiques. Actuellement, près d’un million d’enfants israéliens vivent déjà sous le seuil de pauvreté…
 
Mais ce critère financier n’est pas pris en compte par les commissions. A moins de mentir, elles doivent dont avorter illégalement dans des cliniques privées. A condition d’arriver à réunir les sommes exorbitantes réclamées pour ce faire.
 
Et il y a encore une troisième catégorie de femmes : celles qui sont trop démunies pour les cliniques privées. Elles doivent
donc passer par des « faiseuses d’anges » avec tout ce que cela comporte de sordide et de dangereux. Celles-là seraient, selon des évaluations forcément floues, de 20 à 40.000.
 
En additionnant tous ces chiffres, on arrive à environ 80.000 femmes se faisant avorter chaque année. Soit quasi une femme enceinte sur trois. Dit autrement, la législation sur l’IVG est aussi hypocrite qu’inefficace.
 
Ce n’est pas seulement un projet de loi que la Knesset doit repousser, c’est l’ensemble de la loi qui est à revoir. A moins qu’on ne considère que ce soit aux femmes de payer dans leurs corps le prix des fantasmes religieux ou nationalistes de la société ?
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