Après avoir régné pendant plus de six ans à Hébron sur la tribu de Juda, le Roi David conquiert Jérusalem (11e siècle avant J.C.) et fait de cette bourgade sans importance sa capitale. Il y transfère l’arche de l’Alliance et le prophète Gad lui demande alors d’ériger un temple dans la ville. Ce sera son fils le Roi Salomon qui le construit et ainsi, Jérusalem devient la capitale religieuse et politique du royaume.
Du 10e siècle avant J.C. jusqu’à la destruction du second Temple par les légionnaires de Titus en 70 de l’ère commune, Jérusalem joue un rôle politique et religieux déterminant. Une fois ce double rôle supprimé, la ville de Jérusalem se transforme en un lieu de mémoire pour le peuple juif. Cette double destruction entraîne des changements profonds dans le judaïsme. Désireux de garantir l’avenir du judaïsme après la destruction du second Temple, Yokhanan Ben Zakaï, obtient des Romains la permission de faire de la ville de Yavné le siège du Sanhédrin (assemblée législative) et d’y créer une académie talmudique. Il pose ainsi les fondements du judaïsme rabbinique. La caste sacerdotale des prêtres du Temple perd ainsi sa position dominante au profit d’une élite nouvelle : les Sages de la Torah. Ces derniers se distinguant par leur savoir et leur personnalité.
Après l’échec de la dernière révolte juive contre les Romains entre 132 et 135, les Juifs abandonnent toute revendication politique sur Jérusalem. Depuis lors, les Juifs entretiennent le souvenir de Jérusalem qui se confond aussi avec la mémoire du Temple. Mais la perte de souveraineté amplifie à la fois la mémoire et l’espérance de voir un jour la restauration de la souveraineté juive et la reconstruction du Temple de Jérusalem.
Aussi paradoxale que cela puisse paraître, Jérusalem ne va jamais acquérir la vocation d’un centre d’étude talmudique de premier ordre. Durant toute la période de l’Exil, d’autres centres spirituels et intellectuels sont apparus un peu partout loin de Jérusalem. Que ce soit à Babylone, au Caire, à Vilna ou à New-York, des « petites Jérusalem » apparaissent. Elles se caractérisent par leur vocation spirituelle et intellectuelle mais aussi par une population juive importante. Encore aujourd’hui, on peut bénéficier des enseignements de grands maîtres du Talmud à New York, Londres, Anvers, Zürich, etc.
C’est en 1948 que la ville redevient la capitale d’un Etat juif même si celui-ci n’affiche aucune prétention religieuse ni messianique. Suite à la victoire de la Guerre des Six-jours en 1967, la ville passe complètement sous souveraineté israélienne. Si cette réunification est considérée par les nationalistes religieux comme le signe de la marche vers l’ère messianique, Jérusalem ne s’est pas pour autant transformée en un centre spirituel incontesté du judaïsme. La question de la vocation religieuse de cette ville demeure posée. Car aujourd’hui, la religiosité de Jérusalem est hélas réduite à son expression la plus sombre : le cimetière du Mont des Oliviers et le Mur des lamentations, souvenir d’une destruction. Si Jérusalem doit redevenir le lieu de la renaissance du judaïsme pour les siècles à venir, elle doit s’inscrire dans une perspective plus radieuse.
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