Quelque 2.400 personnes ont participé à la conférence annuelle de J Street à Washington, du 26 février au 1er mars 2011. Une occasion pour ce lobby juif américain pro-israélien et pro-paix de rappeler la nécessité et l’urgence de la création d’un Etat palestinien pour garantir l’avenir d’Israël.
« Si nous échouons, nos enfants ne devront plus défendre la démocratie en Israël, mais la pleurer ». C’est par ces paroles que Peter Beinart, journaliste et professeur de sciences politiques, a ouvert à Washington la conférence annuelle de J Street. Durant celle-ci, les participants ont souligné l’urgence de la situation dans laquelle se trouve Israël. Jeremy Ben Ami, directeur général de J Street, a rappelé qu’Israël doit choisir entre un foyer national juif démocratique et le Grand Israël de la Méditerranée au Jourdain. Seule la solution « Deux peuples, deux Etats » permettrait au pays de sauvegarder son caractère juif et démocratique. Mais cette solution doit être mise en place au plus vite.
Malgré les critiques virulentes qu’il essuie depuis sa création il y a trois ans, J Street a pu s’imposer comme la voix des Américains se définissant « pro-Israël et pro paix ». En effet, le mouvement compte maintenant près de 170.000 adhérents, et cette dernière conférence, intitulée « Donner de la voix à nos valeurs », a rassemblé 2.400 participants, dont 500 étudiants venus de 128 campus américains. J Street a ainsi réussi à ouvrir le débat au sein de la communauté juive américaine jusqu’alors figée sur ses positions légitimistes par rapport à Israël. Grâce à sa branche jeune J Street Usurtout, J Street lutte ainsi « pour le futur de la communauté », en contrebalançant les positions de l’establishmentcommunautaire qui éloignent de plus en plus de jeunes d’Israël et du judaïsme en leur demandant « d’abandonner leurs valeurs progressistes à la porte du sionisme ».
Les conférenciers n’ont pas pu manquer d’analyser les conséquences des bouleversements que connaît le monde arabe aujourd’hui. Si Israël n’est plus la seule démocratie de la région, la paix peut s’installer sur les bases d’un consentement populaire, ce qui la rend solide et durable. Mais cela ne peut se faire que si Israël met fin à l’occupation de la Cisjordanie.
Mona Eltahawy, journaliste égyptienne acclamée par les participants, a rappelé que les accords de Camp David ne seront probablement pas remis en cause, mais que la haine des Israéliens ne s’arrêtera pas tant que les Palestiniens ne seront pas traités comme des « êtres humains qui méritent de vivre dans la dignité et la liberté ». Elle a ensuite fait remarquer que chaque dictateur avait finalement promis des réformes à son peuple avant d’être renversé, mais à chaque fois dix jours trop tard. Elle a ainsi encouragé J Street dans son combat, pour qu’Israël ne se réveille pas « dix jours trop tard ».
L’implication active des Etats-Unis dans la résolution du conflit israélo-palestinien a été longuement évoquée lors de cette conférence. C’est cette idée que beaucoup de membres de J Street semblent soutenir : les Etats-Unis doivent forcer la main des deux parties. Le professeur Bernard Avishaï a brillamment expliqué qu’en proposant un plan, les Etats-Unis empêcheront les Israéliens de « rester dans leur zone de confort suicidaire » et mettront Israël devant un choix fatidique : Efrat ou Washington (le soutien des colons ou celui des Américains).
Le roi George et Bibi
Contrairement à ce que l’on pense, une intervention américaine plus active n’est pas exclusivement soutenue par la gauche israélienne. Des députés centristes de Kadima ont assisté à cette conférence annuelle. J Street a pris soin de ne pas adresser son message qu’à la gauche, mais aussi de s’allier à des forces centristes qui essaient de pousser la solution « Deux peuples, deux Etats » dans leur propre camp. A cet égard, il faut déplorer que les membres de la Knesset ayant accepté de faire le voyage à Washington ont été vivement critiqués dans les médias israéliens. Pire, plus de 80.000 membres de Kadima ont reçu des coups de téléphone les appelant à agir contre J Street. Cela explique l’absence de Tzipi Livni, leader de Kadima, à cette conférence, ce qui ne l’aura pas empêchée d’envoyer une lettre de soutien aux participants.
Une chose est néanmoins claire pour tous : le gouvernement israélien actuel ne mènera pas à la paix. Comme l’a ironisé Ron Pundak, directeur du Centre Peres pour la paix, dans un contexte de Nuit des Oscars, « le roi George VI avait beaucoup à dire, mais il avait des difficultés à articuler, alors que Bibi n’a rien à dire, mais le répète continuellement ». C’est la raison pour laquelle une intervention américaine est importante et urgente.
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