Jusqu’au 22 novembre, date du 50ème anniversaire de l’assassinat de J.F. Kennedy, les médias évoqueront toutes les théories du complot expliquant le meurtre du 35ème président des Etats-Unis. Sans trop s’intéresser à Jack Ruby, l’assassin de L.H. Oswald. Et c’est fort dommage…
Alors, qui a fait tuer John Fitzgerald Kennedy ? De nos jours, les meilleurs coupables présumés restent les exilés cubains, furieux qu’il ait laissé échouer le débarquement de la « baie des cochons » (avril 1961) destiné à renverser Fidel Castro.
Avec l’aide de la mafia qui avait perdu les milliards de dollars investis dans les casinos de Cuba. Et celle du Ku Klux Klan, furieux de son antiracisme. Plus un coup de main du directeur du FBI, J. E. Hoover, lequel détestait le Président qui voulait le renvoyer.
Sans négliger le soutien du KGB soviétique, qui entendait venger l’humiliation de Khrouchtchev lors de la « crise des missiles » (octobre 1962). On peut aussi s’en tenir à la réalité, même si elle est beaucoup plus décevante :
Lee Harvey Oswald, poussé par personne, a agi seul, façon Erostrate*. Et non, il n’y avait pas non plus un 2ème tueur, planqué sur une butte**. Et oui, le trajet des balles est tout à fait clair et logique.
Qui plus est,- ce qui ôte vraiment tout mystère à un événement qui bouleversa durablement une bonne partie de la planète-, il faut bien constater qu’il n’existe pas non plus de mystère dans les motivations de Jack Ruby pour tuer L.H. Oswald le surlendemain, 24 novembre.
Il n’était pas un espion du KGB. Et ce n’est pas un parrain de la Mafia qui l’a poussé au crime même si Ruby travaillait pour le crime organisé. Sauf que la Cosa Nostra le considérait comme un « demi-sel », un minable.
Flambeur, buveur, coureur, juste bon à servir d’homme de paille à la tête de quelques misérables boîtes à striptease, Ruby n’était certes pas assez fiable pour tuer puis passer le reste de sa vie en prison… et en silence.
Ce qui ne rend pas les motivations de l’homme qui commit le 1er meurtre télévisé en direct de l’histoire moins intéressantes. Car, parmi les raisons qui le poussèrent à accomplir ce crime, il y a, selon la « Commission Warren » ***, son judaïsme.
De fait, lorsqu’il naquit en 1911 à Chicago, Jack Ruby alors Jacob Rubenstein, 5ème d’une fratrie de 8. Mais il n’eut jamais la vie protégée que l’on prête souvent aux gentils garçons juifs de New-York.
Bien au contraire : ses parents restèrent aussi pauvres aux Etats-Unis que dans la Pologne qu’ils avaient fuie au début du siècle. Il faut dire que son père, Joseph était alcoolique, violent et incapable de conserver un travail. Sa mère, Fanny, souffrait, elle, de schizophrénie.
Parce que « les Juifs ont des tripes » ?
Elle fut internée deux fois et le mariage finit par éclater. Les enfants furent pris en charge par la principale congrégation juive de Chicago. Pendant les années 20, Jack, comme trois de ses frères et sœurs furent placés à plusieurs reprises dans des familles d’accueil.
Avec tout cela, les Rubenstein parvinrent tout de même à donner une éducation juive à leurs enfants que Jacob n’abandonna jamais, même après avoir changé de nom en 1947. Truand ou pas, il s’efforçait de manger casher et de se rendre à la synagogue Shearith Israël de Dallas.
C’est là qu’il assista le soir du 22 novembre au service commémoratif en hommage au Président. D’après ses déclarations à la Commission Warren, Jack Ruby, qui avait fermé son dancing en signe de deuil, fut «bouleversé par les paroles du rabbin Hillel Silverman »
Il faut savoir que JFK était considéré comme un grand ami tant des Juifs américains que de l’Etat d’Israël. (Le Président de l’époque, Zalman Shazar et le Premier ministre, Golda Meir assistèrent à son enterrement)
Ruby expliqua aussi qu’il était furieux à l’idée des souffrances de Jackie Kennedy en côtoyant l’assassin de son mari lors du procès. D’autre part, au lendemain du crime, le rabbin Silverman le visita en prison et lui demanda : « Mais pourquoi, Jack, pourquoi? »
Ruby répondit d’abord : « Je l’ai fait pour le peuple américain » avant de se reprendre : « Je l’ai fait pour le peuple juif ». D’après le rabbin, Ruby faisait allusion à un Juif nommé Bernard Weissman.
Celui-ci, qui était membre d’un groupuscule d’extrême-droite, avait fait paraître dans le Dallas Morning News, le matin même de l’assassinat, une publicité très virulente contre le Président Kennedy. Et Ruby aurait voulu effacer cette mauvaise image…
Selon d’autres visiteurs, il voulait aussi se mettre en valeur et montrer en tuant Oswald que « les Juifs avaient des tripes ». On notera que durant son procès, l’avocat de Jack Ruby plaida « le coup de folie » : l’accusé aurait agi par une pulsion irrésistible.
L’augment ne convainquit pas le jury qui le condamna à mort le 14 février 1964. Ses avocats firent appel et la sentence commuée en attendant un nouveau jugement. Mais, entretemps, sa santé mentale s’était fort dégradée.
A plusieurs reprises, il expliqua au membre de la commission Warren qu’il entendait les voix des millions de Juifs que la John Birch Society, une organisation d’extrême droite, avaient assassinés.
Au rabbin Silverman, il confia que des nazis américains avaient voulu le brûler vif mais qu’ils avaient finalement préféré lui faire des piqures de cellules cancéreuses. Jack Ruby mourut le 3 janvier 1967 d’un cancer généralisé.
Pour ceux qui trouveraient cette mort « logique », cette précision : à l’époque, comme aujourd’hui, il est tout à fait impossible de tuer quelqu’un avec des injections de cette sorte : les cellules seraient incapables de se multiplier.
Jack Ruby est enterré dans le cimetière juif de Chicago, près de ses parents.
*En -356, le grec Erostrate a incendié une des sept merveilles du monde antique, le temple d’Artémis à Ephèse afin d’accéder à la célébrité. D’évidence, non sans succès.
** Comme toutes les thèses conspirationnistes, aucune de ces théories ne tient longtemps la route. Sur ce sujet, on lira avec fruit cet article de Fred Kaplan : http://www.slate.fr/story/80097/assassinat-jfk-theories-complot
*** La « Commission présidentielle sur l’assassinat du Président Kennedy » dite « Commission Warren » du nom du Président de la Cour Suprême qui la dirigea fut créée quelques jours après l’assassinat de JFK.
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