Claude Gutman, Pardaillan, éditions Folies d’encre, 145 p.
Claude Gutman revient, une fois encore, sur son enfance douloureuse. Né en Palestine en 1946, dans un kibboutz à Césarée, très vite, trop vite, ses parents se séparent. Il est convenu que le petit garçon partira avec son père pour la France. Fin du bonheur, début d’une longue séquence malheureuse. Car non seulement on le sépare de sa mère, mais le père se révèle un être caractériel, brutal, qui lui présente successivement deux belles-mères comme ses nouvelles « mamans ». Et quand le gosse lit les
Pardaillan de Michel Zévaco, il ne sait pas encore le projet du père de les faire membres d’un improbable kibboutz en France qui s’appelle justement Pardailhan (mais avec un h), dans l’Hérault, un kibboutz créé en 1960, d’une pauvreté incroyable, où tout échouera pour le père et le fils, comme d’ailleurs pour le kibboutz lui-même… La question que le lecteur se pose en accompagnant cet adolescent dont Claude Gutman lui raconte l’histoire de façon si vivante et qui n’est autre que l’auteur lui-même, c’est pourquoi il ne bronche jamais, pourquoi il ne se révolte pas, pourquoi il se contente de souffrir. Il faut croire qu’être un enfant maltraité, c’est justement cela : quelqu’un de désarmé, qui doit ravaler constamment ses larmes.
Emmanuel Carrère, Limonov, P.O.L., 490 p.
« Tuer un homme au corps à corps, dans sa philosophie, je pense que c’est comme se faire enculer : un truc à essayer au moins une fois. » Limonov, ce n’est pas un roman, et pourtant cela se lit comme tel. Dandy russe destroy, sans foi ni loi, idole de l’Underground sous Brejnev, vaguement fasciste, fasciné par la violence, écrivain par ailleurs, et même bientôt une sorte de rock-star dans son pays, se proclamant lui-même « national-bolchévik », nostalgique à la fois d’une Russie éternelle et de Staline, voyou, passant du statut de clochard à celui de soldat dans les rangs des Serbes en Bosnie, le personnage est une manière de héros. En tout cas à ses propres yeux et à ceux de cet excellent écrivain qu’est Emmanuel Carrère dont la mère, académicienne, est une éminente spécialiste de l’Empire soviétique. On n’est pas obligé à notre tour d’être fasciné par les voyous ou les fascistes. Mais force est de reconnaître qu’on dévore d’un trait cette manière de roman vrai que constitue cette enquête à laquelle il faut bien reconnaitre les qualités d’un grand roman.
Serge Koster, Je ne mourrai pas tout entier, éditions Léo Scheer, 277 p.
Serge Koster, romancier et essayiste né en 1940 à Paris, poursuit ici son entreprise autobiographie initiée voici deux ans chez le même éditeur avec Léautaud tel qu’en moi-même, dont nous avions rendu compte ici même. La perspective est aujourd’hui différente. Il y est davantage question non tant du rapport de l’auteur à la littérature qu’au petit monde littéraire parisien depuis qu’il le fréquente, c’est-à-dire depuis qu’il écrit, dans les années 70. Ce que Balzac appelait la « gendelettre ». « Je ne mourrai pas tout entier » (« Non omnis moriar »), c’était une devise du poète Horace, que notre auteur fait sienne. Peut-être que par la vertu des livres qu’il aura écrits, de quelques-uns en tout cas, son nom ne sera pas destiné à l’effacement qui est le lot commun. Surtout, cet essai, cet ego-essai devrait-on dire, est voué à l’amitié : le poète Francis Ponge, les romanciers Michel Tournier et David Shahar, l’acteur Bernard Giraudeau…
Méditation sur le temps et sur la mort, sur la vanité de l’espérance en même temps que sa toute-puissance, sur la vertu d’immortalité que conférerait la littérature, sur l’amour d’une femme, sur les petites mesquineries qu’implique la vie d’artiste et que tout homme rencontre… Tout cela, évoqué dans ce ton si kostérien, mélange d’un narcissisme parfois enfantin, telle cette propension ici au name-droping, et d’un doute sans illusions. (H.R.)
Dan Zollmann, Hassidim, éditions Michel Husson
Juif anversois, témoin oculaire du hassidisme, Dan Zollmann nous offre son regard sur ce qui fait le quotidien de ce mouvement religieux juif, avec sa partie invisible. Sans jugement et en toute subtilité, entre présent et passé, il fait rompre à cette communauté son isolement en nous la montrant dans toute sa vérité. Entre étude à la yeshiva et rassemblements festifs, entre traditions et images décalées, entre vie familiale, entre générations, à travers les saisons. Un magnifique recueil de photographies, à la rencontre de l’autre. (G.K.)
]]>