Je m’en vais

« Je suis venu vous dire que je m’en vais », écrivait en juillet 2002 Alain Rémond pour prendre congé de ses lecteurs de Télérama. Durant vingt ans, il avait publié en dernière page de l’hebdomadaire culturel français une superbe chronique qu’il avait appelée Mon œil*. Moi qui ai du mal à retrouver mes propres articles, j’ai conservé le billet d’adieu d’Alain Rémond en pensant qu’il pourrait un jour m’inspirer, que je pourrais même le recycler en changeant l’un ou l’autre détail : après tout, c’est ce qu’ont fait des présidents, des ministres -en Allemagne, en Hongrie, en Espagne, etc.- qui n’ont pas reculé devant le plagiat pour élaborer la thèse de doctorat qui allait les lancer en politique.

Cela doit faire une douzaine d’années que je collabore à Regards. Quand j’ai commencé, sans être membre du CCLJ, j’adhérais au combat de David Susskind pour contribuer à résoudre le conflit israélo-palestinien par la raison, par la paix des braves, par l’éthique autant que par la politique. Ce sont d’ailleurs les accusations insensées (Juifs honteux de leurs origines, judenrat, etc.), lancées par les communicants belges de la droite israélienne, qui ont motivé mes débuts à Regards.

Depuis lors, j’ai pu écrire ce que je voulais en toute liberté. Merci à Nicolas Zomersztajn et à son prédécesseur Olivier Boruchowitch. Je remercie aussi les lecteurs qui m’ont écrit pour me signifier leur accord, ou pour introduire un autre point de vue. Après tout, les problèmes du Moyen-Orient sont suffisamment complexes pour susciter des réactions diverses.

Alors, si tout baigne, où est le problème ? Pourquoi m’en aller ? Pour faire simple, c’est moi le problème : ayant connu des ennuis de santé ces deux dernières années, je me suis rendu compte que je n’échappais pas au sort commun de l’espèce humaine et que l’âge avait fini par me rattraper. Peu à peu, une sorte de détachement m’est venu, peut-être aussi un peu d’ennui à rédiger mon article mensuel.

Pour autant, la nécessité de Regards me paraît plus importante que jamais. Notre revue a un rôle à jouer -un petit rôle mais pas négligeable du tout- pour éviter que l’Etat d’Israël n’aille droit au mur et sombre sous les coups conjugués de ses propres intégristes et de ceux qui, en Iran et dans le monde musulman, ont juré sa perte.

Tenir et diffuser de façon convaincante la position juste -celle qu’exprime fort bien J Call- requiert l’apport de collaborateurs enthousiastes et non le détachement d’un senior qui finirait par parler de n’importe quoi pour se rappeler à l’attention des lecteurs. Il doit bien se trouver parmi ceux-ci des jeunes ou, si vous préférez, des moins vieux pour assurer la relève. Cela vous dit, non ?

* Alain Rémond, Dernières Nouvelles de Mon œil, Chroniques, Seuil

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