Je suis socialiste français

Dans sa conférence de presse sur la lutte contre le terrorisme et le radicalisme du 14 janvier dernier, Elio Di Rupo, notre ancien Premier ministre et désormais chef du PS, s’est fendu d’une déclaration pour le moins surréaliste : « Je suis Charlie, je suis Juif, je suis Palestinien, etc. » 

Tout comme mon ami d’enfance Guy Wolf, qui l’a publiquement questionné, je ne cesse de m’interroger sur le tropisme palestinien de nos élus socialistes. Tout sensible que l’on puisse être au drame des Palestiniens (avec le CCLJ, j’estime qu’il est temps de les aider à construire leur Etat), je reste abasourdi par l’identification de nos élites, socialistes en tête, à la cause palestinienne. Le moins qu’on puisse dire est que cette cause écrase toutes les autres : pas un jour, en effet, sans qu’une exposition, un débat, un article, une interview ne lui soit consacré.

Comment expliquer cette dévotion quasi religieuse, donc suspecte, à la cause palestinienne ? Tout simplement parce que depuis près de vingt ans, le PS est devenu l’otage d’une stratégie électoraliste visant à (se) garantir le vote musulman. Tout acquis à leur nouvelle base sociale, nos élus n’ont de cesse de plaire à un électorat jugé -à tort ou à raison- hostile aux Juifs (sionistes), comme d’ailleurs aux Arméniens. Cette vision pessimiste de la rue arabo-musulmane éclaire d’un jour nouveau ce que j’avais qualifié, dès 2005, d’antisionisme électoraliste, voire d’antisémitisme pragmatique. Elle explique en tout cas pourquoi il est de plus en plus difficile aujourd’hui d’évoquer le génocide des Arméniens, l’antisémitisme ou encore la Shoah… sans compensation symbolique. C’est bien ici que git l’explication du « Je suis Palestinien » de notre ancien Premier ministre. Il applique tout simplement la règle compensatoire des « 5 minutes sur la Shoah, 5 minutes pour la Palestine ».

Ce réflexe désormais pavlovien n’est pas propre au PS : l’obsession du vote arabo-musulman hante tous nos partis. En soi, cette stratégie n’a rien d’antisémite, si ce n’est qu’elle rappelle furieusement la politique du moindre mal qui amena les autorités belges et françaises à sacrifier, en 1942, leurs Juifs à l’autel d’intérêts jugés supérieurs. Pour preuve, le fait qu’elle s’applique aussi à nos frères d’infortune : est-ce vraiment par hasard si 2015, l’année du 100e anniversaire du génocide des Arméniens et Araméens d’Anatolie, a été choisie pour accueillir Europalia Turquie ? Si l’antisémitisme apparaît plutôt secondaire, il se trouvera toujours évidemment des agents zélés, prompts à jouer de la surenchère. Ainsi de Philippe Moureaux, le Prince déchu de Molenbeek, qui s’est recyclé, l’âge venant, dans les dérapages contrôlés, mais nauséeux. C’est ainsi que ce champion toute catégorie de la démagogie électoraliste n’a pas hésité, le 14 janvier dernier, à présenter aux Belges d’origine marocaine le lobby sioniste comme le principal responsable de l’islamophobie : « Il y aurait comme une contagion du problème israélo-palestinien qui fait que vous avez certains (sic) qui ont intérêt à exacerber les animosités, ici, comme une sorte de reflet de ce qui se passe là-bas.  (…) Il est évident qu’en Occident, c’est surtout essayer de répandre la haine anti-arabe pour justifier la politique israélienne ». Et de s’indigner ensuite de la politique des deux poids deux mesures à l’égard de Dieudonné. Le père de la loi antiraciste ne fait pas la différence entre Charlie Hebdo et Dieudonné, entre le droit au Blasphème et le délit raciste ! Triste cacique.

Cette politique du moindre mal à la sauce du 21e siècle m’amène à m’expliquer sur le titre de cette tribune. Que n’avons-nous en Belgique des socialistes… français. Prenez Malek Boutih, ce député de l’Essonne d’origine algérienne, qui dans une interview accordée au Point n’a pas hésité à stigmatiser, ici, « (…) les élus locaux corrompus (qui) ont pactisé avec les voyous, les salafistes et les communautés pour avoir la paix », là, l’antisémitisme arabo-musulman : « Plus rien ne sera comme avant pour les musulmans de France. (…) On a un problème avec l’antisémitisme et on a un problème avec l’application des règles laïques. Quand, dans certaines municipalités, on propose des horaires aménagés pour les femmes à la piscine, c’est déjà un problème. Ça n’est plus acceptable. Quand les parents refusent que leur fille porte un short pour aller au cours de gym, c’est un problème. (…) Et si la classe politique actuelle n’apporte pas les réponses, c’est le FN qui le fera. (…) Je vais être très clair. Au sein du PS, je serai désormais sans concession avec les élus corrompus qui passent des deals avec les voyous et les communautés par électoralisme. Il faut qu’on fasse le ménage dans nos rangs ». Vous comprendrez dès lors pourquoi je suis Charlie, juif, et aussi socialiste français.

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