Jean-Philippe Rykiel, l’aventurier sonique

C’est son 3e album en… 30 années de carrière et pourtant, Jean-Philippe Rykiel, fils de la légendaire couturière Sonia Rykiel, est loin de mener sa barque musicale avec paresse. Au contraire, ce « Stevie Wonder » parisien non voyant est aussi un aventurier sonique qui a mis ses synthétiseurs au service de très nombreux artistes tels Youssou N’Dour, Amadou et Mariam, et même Leonard Cohen. Avec son nouvel album, Inner Spaces, il s’envole jusqu’aux étoiles.

Jean-Philippe Rykiel est d’origine russe et roumaine, par sa maman, tandis que du côté de son père Sam, c’était la Pologne : « Mes grands-parents maternels avaient longtemps vécu en France, tandis que du côté de mon père, ils avaient un accent yiddish à couper au couteau, une langue merveilleusement chantante », se souvient le musicien. S’il n’a pas vraiment la fibre religieuse, Jean-Philippe célèbre néanmoins les grandes fêtes de Pessah et Kippour avec ses quatre tantes, les sœurs de sa mère. En 1998, grand moment d’émotion, toute la famille s’est retrouvée en Israël, car le jardin d’enfants Yad Rachel de Jérusalem a honoré la mémoire de son grand-père paternel en donnant officiellement le nom de Rykiel à une de ses salles. Dès son plus jeune âge, Jean-Philippe se révèle être un petit génie des claviers. Son premier album était millésimé 82, le deuxième 2003, une moyenne d’un tous les vingt ans, c’est peu. Néanmoins, Jean-Philippe a aussi publié avec Lama Gyurne trois CDs très zen, qui ont le pouvoir de vous arracher à l’attraction terrestre.

Mais surtout, notre musicien qui possède son propre studio d’enregistrement chez lui, dans le sud parisien, se met souvent au service d’artistes africains, les aidant bénévolement, pour qu’ils mènent leur projet jusqu’au bout et qu’ils repartent avec un album achevé et produit qu’ils retournent presser au pays et vivre de leur art. C’est une démarche purement altruiste. « C’est vrai que j’ai plutôt tendance à travailler pour les autres que pour moi », avoue-t-il avec modestie, « et je suis en train de me rendre compte que ce n’est pas forcément une bonne chose pour une carrière, mais peut-être ma carrière n’est-elle pas vraiment mon souci principal ? »

A des années-lumière de cette « French Touch » aux sons souvent trop glacés, les synthés de Jean-Philippe Rykiel se sont toujours distingués par leur émotion à fleur de peau. A l’instar de cette collaboration avec l’ex-vocaliste de Yes. « J’avais rencontré Jon avec Vangelis à l’époque, lorsque nous fréquentions le même magasin de musique qui s’appelait Music Land et qui est maintenant Audio Land où de nombreux musiciens se croisaient », raconte Jean-Philippe. « D’ailleurs, le producteur de mon album est justement Francis Mandin qui a été le patron de ces deux lieux. A l’époque, j’avais fait un son pour leur 33 tours Friends of Mister Cairo sur un synthétiseur. Je l’avais programmé pour m’amuser, ils l’ont utilisé dans la chanson-titre. On s’est retrouvé en 2008 avec Jon et on a enregistré ce Close To You ».

Jean-Philippe Rykiel a souvent composé des morceaux pour rythmer les défilés de sa fameuse maman. On retrouve justement l’un d’entre eux intitulé Good Old Days, un titre funky cool ensoleillé. Et l’album s’ouvre sur Sonia’s House, où l’on retrouve la voix de sa mère sur un beat house ! « J’ai récupéré des phrases d’elle dans une interview de José Arthur sur France Inter des années 70. J’ai fait un petit peu ce que Hugues Le Bars avait fait bien avant moi, c’est-à-dire mettre de la musique autour de paroles non chantées, mais parlées. Cela fait partie d’une petite suite que j’avais composée pour un de ses anniversaires. J’avoue que c’est marrant d’avoir la voix de sa maman sur son album ».

A-t-il souffert de cette filiation de célébrité, ne dit-on pas qu’elle est comme la langue d’Esope, à la fois la meilleure et la pire des choses ? « Honnêtement, non. Mais il y avait une sorte d’accord tacite entre nous, elle avait compris qu’il fallait que je me fasse moi-même. C’était important que je ne devienne pas un “fils à maman” ».

« Inner Spaces », Musea Distribution et plates-formes de téléchargement

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