Le 21 février 2014, le Président de la République française a dévoilé la liste des personnalités dont les cendres seront rapatriées au Panthéon. Jean Zay en fait partie. En faisant entrer ce dernier parmi les « grands hommes » envers lesquels la patrie est reconnaissante, François Hollande rend un hommage mérité à un homme politique exemplaire. Comme l’a souligné le poète, ancien résistant et Compagnon de la Libération Jean Cassou, « Jean Zay a incarné une France républicaine comme la République, française comme la France ».
Bien que 92 établissements scolaires portent son nom, Jean Zay est malheureusement tombé dans l’oubli. Pourtant, l’œuvre du plus jeune ministre de la Troisième République (31 ans) est au moins aussi importante que celle de Jules Ferry, l’homme de l’école publique, laïque, gratuite et obligatoire. Ministre de l’Education nationale et des Beaux-arts du Front populaire de juin 1936 à septembre 1939, Jean Zay a marqué de son empreinte la démocratisation de l’éducation et la diffusion de la culture auprès d’un public plus large. Sa vision novatrice de la pédagogie et de l’éducation lui ont permis de poser les fondements d’un enseignement de qualité. Grâce à son audace, il a fait de l’objectif de la culture pour tous une réalité tangible.
Si Jean Zay fait figure d’inconnu de la République pour nombre de Français, son nom est hélas encore bien vivant pour l’extrême droite et ses rebuts les plus actifs sur la « fachosphère ». Car l’annonce du transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon a immédiatement suscité
la contestation virulente d’associations « patriotiques » et de groupuscules d’extrême droite.
Même mort, Jean Zay doit encore subir la haine antirépublicaine et antisémite qu’il a connu vivant durant les années ’30. Les slogans et la rhétorique mensongère utilisés sans relâche contre Jean Zay ont été réactivés aujourd’hui à l’identique. On peut ainsi lire sur internet : « L’homme qui vomissait le drapeau français, l’immonde Juif Jean Zay, entrera au Panthéon ». Ou encore, « Jean Zay, un Juif intégriste au Panthéon ».
Pour contester l’entrée de Jean Zay au Panthéon, cette nébuleuse d’extrême droite ressort un pastiche antimilitariste que Jean Zay a écrit en 1924 alors qu’il n’avait que 19 ans ! Non destiné à la publication, ce poème en prose fut opportunément retrouvé en 1932 par un anonyme malveillant qui le communiqua à la presse antisémite du Loiret, où Jean Zay était candidat aux élections législatives. Censé prouver l’appartenance à « l’anti-France » d’un homme qui incarnait tout ce que l’extrême droite abhorrait, puisqu’il était à la fois radical-socialiste politiquement, franc-maçon de conviction, d’ascendance juive par son père et protestante par sa mère, ce texte a été réutilisé à maintes reprises par l’extrême droite pour disqualifier Jean Zay. C’est encore hélas le cas aujourd’hui.
Mais il y a pire : Jean Zay ne serait pas un résistant, ni un héros mort pour la France ! Cette calomnie négationniste s’inscrit aussi dans le flux des attaques antisémites dont il fut la cible jusqu’à son assassinat par la Milice le 20 juin 1944. Arrêté en août 1940 par le régime de Vichy pour avoir tenté avec Georges Mandel et Pierre Mendés-France de constituer en juillet 1940 un gouvernement au Maroc afin de poursuivre le combat contre l’Allemagne à partir des territoires d’Outre-mer, il est condamné en octobre 1940 à la réclusion à perpétuité suite au premier procès politique de Vichy. Il passe la guerre en prison où il réussira à nouer des contacts avec les résistants de l’Organisation civile et militaire.
L’extrême droite a toujours accolé le qualificatif « juif » au nom de Jean Zay. Pourtant, il n’était pas juif ! Ni d’un point de vue religieux (mère protestante et père juif converti au protestantisme), ni du point de vue culturel : baptisé et marié au temple, il baignait dans un milieu protestant et laïque. Mais pour les antisémites d’hier et d’aujourd’hui, Jean Zay incarne et incarnera toujours ce Juif imaginaire conceptualisé par Jean- Paul Sartre : « Le Juif est un homme que les autres hommes tiennent pour Juif ».
Le transfert des cendres de Jean Zay au Panthéon est un acte nécessaire. Ce monument imposant destiné à célébrer les Grands hommes abrite déjà en son sein le pendule de Foucault. Avec Jean Zay, il aura une boussole… républicaine. Dans des périodes troubles de remise en cause des valeurs démocratiques, sa mémoire doit permettre aux Français de faire des choix politiques conformes à l’idéal républicain.
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