C’est une passerelle en bois, pas trop bien fichue. La mairie prend la décision de l’interdire par peur d’accidents. Un parfait non-évènement. Sauf quand il se passe à Jérusalem, ville toujours au bord de la crise de nerfs.
Jusqu’en 2004, c’était simple : si vous étiez touriste à Jérusalem juive et que vous désiriez passer du Mur des Lamentations à l’Esplanade des Mosquées, située juste au-dessus, vous preniez le pont en pierre.
Héla, cette année-là, un tremblement de terre le mit bas et il fut remplacé par une passerelle provisoire en bois. Mais, dans la Ville sainte comme ailleurs, il arrive que le momentané dure. Sept ans plus tard, la passerelle est toujours là. Et en très mauvais état.
Instabilité, risque d’effondrement, danger d’incendie… Pas des risques à prendre en général et encore moins avec une rampe utilisée essentiellement par des touristes. On ferme, on démolit l’actuelle et on érige une nouvelle passerelle.
Chacun aurait dû en être d’accord : le tourisme profite à tous, Israéliens ou Arabes, et il ne manque pas d’autres accès aux mosquées. Sauf qu’on est à Jérusalem-Est, partie de la ville réclamée par deux peuples et sanctifiée par trois religions.
Dans ces conditions, à part respirer- et encore-, on ne fait rien impunément à Jérusalem. Et derrière ce pont en bois, il y a cet enjeu majeur : qui commande ici ? Qui prend les décisions, petites ou grandes ?
Pour les Israéliens, qui ont annexé Jérusalem-Est en 67, c’est l’affaire de la mairie de la capitale (indivisible et éternelle) de l’Etat juif. Ce qui est loin d’être l’avis des Palestiniens qui réclament cette partie de la ville pour y instaurer la capitale de leur (futur) Etat.
A quoi s’ajoutent les protestations des autorités religieuses musulmanes qui estiment que l’affaire les concerne au premier chef. Sans oublier les Jordaniens qui se considèrent comme les gardiens des lieux saints musulmans à Jérusalem.
Tous s’offusquent que la décision n’ait pas été prise en concertation avec eux. De son côté, le Hamas a déclaré qu’interdire la passerelle équivalait à « une déclaration de guerre religieuse ». Ambiance…
Côté israélien, la mairie et le gouvernement -bien entendu consulté sur la décision- rejettent toute immixtion dans la gestion de la ville. Tout au plus envisagent-ils de « consulter » les diverses parties sur la réouverture de la rampe.
Et si on envahissait la Jordanie ?
On imagine que l’actuel Premier ministre a bien calculé les risques qu’il prend. Après tout, au début de son premier mandat, en 1996, Benjamin Netanyahou avait déjà autorisé l’ouverture d’un tunnel pour touristes, tout près de là.
Les incidents qui suivirent causèrent la mort de dizaines de Palestiniens et de quinze Israéliens… On n’en est pas là. Pour l’heure, la situation vire plutôt à la farce : des activistes d’extrême droite ont décidé de réagir en envahissant… la Jordanie.
Leur but ? Rappeler aux Jordaniens que le programme du Hérout, l’ancêtre du Likoud, revendiquait pour le « Grand Israël » non seulement la Cisjordanie, mais aussi les deux rives du Jourdain…
Bien que stoppée par Tsahal, cette pertinente initiative a reçu l’appui d’au moins un député : Michael Ben Ari du petit parti d’extrême droite « Union nationale ». Lequel a adressé le message suivant au voisin oriental d’Israël : «Celui qui s’immisce dans nos affaires ne doit pas être surpris si l’on s’immisce dans ses affaires». Un candidat sérieux au poste lorsqu’Avigdor Lieberman abandonnera le Ministère des Affaires Etrangères…
Quoi qu’il en soit, avec Noël qui approche, Jérusalem devrait rester calme au moins jusqu’au départ des touristes. Après, Inch Allah, comme on dit dans la région.
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