Jeunes: à droite toute

On peut s’en désoler ou tenter de l’expliquer mais il serait futile de le nier: depuis une douzaine d’années au moins, la jeunesse israélienne (les 15- 24 ans) glisse sans cesse davantage vers la droite.

Selon une étude*  qui vient de paraître et dont le journal Haaretz** résume les premiers enseignements, les convictions nationalistes des jeunes Israéliens se sont renforcées aux dépens des valeurs démocratiques.

Ainsi, 70% d’entre eux font-ils  passer la sécurité du pays avant le respect des lois en vigueur. 60% sont partisans d’un « pouvoir fort ».  Leur soutien à l’idée qu’Israël doit être un Etat démocratique est passée de 26,1% en 1998 à 14,3% en 2010 et, à l’inverse, leur appui à la notion qu’il doit être avant tout un Etat juif est monté de 18,1 à 33, 2%.

La jeunesse israélienne ne croit plus non plus à la possibilité d’une paix durable ni avec les pays voisins (28,4% en 1998 contre18,2 aujourd’hui) ni, à 75%,  avec les Palestiniens. Conséquence logique : son soutien aux partis de droite est passé, toujours en douze ans, de 48 à  62%  alors que celui aux partis de gauche tombait de 32 à 12%

Il existe de nombreuses explications à cette tendance lourde :l’ultra-libéralisme qui caractérise l’économie et son corollaire, la montée du « chacun pour soi » dans un monde devenu impitoyable aux faibles.

Un certain conformisme intellectuel chez une jeunesse se vivant en danger permanent et que seule protège la force de ses institutions et de son armée. Un sentiment encore renforcé par la transmission de traumatismes anciens ou récents, du judéocide aux attentats-suicides des années 2000.

A quoi s’ajoute un environnement éducatif et culturel où dominent les dogmes religieux et nationalistes qui, c’est le moins qu’on puisse dire, n’encouragent pas à la réflexion et encore moins à la contestation.

Sans oublier l’état de déliquescence d’une guauche divisée, en manque de leadership et qui semble incapable de proposer des alternatives économiques ou politiques crédibles. Une gauche dont les principes mêmes (démocratie, paix, fraternité…) se sont brisés avec l’agonie puis la mort des Accords d’Oslo.

Le changement viendra tout de même

Tout cela n’est ni réjouissant ni encourageant pour ceux qui, comme nous, croient en un retour aux valurs fondatrices de l’Etat juif. Reste que, si profonde soit-elle, cette tendance peut s’inverser plus vite qu’on ne le croit.

La situation n’était pas tellement meilleure ni la jeunesse si à gauche lorsque le tandem Rabin- Pèrès s’est lancé dans le processus de paix avec les Palestiniens. Cela n’a pas empêché la population, jeunes y compris, de se rallier en masse à eux.

Qu’apparaisse un homme avec un projet cohérent et réaliste et l’on verra les nouvelles générations s’éloigner immédiatement des conceptions poussièreuses et violentes qui dominent à présent pour se ranger derrière lui.

Et si les choses ne se déroulent pas de cette façon, le changement viendra tout de même. Mais ce sera, hélas, dans la violence et le sang. Car c’est là, si approuvée par la population soit-elle, que mène inéluctablement la politique des dirigeants actuels : vers une nouvelle et terrifante épreuve de force.

Faudra-t-il en passer par là pour en revenir à la seule solution possible pour assurer la survie de l’Etat d’Israël, la séparation d’avec la Cisjordanie, ce cancer au flanc de l’Etat juif ? On espère de toutes ses forces que non mais, comme le montre cette études, la décision n’est pas en ce moment aux mains de la gauche…

* Etude réalisée de1998 à 2010 par la Fondation Friedrich Ebert et l’institut israélien de sondage Dahaf

** http://www.haaretz.com/print-edition/news/poll-young-israelis-moving-muc…

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