‘Jews of Egypt’ suscite la polémique

Sauf imprévu, c’est ce mercredi 27 mars que sera projeté dans un cinéma du Caire et un autre d’Alexandrie le documentaire « Jews of Egypt » (Juifs d’Egypte) réalisé par Amir Ramsès. Un travail de deux ans durant lesquels il a retrouvé les vestiges de cette communauté forte de 80.000 personnes dont la plupart ont émigré entre 1948 et 1956, année de la campagne du Sinaï.

En Europe, Ramsès a rencontré de nombreux Juifs d’Egypte qui proclament leur amour pour le pays qu’ils ont été obligés de quitter et qui les a privés de leurs biens ainsi que de leur nationalité. « Si les choses s’étaient bien passées, nous serions toujours là-bas, la vie y était très belle », affirme l’un d’entre eux.

Le documentaire va à contre-courant de l’antijudaïsme imprégnant désormais la plupart des pays arabes. Il démontre que l’Egypte était tolérante envers ses Juifs au début du 20e siècle et que ceux-ci n’y constituaient pas la « cinquième colonne étrangère » que décrivent aujourd’hui les islamistes.

Soixante-cinq ans après la création d’Israël, le Juifs se comptent sur le doigt de la main en Egypte. Ils sont âgés, malades, en situation économique difficile, et préfèrent cacher leur origine.

Pourtant, avant 1948, de grands noms de la chanson et du cinéma égyptiens étaient juifs. Si certains avaient arabisé leur nom pour réussir, d’autres ne s’en cachaient pas. Des figures de la vie économique tels le père de l’industrie égyptienne du sucre Joseph Aslan Catawi, les propriétaires de la banque Mosseri, et la famille Cicurel qui gérait des grands magasins copiés sur l’exemple parisien des Galeries Lafayette, ont, parmi de nombreux autres, fortement contribué au développement de leur pays.

En outre, des personnalités politiques d’origine juive ont participé au développement du mouvement vers l’indépendance de l’Egypte parmi lesquelles Henri Curiel et les membres de ses réseaux de militants tiers-mondistes proches de l’URSS. Ce qui ne les a pas empêchés de perdre leur nationalité comme les autres…

La sortie de « Jews of Egypt » au Caire et à Alexandrie ressemble à un petit miracle car, pour en arriver là, le producteur Haitam al Khamissi a dû batailler ferme contre la censure et contre les Moukhabarat (Renseignements intérieurs) pour lesquels le documentaire risque de provoquer des troubles. « Un jour, les Moukhabarat m’ont convoqué et m’ont expliqué que le titre du film aggraverait la situation tendue régnant dans le pays », affirme Ramsès, qui se retient d’en dire plus en reconnaissant ne pas comprendre pourquoi la simple évocation du mot « juif » provoque autant d’émoi.

De fait, des groupes islamistes se sont engagés « au nom d’Allah » à ce que la première projection de « Jews of Egypt », qui aurait dû avoir lieu 13 mars, soit également la dernière. Quelques-uns ont menacé d’incendier les salles où le film serait projeté.

Au pouvoir en Egypte, les Frères musulmans ont encouragé le sentiment antisémite bien avant la création d’Israël et la naissance de la question palestinienne. Durant la dernière campagne électorale, la plupart des candidats à la présidence égyptienne, y compris Mohamad Morsi, ont d’ailleurs tenu des propos anti-juifs pour flatter leur électorat.

Depuis l’accession au pouvoir du nouveau président, la synagogue « Shaar Hashamayim » (Les portes du ciel), la plus importante du Caire également connue sous le nom de « synagogue de la rue Adly », a été fermée à plusieurs reprises. Pour de prétendues « raisons de sécurité » et toujours durant la période des fêtes juives.

Cette institution du judaïsme égyptien rénovée à grands frais au milieu des années 80 grâce à des dons émanant de Juifs d’Egypte réfugiés en Europe avait fêté son 100e anniversaire en 2008 avant d’échapper à un attentant islamiste en 2010. Une valise piégée dont le détonateur à fait long feu. Trois ans plus tard, elle n’est plus qu’une coquille vide, à l’image de ce que fut l’une des communautés juives les plus florissantes du monde arabe.

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