De Bruxelles à Londres, en passant par New York, Tokyo et même l’Arabie saoudite, à 23 ans, Joachim Horn a déjà vu du beau monde. L’ingénieur mécanicien, diplômé de l’Imperial College of London, semble avoir toutes les clés en main pour aller loin. Plusieurs fois primée, son invention SAM, parfaite illustration de notre monde interconnecté, sera présentée au Forum mondial de Davos en janvier.
Si vous le cherchez, c’est normal, son agenda est overbooké… Un peu plus tôt à Paris, il vient de quitter Londres, où il réside, pour passer quelques jours en Arabie saoudite, accompagnant le Prince Andrew dans une de ses missions. L’occasion unique pour Joachim Horn de présenter son invention : SAM, comme Senseur Acteur Module. SAM comme Samuel aussi, le prénom de son frère cadet…
Scolarisé à Bruxelles, dans des écoles de la ville d’abord, Joachim, milieu d’une fratrie de trois garçons, poursuivra ses primaires à l’école Beth Aviv, puis à l’Ecole européenne en néerlandais, avant d’entrer à l’Ecole internationale. Des secondaires en anglais qui annoncent déjà la suite de son parcours. 2009, direction Londres, et le très réputé Imperial College, pour y suivre des études d’ingénieur. Avec un minimum de points exigé à l’entrée qui l’obligera à quitter un an plus tôt le mouvement de jeunesse Hashomer Hatzaïr qu’il fréquente depuis l’âge de 6 ans. « Je voulais connaitre une expérience à l’étranger », confie-t-il, « pour sortir de ma zone de confort, de mon entourage immédiat. Ce n’est jamais facile d’être loin, d’être baigné dans une autre culture, mais cela a été l’occasion pour moi de faire plein de rencontres intéressantes, de découvrir des gens d’autres milieux, cultivant d’autres valeurs ». Des études qui lui feront aussi prendre conscience d’une réalité : « Les ingénieurs sont des gens brillants, mais ils ne sont pas assez ambitieux dans leurs projets. Ils ont tendance à optimiser ce qui existe, au lieu d’innover ». Joachim Horn préfère s’interroger sur ses buts : « quel est le plaisir que j’apporte ou le mal que j’enlève ? ». Il crée dans son université un collectif de design à l’intention des étudiants ingénieurs, « pour que ceux-ci, après leurs études, n’entrent pas forcément dans les finances ou le conseil stratégique, mais utilisent leurs compétences au service de la création ». Un collectif qui rassemble aussi des leaders du marché, propose des workshops et des visites de musées, et qui contribuera à changer les mentalités.
Multipliant les expériences professionnelles, le jeune garçon enchaine pendant les vacances les jobs étudiants, chez un mécanicien de voiture dans un garage de Koekelberg, pour mieux comprendre le milieu du travail, ou dans une start up à New York, où il restera trois mois. Il achève ses études à Tokyo, grâce à une bourse de recherche en design, avec la mission d’envoyer une proposition au gouvernement japonais pour créer un nouveau département de design pour les ingénieurs dans une université japonaise. Un peu plus tôt que prévu, après l’aboutissement de son projet, il quittera Tokyo avec SAM dans la tête…
La technologie à portée de main
« J’ai réalisé que peu de gens combinaient des compétences en électronique et en programmation, or cette expertise est nécessaire pour créer de nouveaux produits », relève-t-il. « Les méthodes employées sont souvent trop compliquées et peu ludiques, j’ai voulu rendre la technologie accessible à tous ». Le principe de SAM est simple : fournir des composantes électroniques de base et permettre à tout un chacun de les assembler tels des Lego, pour contrôler des objets à distance en leur offrant de nouvelles fonctions. Un module placé sur une petite voiture, relié à l’interface de votre ordinateur/tablette/téléphone, vous permettra de la faire rouler, et tout devient possible, comme le démontre la vidéo largement diffusée sur internet : allumer une lumière à distance, créer des senseurs de chaleur et des ventilateurs sur les vêtements, recevoir de son frigo un message pour dire ce qui y manque ou les recettes qui peuvent être faites avec ce qui s’y trouve… L’interface permettant d’interconnecter le tout sans fil, grâce à un code qui se génère automatiquement. L’histoire de quelques minutes. Effrayant ? « Plutôt la suite logique de ce que nous vivons », affirme Joachim Horn. « C’est pour ne pas que cette évolution soit effrayante que nous devons pouvoir la contrôler. Ces produits à petite échelle nous permettent de comprendre collectivement ce qui se passera demain ». Grâce au système de financement collectif Kickstarter, SAM a récolté en un mois £125.546 (l’objectif à atteindre pour se voir concrétisé était de 50.000) auprès de 817 internautes, soit 817 commandes de kits SAM à livrer pour mars. Un résultat exceptionnel qui montre l’engouement des consommateurs, en Europe, comme aux Etats-Unis, au Japon ou même au Brésil. Avec de nombreuses demandes aussi provenant des écoles, SAM apportant une manière ludique d’enseigner l’électronique aux enfants.
Lancé en septembre à la Maker Fair de New York (3 prix), SAM sera présenté au Forum économique mondial de Davos en janvier 2015, où Joachim Horn a été convié par le Prince Andrew, impliqué dans l’entrepreneuriat et très intéressé par son projet. L’inventeur de SAM, qui travaille avec sept autres personnes, envisage aussi de pénétrer le marché israélien où il a déjà rencontré plusieurs demandes. S’il reconnait avoir découvert en Angleterre de larges opportunités en matière d’idées et de croissance, Joachim Horn n’exclut pas de rentrer un jour en Belgique. Un jour.
Plus d’infos http://samlabs.me/
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