Joanna Przewoznik invite les « Salopes » à Bruxelles

Une « Marche des Salopes », version belge, telle est l’idée de Joanna Przewoznik. Interpellée par l’équivalent canadien, la jeune femme est con-vaincue que pareille mobilisation trouvera toute sa place dans la capitale européenne. Rendez-vous pris le 25 septembre 2011 avec celles et ceux qui croient en une évolution des mœurs.

Joanna Przewoznik a 27 ans et étudie les Sciences sociales à l’Université catholique de Louvain. Belge par sa mère, investie dans le domaine de la réinsertion professionnelle et les projets d’alphabétisation, polonaise par son père, artiste-peintre, elle a été élevée dans un univers plutôt laïque et cultive le respect des différences, le goût du débat et le dégoût des tabous.

« Très intéressée par le travail social et les questions d’immigration, je suis partie faire un stage de cinq mois à Montréal dans un organisme d’aide aux primo-arrivants. Ce sont les contacts que j’avais gardés là-bas qui m’ont mise au courant de la 1ère Marche des Salopes », explique-t-elle.

Le mouvement « Slutwalk » (en anglais) est en effet né au Canada le 3 avril 2011, en réaction aux déclarations d’un officier de police de Toronto, Michael Sanguinetti, qui avait proposé en janvier, lors d’un discours sur la prévention du viol, la recommandation suivante : « Si les femmes ne veulent pas se faire violer, elles doivent arrêter de s’habiller comme des traînées ». Trois mois plus tard, ces femmes étaient au nombre de 3.000 pour descendre dans les rues et revendiquer leur droit de s’habiller comme elles l’entendent. « It’s a dress, not a yes » (C’est une robe, pas un oui), « Real men don’t rape » (Les vrais hommes ne violent pas) ou encore en français « Nous sommes toutes des femmes de chambre » (en référence à l’affaire DSK), pouvait-on lire sur leurs banderoles.

Une place inégale

A la façon d’un défi, et n’ayant connaissance d’aucune mobilisation similaire dans un pays francophone, Joanna Przewoznik lance, sans trop y croire, sur Facebook, l’idée d’une édition bruxelloise. Après Toronto, Sidney, Londres, Seoul, New Delhi, et plus récemment Berlin et Washington, pourquoi pas Bruxelles ? « Pas une seconde, je ne m’imaginais organisatrice de quoi que ce soit », confie-t-elle. « Mais des dizaines de personnes m’ont envoyé des messages me demandant de reporter la Marche pour pouvoir y participer, d’autres m’ont proposé de leur aide, renforçant ce que je pensais, la nécessité de cette manifestation ».
Elle précise toutefois : « Mon objectif n’est pas de diriger le mouvement, mais d’être plutôt son relais. Je cherche des personnes motivées à apporter leur grain de sel et leurs idées, pour que nous partagions le plaisir et la responsabilité de manière collective ».

Communication de l’événement, formalités administratives, organisation et mise en œuvre de la Marche… Un petit comité s’est créé pour se répartir les tâches, et le MicroMarché a accepté d’accueillir, en fin de cortège, artistes, expos et concerts, pour terminer la journée de la meilleure manière. En attendant de finaliser le programme, Joanna s’attarde sur les réactions que suscite sa page : « Cette Marche et son nom créent le débat. Certains commentaires sont intéressants, d’autres plutôt effrayants. Je m’inquiète quand je lis certaines personnes qui opposent le mot “machisme” à celui de “féminisme”, et cela m’attriste d’entendre des jeunes filles dire que le féminisme est mort et dépassé… L’essentiel n’est bien sûr pas d’être d’accord sur tout, c’est de trouver sur quoi nous pouvons nous mettre d’accord, et la force que nous avons ensemble, avec les concessions que chacun peut faire. Chaque débat que j’ai me construit… ».

La jeune femme, qui préfère rester modeste quant à ses ambitions en espérant 500 à 1.000 personnes, n’a personnellement jamais vécu d’agressions ou de violence dans l’espace public. Elle ressent, en revanche, avoir une place qu’elle n’a pas choisie : « Mon sexe de femme prend trop d’importance, alors que la question du genre ne se tranche pas de façon binaire », estime-t-elle. « Dans mon quotidien et surtout avec mes amis proches, je me rends compte à quel point nous sommes conditionnés dans un schéma où la femme et l’homme ont une place bien définie, stéréotypée et totalement inégale ».

La « Marche des Salopes » de Bruxelles fera peut-être des émules à Paris ou ailleurs. Joanna Przewoznik se dit déjà enthousiaste pour de nouvelles collaborations.

Dimanche 25 septembre 2011 : départ à 14h30-15h de la Gare du Nord. Arrivée à 17h au MicroMarché, quai à la Houille, 1000 Bruxelles. Dès 19h : concerts et animations. 

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