C’est sur la scène du CCLJ, le 5 novembre 2014 à 20h, que Joëlle Strauss a choisi de lancer son premier CD « Mazl » en nous proposant un concert de chant yiddish exceptionnel, accompagnée par ses cinq amis virtuoses. L’occasion de revenir avec elle sur ce qui la fait chanter.
On vous connait surtout comme violoniste du groupe « Krupnik », aux côtés d’André Reinitz et de Jean-Pierre Debacker. Vous sortez aujourd’hui en solo votre premier CD comme chanteuse, est-ce un tournant dans votre carrière ? J’ai adoré jouer dans les événements, les mariages, les soirées, cela m’a permis pendant onze ans de pratiquer régulièrement notre répertoire et de rencontrer les gens. Je dirais que c’est la meilleure école de la vie pour une violoniste et une chanteuse comme moi, mais j’ai choisi en effet de me concentrer désormais sur le chant et de privilégier les concerts. Pour pouvoir aussi, en plus de mes nombreux projets, garder une vie de famille.
Vous chantez depuis votre plus tendre enfance…
J’ai commencé à chanter avant même de jouer au violon, à 4 ans. Petite, j’étais à la chorale La Chanterelle à Waterloo, je me souviens d’avoir chanté à l’époque comme soliste devant la Reine ! J’ai ensuite démarré le chant concert à l’académie, avant d’entrer au Conservatoire en chant et en violon. J’ai dû malheureusement interrompre le chant après deux ans, suite à une blessure aux cordes vocales. Après deux mois de revalidation, sans parler ou en chuchotant, je me suis mise à faire de l’animation dans les restaurants. C’est là que j’ai rencontré André Reinitz.
Vous êtes jeune et pourtant intarissable sur le yiddish, comment l’expliquez-vous ?
Je chantais régulièrement en yiddish, j’ai donc décidé d’apprendre la langue pendant quatre ans à l’Institut Martin Buber et de tout connaitre sur l’histoire de la musique yiddish, avec un grand H. C’est ma professeure Sonia Pinkusowitz qui a proposé mon nom au CCLJ pour animer l’atelier « Le yiddish en chantant », ce que je fais depuis un an maintenant avec une dizaine d’élèves. Sonia Pinkusowitz continue d’ailleurs de me conseiller et de m’apporter les subtilités de la langue. Pour beaucoup de monde, le yiddish est synonyme de vieillesse, de nostalgie, de tristesse, alors que cette langue draine un vrai bonheur ! Je fais tout pour qu’elle devienne familière à mes enfants. Dès qu’ils ont un pied au lit, je ne leur parle plus qu’en yiddish. Je leur lis même « Le Petit Nicolas »… en yiddish !
En 2013, vos concerts multiculturels vous ont permis de terminer dans les cinq finalistes pour le « Prix Jean Pierre-Bloch » de la LICRA qui récompense « Un artiste et son œuvre, dans son rapport aux Droits de l’Homme », est-ce important pour vous ?
A cette occasion, je me suis effectivement retrouvée à jouer devant le Sénat français ! Le dialogue interculturel a toujours énormément compté pour moi. Si je suis très fière de mes racines et j’essaie de transmettre cette fierté à mes enfants, nous avons choisi de vivre au centre de Bruxelles et de les scolariser dans une école de la ville. Je reste persuadée que le meilleur moyen de lutter contre le racisme est l’instruction, la connaissance et la rencontre de l’autre. Je chante et je joue ainsi du violon dans une pièce de théâtre jeune public (« Cheveux rouges » au Théâtre de La Galafronie, à partir de 7 ans) sur la Résistance, basée sur la vie de Régine Krochmal. Nous tournerons dans les écoles à partir de 2015. J’ai par ailleurs monté il y a un an le groupe « Nouévou », dans lequel je joue ma musique juive et yiddish, accompagnée d’un rappeur marocain et d’un joueur de beat-box turc. Pour les 50 ans de l’immigration maghrébine, nous avons fait un grand concert au lycée Dachsbeck et tous les enfants du primaire ont chanté « Sholem Aleichem » en yiddish. C’était assez exceptionnel.
Votre premier album s’intitule « Mazl ». Qu’y trouvera-t-on ?
« Mazl », « Kum, Leybke, Tantsn », « Dona », « Rabeynu Tam », et tant d’autres. J’ai essayé d’illustrer toute la palette du chant yiddish, une sorte de voyage à travers le Yiddish Gayt d’avant-guerre avec toutes ses joies et toutes ses peines. On y trouvera du tango yiddish, du klezmer et du charleston avec The Aztor Klezmer Trio (Marc Grauwels, à la flûte et Christophe Delporte, à l’accordéon) dont je fais partie depuis un an, du chant yiddish traditionnel aussi, hymne à la vie yiddish de l’époque, des morceaux violon-chant que je joue seule, des morceaux plus classiques avec le quatuor à cordes Alfama, incontournable de la scène musicale. La violoniste Elsa de Lacerda m’accompagne également, de même que le pianiste de jazz Jean-Philippe Collard-Neven, une sommité dans le piano. J’ai choisi très naturellement le CCLJ pour présenter mon CD, car je m’y reconnais. J’espère que « Mazl » me portera chance.
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