John Galliano : l’affaire est dans le sac

Soit un créateur de renom imbibé d’alcool. Soit un café chic à Paris. Soit un échange de noms d’oiseaux. Mélangez le tout, secouez fort et vous obtenez un cocktail détonnant. Surtout assaisonné d’une bonne dose antisémitisme….  

 Prononcez son nom et toute femme un peu férue de mode poussera un léger soupir d’extase : John Galliano est un génie de la (haute) couture. Pourquoi ? Cela fait partie de ces mystères féminins dont les hommes constatent  l’existence sans espoir de les pénétrer jamais.
 
Ils comprendront sans doute mieux en quoi M. Galliano est –aussi- un génie du négoce : depuis qu’il a pris les rênes de la Maison Dior en 1996, il en a quadruplé le chiffre d’affaires. En 2010, les ventes tournaient autour de 14,8 milliards d’euros, une hausse annuelle de 19%.…
 
Au de son attitude ces derniers temps, les gens de tous sexes comprendront aussi que le génie n’empêche pas d’être à côté de ses pompes. A preuve, l’altercation survenue ce 24 février dans un bar situé dans le Marais, un coin qui a la particularité d’être à la fois le quartier juif de Paris et un des lieux les plus « hype » de la capitale  
 
Les faits sont controversés mais ce dont on est certain, c’est que John Galliano avait 1,1 mg d’alcool dans le sang et qu’il s’est disputé avec un couple.  Lui était japonais et elle, juive. Selon la femme, le créateur n’aurait supporté ni sa voix (trop aigüe) ni son physique.
 
Il lui aurait suggéré de clore son gosier de courtisane à l’hygiène douteuse (mais pas tout à fait en ces termes).  Après avoir clamé: « Tu es moche et ton sac aussi », il aurait hurlé: « Sale tête de juive, tu devrais être morte ». 
 
Comme l’homme intervenait, il lui aurait aussi lancé : « Putain de bâtard asiatique, je vais te crever ». L’avocat de Galliano propose une version différente : le Japonais lui aurait crié de « dégager » parce que « il était moche ». Le ton serait monté mais son client n’aurait pas prononcé le moindre terme raciste.
 
Une version quelque peu battue en brèche par le témoignage d’une femme qui aurait subi des remarques similaires en votre 2010. Toujours dans le même bar, toujours beurré, Galliano s’en serait également pris à son physique avant de proférer des remarques antisémites.
 
« J’aime Hitler »
 
Coup de grâce, le quotidien britannique, « The Sun » (28/2) révèle une troisième agression du même genre. En mettant en ligne une vidéo (*)  qui atteste des faits. On y voit un Galliano à l’œil vaseux s’en prendre à un groupe de consommateurs.
 
Il éructe : « J’aime Hitler », précise : «  Vos mères, vos aïeux auraient dû être  gazés » puis insulte une femme trop laide à ses yeux. Apprenant qu’elle est italienne, il la traite de… hum, « d’orifice anal », quoi. 
 
D’où vient pourtant que, malgré ses propos répugnants, l’homme suscite davantage de pitié que de colère ? Etre envié, célébré, et adulé ; voir sa moindre œuvre portée aux nues, son plus petit caprice faire loi ; posséder une fortune incommensurable et en être réduit à se saouler en solitaire dans un café chic…
 
Au contraire d’un Dieudonné, par exemple, qui vautre dans la vengeance et la haine, on a le sentiment que Galliano ne déteste tant de monde que parce qu’il ne se supporte guère lui-même.
 
L’homme a sans doute davantage besoin de repos et d’une thérapie que d’une condamnation judiciaire. Reste que, pour l’heure, Galliano risque gros : la maison Dior l’a suspendu « en attendant les résultats de l’enquête ». Ira-t-elle jusqu’à renvoyer « l’homme qui valait plusieurs milliards » ?
 
Il est vrai que se voir l’image de marque de Dior détériorée sur ses marchés américains et asiatique coûterait encore plus cher. Certes, insulter les autres est encore une façon d’avoir des contacts humains mais John Galliano  aurait sans nul douté été mieux inspiré en s’enivrant chez lui.  
 
 

 

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