Les Etats-Unis refusent depuis 27 ans de relâcher Jonathan Pollard, un Juif américain qui a espionné son pays en faveur d’Israël. Mais le Secrétaire d’Etat, John Kerry vient de l’inclure dans un vaste marché entre Israéliens et Palestiniens. Reste à le faire accepter…
Voici près de 30 ans qu’il ne cesse de défrayer la chronique. Il faut dire que Jonathan Jay Pollard, n’a jamais rien fait –ou subi- comme les autres. Ainsi, à partir de 1984, ce Juif texan, officier- analyste de la Marine commence-t-il à espionner son pays au profit… d’Israël.
Assez maladroitement pour que, moins d’un an plus tard, le FBI ouvre une enquête sur lui. Affolés, J. Pollard et sa femme, Anne foncent vers l’ambassade d’Israël à Washington afin d’y demander l’asile politique. Et se font refouler par les gardes à l’entrée. Arrêté, il est jugé en 1987.
Il plaide coupable mais assure avoir seulement cherché des informations sur les programmes nucléaires arabes et pakistanais. Bien que le tribunal reconnaisse qu’il avait agi « sans intentions de nuire aux Etats-Unis », il écope d’une peine de prison à vie.
Son épouse est condamnée, elle, à cinq ans, en fait deux et demande le divorce à sa libération. Lui, 27 ans plus tard, -29 si on compte les années de préventive- est toujours derrière les barreaux. Et au fil du temps, il est devenu une sorte d’icone en Israël, surtout à droite mais pas seulement.
L’Etat juif lui a conféré la citoyenneté israélienne en 1998 et les campagnes pour sa libération se sont succédées dans le pays. Son sort a été évoqué avec régularité par les tous les 1ers Ministres israéliens successifs, B. Netanyahou en tête.
Mais aucun des successeurs de Reagan, sous le mandat duquel Pollard a été condamné, n’a jamais rien voulu entendre. C’est que son cas continue à diviser les dirigeants américains eux-mêmes. C’est que des rumeurs persistantes n’ont jamais cessé de courir à Washington.
Selon elles, Pollard aurait aussi livré à Israël les codes d’accès et de cryptage de la NSA (National Security Agency) et celui-ci les aurait donnés aux Soviétiques en échange de facilités pour les Juifs russes désireux de fuir leur pays.
Il serait donc un vrai traître à la nation. Comme deux autres officiers de la CIA et du FBI coupables d’espionnage pro-russe. Eux aussi ont été condamnés à la prison à vie, sans possibilité de grâce présidentielle…
Une théorie convaincante pour Georges Tenet, Chef de la CIA dans les années 1990 : lorsque l’ex- Secrétaire à la Défense de R. Reagan, Caspar Weinberger, avait déclaré que la peine était excessive, Tenet avait menacé de démissionner si on libérait Pollard…
Entretemps, celui-ci s’est remarié avec Esther Zeitz, une juive canadienne engagée dans les campagnes pour sa libération. Il est devenu religieux et a dû plusieurs fois être opéré ces dernières années pour des problèmes gastriques.
Libéré avant la Pâque juive ?
En janvier encore, 106 des 120 députés de la Knesset avaient demandé à Shimon Pérès d’intervenir auprès du président Obama en faveur de Pollard. Le président israélien l’avait fait et il avait reçu une réponse aimable mais négative….
Mais voici que, fin mars, le secrétaire d’Etat Kerry vient de mettre la libération de l’espion sur la table dans le cadre d’un grand marchandage destiné à sauver les négociations israélo-palestiniennes.
Car, pour l’heure, le gouvernement israélien a refusé de libérer, comme prévu, un dernier groupe de prisonniers palestiniens et persiste à poursuivre la construction de logements dans les colonies de Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
L’idée serait la suivante : l’Etat juif libèrerait les prisonniers en question et un groupe supplémentaire (on parle de 400 personnes) de femmes, d’enfants et de détenus en fin de peine ou n’ayant pas de sang sur les mains.
En échange, les Palestiniens accepteraient, comme le désire Jérusalem, de prolonger les négociations jusqu’à la fin de l’année. Et J. Pollard serait libéré mi avril, juste avant la Pâque juive. Souci : tel quel, le projet ne plait à aucune des deux parties :
« L’affaire Pollard nous concerne pas. Nous rejetons tout lien entre elle, la libération de nos prisonniers ou la prolongation des négociations », a déclaré un responsable de l’Autorité Palestinienne qui réclame, en plus l’arrêt de la colonisation et la libération de dirigeants comme Marwan Barghouthi.
Côté israélien, ce sont des ministres du parti Israël Beteinu, pourtant proche allié de B. Netanyahou qui s’indignent : « La libération de Pollard ne devrait en aucune façon être conditionnée par celle d’ignobles assassins. » (Uzi Landau, ministre du Tourisme)
Ou : « Les Palestiniens ont une série d’exigences arrogantes et dangereuses, comme la libération de meurtriers, ou le gel de la construction en Cisjordanie. Le cas Jonathan Pollard n’a absolument aucun lien avec ces questions », (Yair Shamir, ministre de l’Agriculture)
De même, le vice-ministre de la Défense Danny Danon, qui est membre du parti du 1er Ministre mais menace pourtant de quitter le gouvernement : « Nous voulons tous voir Pollard rentrer à la maison, mais pas au prix d’une libération de nombreux terroristes »
Pour l’heure, il n’a pas trop à s’inquiéter pour son fauteuil. L’Autorité palestinienne vient de reprendre ses démarches –suspendues pour la durée des tractations- afin d’adhérer à 15 agences ou traités internationaux.
On en est là. Difficile de savoir si ce sont de vraies ruptures ou si Israéliens et Palestiniens jouent à « retenez moi ou je fais un malheur ». A moins qu’il ne s’agisse de pousser le camp d’en face à rompre les négociations : comme souvent, qui quitte la partie, la perd.
En tous cas, après avoir annulé une visite au Moyen Orient, J. Kerry a exhorté les deux camps « «à faire preuve de retenue». S’ils ne le font pas, Jonathan Pollard a une autre source d’espoir : à partir de fin 2015, il pourra déposer une demande de libération conditionnelle…
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