Jonathan Pollard, l’impossible épilogue

Le célèbre espion américain doit être libéré ce vendredi après 30 ans d’incarcération. Mais il devra encore patienter pour que la justice américaine l’autorise à émigrer en Israël.

Après la bataille pour la libération, celle pour le « retour à la maison » ? C’est un fait. L’espion Jonathan Pollard, qui sera libéré ce vendredi 20 novembre 2015 par la justice américaine, après près de trente ans d’incarcération, a émis le vœu d’émigrer en Israël, le pays pour lequel cet ancien analyste de l’US Navy a tout sacrifié. Ce natif du Texas, arrêté en 1985 et condamné à la prison à perpétuité deux ans plus tard, a fait savoir qu’il souhaitait s’installer en Israël pour « reprendre sa vie là-bas et contribuer à la société ». Aujourd’hui âgé de 61 ans, l’homme à l’origine de l’un des plus grands scandales d’espionnage Outre-Atlantique, s’est rapproché de la religion juive, sous l’influence de sa seconde épouse, pendant son incarcération.

Mais Jonathan Pollard devra encore patienter avant de concrétiser ce projet. Dans le cadre de sa libération conditionnelle, l’ex-prisonnier modèle serait en effet dans l’obligation de rester aux Etats-Unis pendant au moins un an. L’intéressé a déjà fait savoir qu’il était prêt à renoncer à sa citoyenneté américaine pour s’installer en Terre promise. Pour mémoire, Pollard avait dû attendre l’année 1995 pour recevoir la nationalité israélienne et trois ans de plus pour que Jérusalem le considère officiellement comme un « espion israélien ». Y sera-t-il accueilli en héros ?

Dans l’Etat hébreu, il y a consensus. L’ancien étudiant juif de Stanford a écopé d’une peine « disproportionnée ». Jonathan Pollard est le seul condamné américain à la prison à vie pour une affaire d’espionnage au profit d’un pays ami. On considère que ce fervent sioniste a agi en voulant le bien de l’Etat hébreu. Récemment député du parti Likoud, David Bitan a déposé un projet de loi afin que l’Etat d’Israël finance tous les frais de l’ancien espion jusqu’à la fin de sa vie. « Mais Pollard n’est pas non plus l’ex-refuznik soviétique Natan Sharansky », pointait cette semaine un responsable communautaire américain, ayant œuvré pour sa cause.

Une certitude : sa libération enlève une épine du pied dans les relations entre Israël et les Etats-Unis. Outre-Atlantique, les hauts responsables du Pentagone ou de la CIA n’ont jamais digéré la trahison de Pollard, qui a reconnu lors de son procès avoir livré au Mossad plus de mille documents « pour la sécurité d’Israël ». Selon certaines sources, il aurait même transmis des manuels de code de l’agence de renseignement NSA, qui se seraient retrouvés entre les mains des Soviétiques.

Son arrestation avait créé une grave crise entre les deux pays alliés. Depuis trois décennies, tous les chefs du gouvernement israélien ont demandé en vain sa remise en liberté aux autorités américaines. Ces dernières années, Jonathan Pollard s’est même retrouvé au cœur d’un marchandage, la Maison-Blanche ayant étudié la possibilité de relâcher le Texan afin de débloquer le processus de paix israélo-palestinien au point mort.

Reste à savoir pourquoi cette mise en liberté conditionnelle intervient maintenant. Certains observateurs font en effet valoir que son annonce fin juillet a été officialisé au lendemain de la signature de l’accord sur le nucléaire iranien. Une façon de faire passer la pilule aux Israéliens ? Les dirigeants américains l’ont formellement démenti. En tout état de cause, le dossier Pollard restera un épisode des plus douloureux pour les communautés juives américaines.

« Ces derniers ont été profondément perturbés par cette longue affaire, qui a nourri le soupçon de leur double allégeance », souligne le chercheur Azriel Bermant, de l’Institut National des Etudes de Sécurité. « L’une des leçons clés de cette histoire est qu’Israël doit manœuvrer avec la plus grande prudence avant de mobiliser la Diaspora ; et s’assurer que ses efforts pour rallier des amis ne se fassent pas au détriment des communautés juives locales ».

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