Judaïsme et Liberté : l’instrument politique des Juifs de droite

Deux Juifs, trop opinions… Si l’on connaît l’adage, on sait aussi que les Juifs de France ont connu un parcours politique discontinu, les menant du socialisme parfois révolutionnaire à la droite républicaine à tendance sécuritaire. Les causes du divorce des Juifs avec la Gauche sont connues. Elles résident principalement, en France, dans l’inaction du gouvernement Jospin en matière de lutte contre l’antisémitisme, à l’époque où les banlieues devenaient, selon l’expression chère à Alain Finkielkraut, « des territoires perdus de la République ». La politique constituant d’abord une offre, il s’avère logique qu’une communauté en plein processus d’embourgeoisement et effrayée par l’antisémitisme renaissant se soit tournée vers la Droite pour trouver de nouvelles réponses.

Cette désertion des rangs de la gauche, l’association Judaïsme et Liberté l’avait anticipée, en lançant, dès 1984, son propre cercle de réflexion. Fondée par Claude-Gérard Marcus, Lucien Finel et Gabrielle Masse, son objectif est clair : « Faire vivre les idéaux inclus dans le judaïsme et combattre la prétention de la gauche à être le « représentant naturel » de la communauté juive ». Par la suite, Judaïsme et Liberté s’est engagée lors de toutes les élections nationales françaises, participant notamment aux campagnes présidentielles de Jacques Chirac (1988, 1995 et 2002) puis de Nicolas Sarkozy, deux fois. Nous avons demandé à Stephen Lequet, président de la section parisienne de Judaïsme et Liberté, quel était le réel pouvoir d’influence de l’association. Sa réponse ne s’est pas fait attendre : « Mouvement associé à l’UMP, l’association relaye auprès de l’ex-majorité présidentielle et des institutions politiques les aspirations des Juifs de France et sensibilise ces dernières aux propositions de notre mouvance politique. Membre du CRIF, elle y défend la vision d’une communauté juive pluraliste, dans ses croyances et valeurs, ouverte sur les autres familles spirituelles de notre pays ».

Comprenant dans ses rangs quelques têtes connues de la politique française (Pierre Lellouche, Patrick Balkany, Olivier Stirn et Nicole Guedj), l’association fut d’abord et surtout un outil de promotion de la politique chiraquienne. Stephen Lequet évoque alors l’empreinte laissée par l’ancien Président Chirac sur le judaïsme français : « Plusieurs faits marquants : la réalisation du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, sa détermination sans faille à refuser toute alliance avec le Front National, la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la persécution anti-juive en France pendant la Seconde Guerre mondiale, toutes ses prises de position contre le racisme et l’antisémitisme. Pour ces raisons, les membres de Judaïsme et Liberté l’ont soutenu sans réserve, et cela malgré les quelques bémols du passé, concernant les relations franco-israéliennes ».

Désormais parti d’opposition, l’UMP panse ses plaies. Si la récente guerre des chefs y a laissé quelques séquelles, l’association, qui n’a pas souhaité y prendre part, pourrait avoir une véritable carte à jouer dans la construction de la Droite républicaine de demain. 

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