Sacrés non-Juifs ! Mais que va-t-on faire d’eux ? Non seulement, ils sont partout mais en plus, ils ne connaissent rien au judaïsme. Il suffit de voir les questions qu’ils posent à notre sujet. Au Musée Juif de Berlin, par exemple.
Attention, ça ne rigole pas, là (quoique) : le Musée juif de Berlin, est un des plus grands d’Europe. Un des plus beaux aussi vu qu’il a été construit par l’architecte Daniel Liebeskind. Il reçoit 800 000 visiteurs par an, c’est dire.
Et c’est lui qui a mis en place une exposition temporaire * : « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir à propos des Juifs » qui dit bien ce qu’il veut qu’on entende. Et là, des questions sur les Juifs, ce n’est pas cela qui manque.
A l’entrée, on trouve même, projetées sur le sol, les 32 les plus souvent posées dans les « livres d’or » du Musée depuis son ouverture en 2001 :« Tous les Juifs ont-ils le nez long? », « Comment une kippa tient-elle sur la tête ?», « Est-ce que « Juif » est un juron? ».
Ou : « Pourquoi les Juifs jouent-ils si bien du violon ? » Attends, attends, il y a aussi : « Peut-on blaguer sur la Shoah ?», « Peut-on recoudre le prépuce si on veut cesser d’être Juif ? » Sans oublier : « Peut-on encore appeler un enfant Adolf ? »
Plus cette interrogation que les Juif se posent d’ailleurs aussi : « Comment les lettres glissées entre les pierres du Mur des Lamentations parviennent elles à Dieu ? » et le très impertinent « Est-ce qu’avec un Juif, c’est différent au lit ? »
D’aucuns soupireront que ce sont des questions posées par des Allemands, lesquels (on dit cela sans aucun racisme, on a soi-même des amis outre Rhin) ne sont pas renommés pour leur vivacité d’esprit.
Mais les interrogations de citoyens moyens, qu’ils soient Français, Flamands voire, Dieu garde, Luxembourgeois, seraient-elles vraiment très différentes ? Quoi qu’il en soit, au fil de la visite, l’exposition s’efforce de répondre à toutes ces énigmes.
Panneaux explicatifs, interviews, vidéos, dessins, citations, objets du quotidien, tous les moyens possibles et imaginables sont utilisés. Plus –car rien ne remplace le contact humain- un vrai Juif, en chair et en os, bien vivant, dans une grande boîte en plexiglas.
Pourquoi la boîte ? Le Juif jaunit-il à l’air libre ? Risque-t-on de le casser ? Mais non, c’est psychologique. Cela ressemble un peu (très peu) à un guichet de renseignements, ce qui est supposé inciter les gens à poser des questions.
Vous voulez un peu intellectualiser la chose ? Il suffit de demander à un des emboîtés : « En fait, être juif en Allemagne, c’est déjà comme vivre dans une boîte. Votre simple présence dans un café suffit à provoquer des débats sur la Shoah et le Moyen-Orient »
Marilyn Monroe aussi ?
Parce qu’on ne va pas se mentir : il y a 200.000 Juifs en Allemagne, surtout à Berlin. Pour 82 millions d’habitants. Même si on y ajoute une quinzaine de milliers d’Israéliens, cela ne fait pas lourd. Du coup, la majorité des Allemands n’ont jamais vu un Juif de leur vie.
Alors, lui adresser la parole… Et bien, grâce à cette exposition, ils en ont l’occasion chaque jour de 14 à 16h. Peuvent lui demander ce qui leur chante (ou les perturbe). Avec l’assurance qu’il s’efforcera de répondre en déployant cet humour sophistiqué qui fait notre charme.
Sur quoi porte la papote ? Sur l’essentiel : est-ce que les céréales du matin… le schnaps… la saucisse de Francfort… le ketchup sont cachères ? (Réponse hilarante : « Bien sûr… s’ils sont certifiés par le rabbinat ») Comment ça, ce n’est pas drôle ? Taisez-vous, antisémites !
Ou alors, ils réclament des précisions sur d’étonnantes découvertes faites dans l’exposition : David Beckam est juif ? A moitié, à ce qu’il dit. D’ailleurs, il porte un tatouage en hébreu. Et la plus blonde des « shiksès » **, Marilyn Monroe aussi ? Tout à fait.
S’est convertie en 1956 pour épouser Arhur Miller. Et elle s’est fait remettre le prépuce quand elle l’a quitté ? (Naan, on invente). Et qu’en est-il du prince Charles, hum ? Ah, lui, pas du tout. Mais, il a été circoncis, une tradition chez les Windsor.
Ah bon, donc le prince William… Jusque là, on ne sait pas, faut demander à Kate. Oui, c’est un peu superficiel mais on ne va pas au guichet de la Poste pour s’enquérir du sens de la vie, non plus. Et, tel quel, cela plaît. A beaucoup quoique pas à tout le monde.
Y compris chez nous autres. Des de la communauté trouvent l’exposition bêbête et voyeuriste. D’autres foncent direct au point Goodwin*** : le box aux Juifs leur rappelle celui d’Eichmann lors de son procès à Tel Aviv.
Quand on vous disait que les Juifs ont le sens de l’humour, fut-il involontaire… Peu importe. Tout ce qu’on espère, c’est que l’exposition, qui sera itinérante, finira par se poser quelque part dans la Wallonie profonde.
On a trop hâte de voir la tête du Juif dans sa boîte quand un visiteur lui demandera : « Et un p’tit verre de peket, c’est cachèr, m’fi ? »
*A voir au Musée Juif de Berlin (Jüdisches Museum Berlin) jusqu’en septembre 2013. Pour tous renseignements : fuehrungen@jmberlin.de
** Shiksè : terme yiddish désignant la terreur de toute mère juive : la jolie blonde catholique qui ne rêve que de pervertir son fils (et inversement)
*** Point Goodwin : Stade où, dans une discussion sur Internet, on évoque le nazisme. Signe indubitable qu’il est temps de clore le débat.
Lire aussi l’article de Paul Achilli, notre correspondant en Allemagne.
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