Victime à plusieurs reprises d’insultes à caractère antisémite, la députée bruxelloise MR Viviane Teitelbaum a été hier la cible d’un courrier antisémite particulièrement violent envoyé à son attention à son cabinet d’échevine des Finances de la commune d’Ixelles.
« Le courrier anonyme qui m’était destiné, écrit à l’ordinateur, commençait comme ceci : « Crapules juives » ! », nous raconte encore écœurée Viviane Teitelbaum, députée bruxelloise MR et échevine à la commune d’Ixelles. « Suivait « Votre copain », à côté d’une photo du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, grimé en Hitler, avec « SS » sur le col de sa chemise, et ces mots : « Gaza = Auschwitz ! » « Voleurs, assassins, menteurs, dégénérés », avant « Juifs « belges », complices et collabos ! » »
Auteure en 2008 du livre Salomon, vous êtes juif ?! Histoire de l’Antisémitisme en Belgique du Moyen-Age à Internet (éd. Luc Pire), dénonçant depuis toujours et sans langue de bois les faits et propos antisémites, à travers ses responsabilités politiques, Viviane Teitelbaum a été plusieurs fois la cible de mails, de coups de fil, d’insultes antisémites. Mais ce courrier « très violent » l’a particulièrement interpellée, en cette veille du 8 mai, 70 ans après…
La députée bruxelloise est allée porter plainte à la police ce matin. Un exercice là encore pas facile. « Le policier qui m’a reçue ne me connaissait pas et essayait de faire de son mieux pour être gentil », assure-t-elle. « Mais il semblait vouloir à tout prix trouver des explications à cette lettre comme si j’avais forcément du faire quelque chose, comme « appartenir à une association amie d’Israël », pour mériter ça ».
Députée et échevine, Viviane Teitelbaum s’inquiète de ce qu’un quidam d’origine juive aura à endurer s’il souhaite lui aussi déposer plainte pour des faits similaires. « Il faut vraiment être solide et aller jusqu’au bout de sa déposition, bien relire le PV, ce n’est franchement pas évident… », se désole celle qui a également décidé de se constituer partie civile auprès du juge d’Instruction et compte sur le Centre pour l’égalité des chances pour la rejoindre dans son action.
Certains peuvent continuer de le nier, c’est une nouvelle fois l’importation du conflit israélo-palestinien et un antisionisme de façade qui libèrent ici la parole antisémite. Une parole trop souvent banalisée et rarement sanctionnée, comme Viviane Teitelbaum le rappelait il y a un an à peine dans une Carte blanche publiée dans La Libre Belgique (7/2/2015), intitulée « Train pour Auschwitz, les Juifs priés de descendre prendre une douche ». « Depuis les cours de récréation scolaires aux transports en communs, depuis les sites internet aux tags et graffitis, depuis les menaces aux violences verbales et physiques aujourd’hui la parole antisémite est libérée. Les jeunes -malheureusement souvent d’origine immigrée- comme les adultes se laissent aller à l’envi. Le problème se trouve tant au niveau de l’éducation, qu’à celui des silencieuses réactions politiques et médiatiques. La loi, hélas, ne permet pas toujours une sanction. La dénonciation et la condamnation des propos et des actes sont donc civiquement vitales. Indispensables à la cohésion de notre société. Elles doivent donc intervenir à chaque acte ou parole. Sans cela, nous basculerons vers une impunité et une banalisation de ces faits. Nous en prenons malheureusement déjà le chemin. Rejoignez le cercle des résistants ».
Espérons que la réaction des autorités compétentes à ce dernier courrier antisémite ne lui donnera pas raison.
]]>