Envoyer les immigrants français fuyant l’antisémitisme des Arabes des banlieues dans des colonies de Cisjordanie entourées d’Arabes anti-Israéliens, tel est le plan d’Ouri Ariel, l’actuel ministre du Logement…
« Est-ce que c’est bon pour les Juifs ?» s’est-on longtemps demandé dans nos communautés à propos de tout (et parfois de rien). Après 1948, la question s’est doublée d’un « Est-ce que c’est bon pour Israël ? » Pour l’actuel gouvernement israélien, la question est devenue :
« Est-ce que c’est bon pour les colonies de Cisjordanie ? » (ou, si l’on préfère le jargon officiel : « …pour les implantations dans les territoires de Judée-Samarie »). Et, que l’événement soit bon ou mauvais, il fait tout afin que la réponse soit positive.
On a encore pu le vérifier après les sanglants attentats du 7 janvier à Paris. Que Benjamin Netanyahou et d’importants ministres de son gouvernement aient incités les Juifs de France à immigrer en Israël, c’est, surtout en période électorale, de bonne guerre, si l’on ose écrire.
Jouer sur les peurs pour pousser à l’alya, Ariel Sharon l’avait déjà fait. Et avant lui, bien des dirigeants de droite. Mais sauf erreur, aucun ministre n’avait envisagé jusqu’à présent tenté d’installer les nouveaux immigrants directement dans les colonies de Cisjordanie
Voilà qui est fait : le ministre israélien de la construction et du logement, Ouri Ariel (« Maison Juive »*) a écrit au Yesha, l’organisme qui représente les colons, de se préparer à une vague d’immigration de Juifs français :
« Il ne fait aucun doute que les Juifs français se sentent profondément solidaires avec l’entreprise de construction en Judée et Samarie. Et c’est là qu’ils voudront fixer leur demeure ».
Dans la foulée, O. Ariel a ordonné à son ministère de planifier l’extension des colonies susceptibles d’accueillir les nouveaux venus. Ce plan a suscité de nombreuses oppositions dont celle du « Camp sioniste » ** mais pas seulement.
Le président Reuven Rivlin, (Likoud) l’a fait savoir sans ambiguïtés. Bien que partisan de la colonisation, il a déclaré lors de l’inhumation à Jérusalem des quatre Juifs assassinés à Paris : « Mes chers frères et sœurs, citoyens juifs de France, vous êtes les bienvenus.
Notre terre est votre terre, notre foyer votre foyer, et nous aspirons à vous voir vous établir à Sion. Mais vous ne pouvez pas revenir par détresse, par désespoir ou à cause des affres du terrorisme et de la peur. Nous voulons que vous veniez en Israël par amour pour Israël »
Cela dit, la décision de s’installer ou non dans les territoires occupés dépend en définitive des 1ers concernés, les Juifs français : en dehors de la Cisjordanie, Israël est une démocratie et chacun habite où il veut.
Des logements à moitié prix
On n’est plus dans les années 1950, lorsque le gouvernement (alors de gauche), envoyait les nouveaux venus, surtout ceux issus des pays arabes dans des « villes de développement »… qu’une bonne partie fuyait d’ailleurs assez vite
Reste le principal attrait des colonies (hors convections politiques ou religieuses) : le prix des appartements, souci majeur bien sûr, pour les immigrants. Or, ceux des colonies sont sans concurrence.
75% d’entre elles sont classées « zones de priorité nationale ». Du coup, elles bénéficient de prix avantageux pour les terrains, d’aides publiques pour les infrastructures, de subventions pour les prêts immobiliers…
Bref, à superficie égale, un logement en Cisjordanie à peu près à la moitié de celui situé en Israël. Ainsi, selon les chiffres du ministère du Logement, en 2013, un appartement à Tel Aviv se vendait en moyenne à 603.000 $ et à 433.000 à Jérusalem.
Le prix tombait à 323.000 $ dans la colonie de Maale Adumim, à 280.000 $ dans celle d’Ariel voire à 261.000 dans celle de Modiin Illit. Une différence substantielle qui fait que nombre de colons ne sont pas là par idéologie mais seulement pour des raisons financières.
Un argument auquel les Juifs français ne sont sans doute pas indifférents. Mais suffit-il à compenser des inconvénients qui ne sont pas sans importance, eux non plus ? D’abord, les colonies sont des cités dortoirs où il n’y a guère d’emplois.
Certes, la route pour se rendre au travail n’est sans doute pas plus longue qu’en France mais la plupart des immigrants, qui habitaient dans des métropoles ne seront pas nécessairement attirés par l’idée de vivre dans de gros villages ou de petites villes.
Plus important encore : ces Juifs français fuient l’antisémitisme qui, regrettablement, sévit surtout chez les Arabes et les musulmans. Se sentiront-ils davantage en sécurité entourés d’Arabes musulmans qui supportent de moins en moins une occupation qui dure depuis près de 50 ans ?
L’an passé, 7.000 Juifs ont quitté la France pour Israël. L’écrasante majorité d’entre eux n’a pas voulu passer des banlieues aux colonies : 1,6% seulement a décidé de s’installer en Cisjordanie. Selon certaines prévisions, 10.000 Juifs français pourraient quitter leur pays en 2015.
Il y en aura-t-il davantage parmi eux à vouloir devenir des colons ? On peut en douter. Mais si le gouvernement actuel est encore en place après les élections de mars, nul doute qu’il trouvera une autre idée afin de développer les colonies…
« Maison Juive » (Ha Bayit Hayehudi) : mouvement sioniste-religieux représentant la droite dure, partisan de l’annexion de la Cisjordanie
**« Camp sioniste » : union de centre-gauche, regroupant le parti travailliste dirigé par Itzhak Herzog et l’Hatnuah de Tzipi Livni
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