Juifs et musulmans, au-delà des préjugés

Une cinquantaine de jeunes Juifs et musulmans âgés de 12 à 18 ans se sont retrouvés samedi au Bois de la Cambre pour passer l’après-midi ensemble. Objectif : briser les préjugés en apprenant à se connaitre. Une première expérience qui devrait se renouveler.

Samedi 18 octobre, 14h30. Comme convenu, Hayat et Wissam sont au Bois de la Cambre avec une trentaine de jeunes, les 12-18 ans de l’unité « Les Héritiers », attachée à la Fédération des Scouts Baden-Powell de Belgique (anciens Scouts catholiques). C’est même avec enthousiasme qu’ils affirment avoir répondu présents à l’invitation faite par la Jeunesse juive laïque (JJL). « Notre unité a été créée à Cureghem il y a tout juste deux ans, dans l’esprit d’ouverture d’unités dans les quartiers populaires de Bruxelles », explique Hayat. « Aucun de nous n’a jamais été scout avant, nous partons donc de zéro. Mais nous sommes tous animés par la curiosité du scoutisme, le partage et la transmission des valeurs scouts qui sont des valeurs humaines universelles, peu importe qui on est et d’où on vient ».

Mixtes et ouverts à tous, les Héritiers rassemblent toutefois « 99,9% de musulmans », sourit Hayat, des jeunes d’origine marocaine, mais aussi tunisienne et algérienne, ainsi que des enfants de convertis. Des jeunes filles voilées, d’autres qui ne le sont pas, des jeunes pratiquants pour une grande majorité d’entre eux, la lecture d’une sourate du Coran et un moment pour la prière faisant partie de l’activité hebdomadaire. Ce qui n’empêche pas au mouvement de partir en camp, y compris cet été, pendant le mois de Ramadan, une occasion d’inviter les parents le temps d’une soirée pour rompre le jeûne.

Par ce samedi ensoleillé, il n’était point question de jeûne, ni de prière, mais bien d’un simple moment de partage entre Juifs et musulmans, dont les relations sont peu coutumières et les préjugés nombreux. « L’idée est venue pendant un séminaire », se souvient Ronen, le responsable (shaliah) de la JJL. « Les plus grands ont voulu se poser ce « challenge » en organisant une activité avec un mouvement qui ne soit pas juif. Les héritiers sont aussi ouverts que nous et le contact est incroyable ». « Cela s’est rarement fait à Bruxelles », relève Hayat. « La société semble savoir que les Juifs détestent les musulmans et inversement, et certains musulmans en arrivent à être persuadés qu’ils doivent détester les Juifs. Ce qu’on voit ici prouve le contraire ! ».

Ceux qui affirmaient que Cureghem et les scouts sont incompatibles en prennent pour leur grade. Quant aux parents des intéressés ? « Nous les avons mis au courant bien sûr », poursuit Wissam, « et nous ne sommes de toute façon pas une mosquée. Ceux qui mettent leurs enfants chez nous ne cherchent pas à remplacer une école musulmane. Ils sont plusieurs à vouloir sortir de leur ghetto par le biais de ce genre de jeux et d’activités qui peuvent briser les préjugés. Notre objectif est de décloisonner les esprits et leurs habitudes. Il y a plein de quartiers et de gens à Bruxelles que ces jeunes ne connaissent pas. Certains viennent de découvrir le Bois de la Cambre ! »

Pas de position politique non plus, mais plutôt la transmission d’un esprit de citoyen engagé chez les Héritiers. Au vu de la bonne ambiance générale, des rires et d’une connexion immédiate entre les jeunes Juifs et les musulmans, les participants ont l’air ravis. « Si l’on veut faire avancer les choses et ancrer réellement quelque chose dans la tête des jeunes, cela ne doit pas rester un one-shot », conviennent les animateurs. C’est aussi ce que pense Lisa Elbaum, 17 ans, monitrice (madriha) à la JJL, persuadée depuis longtemps qu’en dépit des a priori, il n’y a pas de raison de ne pas pouvoir s’amuser ensemble. « Nous avons peur parce que nous ne nous connaissons pas », affirme-t-elle. Une première barrière a été franchie. Espérons qu’elle soit suivie de projets à plus long terme.

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