Karen Tadevosyan, directeur du nouveau Centre culturel arménien

Le nouveau Centre culturel arménien a été inauguré le 14 juin 2013 et le programme de la rentrée s’annonce déjà chargé. Rencontre avec son directeur, Karen Tadevosyan, nouveau venu dans la vie communautaire et très heureux d’assumer cette fonction, après un parcours longtemps semé d’embûches.

Né à Eghvard en Arménie, Karen Tadevosyan passe son enfance et sa scolarité à une quinzaine de kilomètres d’Erevan, la capitale. Il suivra ensuite le droit international à l’Université de Gladzor, alors que son pays connait les années noires. « J’ai commencé mes études en 1990, au temps encore de l’Union soviétique, mais dès 1992, la situation a changé et même les professeurs ont été obligés de s’adapter, tout ce qui concerne l’URSS se retrouvant écarté. Jusque-là, l’histoire arménienne n’était pas enseignée dans son entièreté ! ».

Entré à l’université à l’âge de 16 ans, la législation prévoyant dix années de scolarité, Karen Tadevosyan se voit contraint deux ans plus tard d’interrompre ses études pour effectuer son service militaire. « La situation était en outre très difficile pour les étudiants. L’Arménie étant en guerre contre l’Azerbaïdjan (conflit du Haut-Karabakh), le pays s’est retrouvé victime d’un terrible blocus, le privant notamment de gaz et limitant l’électricité à une heure par jour », se souvient celui qui très vite rêve de devenir diplomate. « Une guerre gagnée est une guerre qu’on a pu éviter », soutient-il aujourd’hui encore, alors que les relations avec l’Azerbaïdjan demeurent très tendues.

Ne voyant pas de réel avenir dans son pays, Karen Tadevosyan décide de venir en Belgique où vit déjà sa sœur aînée. Il sera rejoint par ses parents, et tout récemment par sa femme. « Je ne me doutais pas à quel point il serait difficile ici d’avoir mes papiers », confie-t-il.

Le parcours du combattant débute en effet dès son arrivée en 1997 et durera jusqu’en 2010. Accumulant les refus de l’Office des étrangers face à sa demande de naturalisation, Karen Tadevosyan continue pourtant d’y croire. Il apprend le français au SIREAS (Service international de recherche, d’éducation et d’action sociale), où il sera bénévole plusieurs années, aidant à la traduction et à l’accompagnement de ses concitoyens dans leur intégration. « On me demande parfois ce que signifie être sans-papier, je réponds que c’est comme si on vous prenait votre portefeuille. Sans papiers, vous n’êtes personne », affirme-t-il.

Lieu de rassemblement

Après treize années de galère, Karen Tadevosyan est enfin régularisé. Il est engagé par le SIREAS comme travailleur social et conseiller juridique. « Il y a un an, j’ai entendu parler du projet de création de ce nouveau centre culturel arménien. Je me suis dit : “Enfin… ”. A l’époque, je ne fréquentais pas la communauté organisée, c’était lié à mon statut qui n’en était pas un », explique-t-il.

Karen Tadevosyan vient aux journées portes ouvertes. C’est le président de l’asbl Centre socio-culturel arménien de Belgique (CSCAB), André Gumuchdjian, qui l’invite à déposer sa candidature au poste de directeur. « Je n’ai pas hésité, j’étais ravi et je suis honoré qu’on m’ait confié cette responsabilité », déclare-t-il, très fier de sa communauté et des donateurs sans qui ce nouveau bâtiment n’aurait jamais pu voir le jour.

Maintenir vivante la culture arménienne et son héritage, la faire connaitre à un large public, tels sont les grands objectifs du Centre culturel arménien, déjà surnommé « Haydoun » (« maison des Arméniens ») par les membres de la communauté. Se voulant lieu de rassemblement pour une communauté plurielle par ses vagues d’immigration successives (la communauté compte en Belgique quelque 25.000 membres originaires d’Arménie, mais aussi de Turquie et de diaspora), le Centre envisage aussi l’aménagement d’un studio radio, en plus d’une bibliothèque ouverte aux étudiants (documentation en arménien et sur les Arméniens) et d’un restaurant nommé « Ararat », accessible midis et soirs. Des cours d’arménien occidental et oriental seront par ailleurs organisés à l’attention des enfants et des adultes.

Si cinq commissions (culture-jeunesse-enseignement-sports-événements) ont été créées pour définir le programme annuel qui se composera de conférences, pièces de théâtre, expos, fêtes arméniennes…, le directeur compte également sur chacun pour faire part de ses bonnes idées. Les deux salles -d’une capacité maximale de 300 personnes- sont à disposition des associations et des particuliers qui le souhaiteraient.

« Notre centre culturel est un centre humaniste ouvert à tous, toutes générations confondues », souligne Karen Tadevosyan. « C’est ma façon de me rendre utile pour ma communauté et mon pays. Un proverbe arabe dit : “Qui ne veut rien faire trouve une excuse, qui veut faire quelque chose trouve la façon, nous avons maintenant un outil concret, venez avec vos façons !” ».

Centre culturel arménien, 83 rue du Gaz, 1020 Laeken.

Infos : www.centrearmenien.be ou www.haydoun.be

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