« Kathleen Ferrier », de Diane Perelsztejn

Par la magie des images et du son, la réalisatrice Diane Perelsztejn redonne vie à la voix de Kathleen Ferrier, grande cantatrice du 20esiècle. Note après note, le film révèle le destin singulier d’une femme libre, joviale et volontaire, à la trajectoire trop courte.

Née en 1912 dans le nord de l’Angleterre, Kathleen Ferrier quitte l’école à l’âge de 14 ans pour devenir standardiste. Son hobby : se produire comme pianiste soliste et accompagner les chanteurs. Relevant plus tard un pari lancé par son mari, elle s’inscrit à un concours de musique et remporte le prix de piano, mais aussi celui de chant. Mue par ce salut, elle décide, à 20 ans passés, de travailler sa voix de contralto, la plus grave du registre féminin. Roy Henderson, son professeur, lui ouvre les voies de l’interprétation, la connectant à elle-même, lui apprenant à visualiser ce qu’elle chante : « Pour transmettre le sens du chant, il faut en peindre les paroles »,lui confie-t-il.

La guerre éclate, son mari est mobilisé et leur séparation met un terme à un mariage peu satisfaisant. Kathleen s’engage alors dans une carrière professionnelle que rien ne prédestinait. Par le concours de rencontres et de recommandations, elle se trouve entourée de mécènes et de musiciens bienveillants qui, de fil en aiguille, lui permettent d’atteindre des sommets. A Glyndebourne, elle fait la connaissance de personnalités influentes, juives et non juives, réfugiées du nazisme, qui n’hésitent pas à défendre la langue des compositeurs d’outre-Rhin. Ainsi, Maurice Jacobson, son premier accompagnateur, lui apprend à chanter les œuvres allemandes dans le texte, même si les enregistrements et représentations se doivent d’être interprétés en anglais.

Après la guerre, elle chante dans les abris, les églises en ruines et les cantines d’usines, contribue à rendre la musique classique accessible et bat des records de vente de disques. Sa carrière internationale prend de l’envol. De Londres à New York, en passant par Milan, elle ira jusqu’à se produire 200 soirs par an.

Durant sa brève carrière (1946-1953), Kathleen Ferrier fréquente le gotha de la musique allemande et anglaise. Elle devient la diva qui émeut Herbert von Karajan et inspire le chef d’orchestre Bruno Walter, son mentor. Au moment de son décès prématuré, à 41 ans, des suites d’un cancer, elle est la femme la plus célèbre de Grande-Bretagne… après la Reine. Ses interprétations charismatiques de la musique allemande sont toujours considérées comme des œuvres de référence et un prestigieux concours de chant à Londres arbore son nom : les Kathleen Ferrier Awards.

Chant, contre-champs

Pour Diane Perelsztejn, entreprendre un film, lui insuffler son énergie et le mener jusqu’aux écrans, résulte d’une force créatrice qu’elle situe entre le chant et le cinéma. Pour elle, le travail sur le son et l’image créent une mouvance, une écriture et un rythme au travers desquels elle a trouvé son langage. Kathleen Ferrier, elle l’a découverte au début des années 80 et sa présence vocale s’est vite imposée à elle, au point d’entreprendre une formation complète de chanteuse. Les années se sont écoulées et la voix de Ferrier continue de bouleverser la réalisatrice belge : « Je la reconnais dès la première note »,avoue-t-elle, « elle me prend la tête ».

Plus qu’une simple biographie, ce film explore à travers les témoignages de proches et d’experts, mais aussi d’archives inédites, des facettes méconnues de cette mystérieuse interprète de Mahler, Brahms, Schubert, Schumann, qui parvint à vivre comme elle l’entendait. « Intuitive, consciente de son destin exceptionnel et -qui sait- de l’urgence d’une vie si courte, elle vivait, chantait, photographiait et peignait “à 300%” », ajoute la réalisatrice.

Les techniciens et les monteurs ont déployé leur savoir-faire pour faire sortir les textes et partitions de l’écran ou encore pour faire dialoguer la voix de la diva avec l’ensemble musical contemporain Ictus,dans leChant de la Terre de Mahler. Relayant les commentaires de la narratrice Marthe Keller, les confidences parlées de Kathleen Ferrier ponctuent le film. Entre rencontre, poésie et équilibre, Diane Perelsztejn a réussi le double pari de transmettre les présences vocale et physique de la diva.

Avant-première du film documentaire

« Kathleen Ferrier »

écrit et réalisé par Diane Perelsztejn

(Durée : 68 minutes)

Lundi 19 mars 2012 à 19h45

Avec le CCLJ, IMAJ, la Maison de la Culture Juive et le CBG

Les Galeries, Galerie de la Reine 28, 1000 Bruxelles.

Tickets en vente sur place le soir-même

Sortie en salle le 27 mars 2012

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