Kaserne Dossin, le nouveau Mémorial, musée et centre de documentation sur l’Holocauste et les droits de l’Homme de Malines, juste à côté de la Caserne Dossin, où furent rassemblés les Juifs avant d’être déportés vers Auschwitz entre 1942 et 1944, ouvre officiellement ses portes au public ce samedi 1er décembre 2012.
Après la visite inaugurale du Roi Albert II, le 26 novembre dernier, et la nocturne organisée pour la presse le 27, le Musée de Malines s’ouvrira enfin au public ce samedi 1erdécembre. Passée la réplique d’un wagon de convoi, le long de la voie rapide qui jouxte la Caserne Dossin, c’est une porte de l’un de ceux-ci qui permet au visiteur de franchir l’entrée du nouveau Musée. Un magnifique et très imposant bâtiment blanc, conçu d’après les plans du célèbre architecte flamand Bob Van Reeth, avec une partie des fenêtres symboliquement murée de 25.833 briques, en mémoire des 25.833 déportés juifs et tsiganes de Belgique.
L’ancien Musée de la Déportation et de la Résistance est devenu le Musée de l’Holocauste et des droits de l’homme, une exigence d’élargissement de la thématique réclamée par le gouvernement flamand pour financer les travaux. Entrainant nombre de débats et de subtilités pour y répondre sans heurter la communauté juive, principale concernée.
« Nous sommes contents, car la Shoah reste toutefois centrale et le Musée garde son caractère juif et belge », a assuré lors de l’inauguration Laurence Schram, qui a participé à la réalisation du contenu. De son côté, la présidente de l’UARJB-Continuité, Gitla Szyffer, regrette l’appellation retenue « Musée de l’Holocauste », « alors qu’on s’est battu pour utiliser le mot Shoah, en dehors du monde anglo-saxon. Quant à la Résistance, non seulement, elle se trouve aujourd’hui absente du nom du Musée, contrairement à l’ancienne dénomination, mais la place qui lui est consacrée est tout à fait minimaliste », affirme celle qui s’étonne également de n’avoir rien trouvé ou presque sur le 20e Convoi, Youra Livchitz ou encore la plaque des 245 noms de résistants.
Message pédagogique
« Avec In Flanders Fields (Ypres) et le Fort de Breendonk, le nouveau Musée de Malines est le troisième musée dédié au génocide des Juifs », se félicitait dans son discours d’inauguration le commissaire du Musée, Herman Van Goethem. « L’ancien Musée de la déportation et de la Résistance était une initiative juive de 1996, venant du Consistoire et de l’Union des déportés. Nous travaillons aujourd’hui en concertation étroite entre le gouvernement flamand, le Musée de Malines et l’asbl Kazerne Dossin nouvellement créée qui rassemble la Ville de Malines, la Province d’Anvers et des membres de l’ancien Musée) ». Si Kazerne Dossin impressionne par sa taille, on se rendra vite compte aussi de l’étendue de sa documentation, avec une utilisation des nouveaux médias expressément pensée pour les jeunes. A coup sûr, le thème des droits de l’homme auquel s’est élargi le Musée sera plus enclin à susciter l’intérêt des jeunes et des écoles qui constitue 80 à 90% du public. « La Shoah a 70 ans et parait déjà très éloignée », assure Herman Van Goethem.« La présenter de façon isolée, c’est faire fausse route. On manquerait un message pédagogique essentiel : faire comprendre le mécanisme qui a pu conduire au pire. La mise en parallèle avec des photos d’événements plus récents permet de montrer les structures de cette violence, même si les contextes sont différents ».
Les trois étages du Musée ont dès lors été pensés selon trois thèmes et trois époques, selon un ordre chronologique : le 1er étage décline le thème de la masse, pendant l’entre-deux-guerres, avec une photo géante du festival « Tomorrow Land » qui se déroule chaque année en Flandre avec des dizaines de milliers de jeunes, « pour montrer la force extrême qui peut s’en dégager si cette masse est utilisée comme arme politique », relève Herman Van Goethem. Au sommaire : les nazis au pouvoir, la chasse aux Juifs, et le déchainement des masses, mais aussi la vie juive en Belgique, la Belgique occupée et l’enregistrement des Juifs, sans oublier les Tziganes. Le 2e étage évoque le thème de l’angoisse, et la Belgique de 1940 à 1942, introduit par la célèbre photo d’un étudiant chinois devant les chars de la place Tien An Men. L’occasion d’aborder l’AJB, l’isolement des Juifs, la presse antisémite, et la Résistance. Le 3e étage, enfin, de 1942 à 45, illustre la mort, par les 28 convois de la Caserne Dossin, mais les quelque 200.000 Allemands handicapés assassinés lors de l’opération Aktion T4, l’extermination industrielle à Auschwitz, la clandestinité et puis la vie, avec le traumatisme.
Appel aux visiteurs
Sur toute la hauteur du bâtiment, un mur entier est recouvert des photos des visages des 25.000 déportés de Belgique. « La recherche de photos menée depuis 2006 nous a permis d’identifier 19.000 des 25.000 déportés », précise Laurence Schram. « Nous comptons sur les visiteurs pour nous aider à compléter les informations qui nous manquent ». « Cela nous permettra de rendre un visage à tous ceux qui sont partis », souligne Herman Van Goethem, « pour que la déportation ne se résume plus à une statistique ».
La visite du Musée est introduite par un petit film aussi synthétique qu’efficace qui, en 12 minutes, met le doigt sur toutes les rumeurs et fantasmes de la société à l’égard des Juifs. Ceux-là mêmes qui ont malheureusement conduit à l’anéantissement de six millions d’entre eux.
Plus d’infos : www.kazernedossin.com
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