Kazerne Dossin : Un nouveau concept muséal

En septembre 2012, un nouveau musée sera inauguré à Malines, dénommé « Kazerne Dossin, Mémorial, Musée et Centre de Documentation sur l’Holocauste et les Droits de l’Homme ». Après la pose de la première pierre le 22 octobre 2011, les principaux responsables de cet ambitieux projet ont tenu à donner quelques précisions.

Créé en 1996, le Musée Juif de la Déportation et de la Résistance (MJDR) s’est imposé comme une référence historique en Belgique. Toutefois, au fil des ans, la nécessité est apparue de procéder à son agrandissement et à l’enrichissement de son contenu. En 2001, le gouvernement flamand a décidé d’ériger, sur le site, un nouveau musée consacré à l’Holocauste et aux Droits de l’Homme.

Le nouveau bâtiment sera construit en face de l’ancienne caserne Dossin. Et à la place de l’ancien musée sera installé un Mémorial. Dans quatre salles, objets et souvenirs tangibles de ces générations perdues rappelleront leurs dernières heures. Ce lieu revêtira une signification intense, puisqu’il prendra la place du tombeau absent…

Cinq axes majeurs

L’exploitation du nouveau site est assuréepar l’asbl Kazerne Dossin où siègent des représentants du gouvernement flamand, de la ville de Malines, de la Province d’Anvers et du MJDR. Le projet d’ensemble est destiné à devenir une référence sur le plan de l’éducation, de l’information et de la réflexion en matière de la persécution des Juifs en Belgique et des Droits de l’Homme en général. Les notions de discrimination et d’exclusion, d’intolérance collective et de violence de masse constituent un point d’ancrage majeur.

En  tant que centre de documentation, Kazerne Dossin travaillera autour de cinq axes principaux : Antisémitisme et persécution des Juifs en Belgique – Education à la mémoire de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah – Shoah et débat public en Belgique, y compris sa négation et l’antisémitisme – Génocides et droit pénal international – Roms et Sinti et leur discrimination aujourd’hui.

Un nom pour chaque photo

Dans chacun des espaces sera abordé un thème spécifique. Vingt-huit haut-parleurs correspondant aux 28 transports seront disposés dans la pénombre. Chaque haut-parleur diffusera les noms des déportés de chacun des convois. Enfin, les photos des 21.000 victimes retrouvées à ce jour seront projetées sur des écrans.

Le professeur Herman Van Goethem, curateur, note que le musée présente un récit contextualisé de la Shoah du point de vue de la Belgique et pose des questions claires : « Comment cela a-t-il été possible ? Quelles leçons peut-on en tirer ? ».L’extermination de plus de 25.000 Juifs et de 351 Roms se trouve au cœur de ces questions. Le rôle des autorités belges sera analysé à la lumière des travaux de Maxime Steinberg, Lieve Saerens, Thierry Rozenblum et de l’ouvrage du CEGES« La Belgique docile ». « Ce musée apporte une contribution fondamentaleà un porjet social à cible éducative au sein duquel le sens civique, la résistance démocratique et la défense des libertés fondamentales de l’individu occupent une place centrale », souligne Herman Van Goethem.

L’horreur, étage par étage

Le nouveau musée retracera l’historiquede la persécution. Moins de 5% des Juifs et des Tsiganes déportés de Malines ont survécu.

Au premier étage : des photographies, des dossiers et des témoignages restitueront la population juive et tsigane dans la Belgique d’avant-guerre et traitent de l’enregistrement obligatoire à l’automne 1940. Le deuxième étage abordera la discrimination sans cesse croissante par le biais de l’exclusion, de la confiscation et du pillage, pour déboucher sur le port de l’étoile jaune et l’internement à la Caserne Dossin. Le troisième étage, quant à lui, évoquera l’horreur des centres d’extermination et le traumatisme insurmontable des survivants.

Fenêtres murées

Le Bureau d’architectes de Bob Van Reeth a conçu le nouveau bâtiment et a voulu en faire un pôle de mémoire. Ainsi, une partie des fenêtres a été symboliquement murée à l’aide de 25.833 briques, en mémoire des 25.833 déportés Juifs et Tsiganes.

Au sommet de Kazerne Dossin, une terrasse offre une vue sur la caserne d’origine et constitue le point d’orgue de la visite. Avec vue sur la cour…

Capsule commémorative

Une capsule commémorative relaie des messages à l’intention des générations futures. Voici un extrait des paroles de Nathan Ramet, président fondateur du MJDR, au nom des membres du Conseil d’administration.

« Dans le nouveau complexe, la Shoah sera commémorée comme le génocide unique, accompli de manière rationnelle, froidement technique, dépourvue de tout sentiment et obsessionnellement planifiée… Notre objectif est de rendre l’Histoire palpable, dans l’espoir de prévenir d’autres génocides. Nous voulons mettre en garde contre les dangers de la haine, du racisme et de l’anti-judaïsme. Si ces attentes sont accomplies, nous, les derniers témoins, pouvons aller en paix ».

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