Kidnapping des trois jeunes Israéliens : la grande récupération

Dès que Gilad Shaar, Naftali Frenkel (16 ans tous deux) et Eyal Yifrach (19 ans) ont été enlevés, ils ont cessé d’être des humains, fils d’une mère, pour devenir des objets : des enjeux, des pièges, des prétextes…

A priori, il ne devrait y en avoir que pour Naftali, Gilad et Eyal : leur sourire, leurs bonnes têtes d’ados, de gamins même, vus du haut de notre âge. On songe à ce qu’ils ont dû ressentir en comprenant que le malheur était sur eux.

A ce qu’ils ressentent encore –il faut l’espérer. A l’enfer que vivent leurs parents. Ceux qui croient au ciel comme ceux qui n’y croient pas voudraient que les services secrets les retrouvent, que l’armée les libère, que, pour une fois, l’histoire se termine bien.

Qu’ils survivent ! Que ces enfants, comme les enfants d’en face, ne soient pas, comme si souvent, victimes des jeux de pouvoir, cruels et absurdes, des adultes. Mais chacun se doute et craint que ce ne soient que des vœux pieux.

Pour les kidnappeurs –et tous les yeux se tournent vers le Hamas- ce ne sont que des monnaies d’échange. Ou une machine de guerre contre Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Palestinienne (AP) ou une  vengeance contre Israël. Ou les trois, pourquoi pas ?

Pour les dirigeants israéliens, le kidnapping est vite devenu une arme de récupération massive. Ainsi, dès le lendemain de l’enlèvement, le13 juin, Benjamin Netanyahou a déclaré tenir  M. Abbas  responsable du sort des trois adolescents disparus et tant qu’il y était, de «toutes les attaques menées à partir de la Cisjordanie et de la bande de Gaza» 

Une accusation d’autant plus absurde que le chef de l’A.P. avait condamné l’enlèvement et surtout que ses forces de sécurité collaboraient avec celles d’Israël dans les recherches  (ce qu’un des porte-parole du mouvement islamiste  a d’ailleurs qualifié « d’infamie »)

Bref, le 1er ministre israélien a dû manger son chapeau le lundi 16 lors d’une conversation téléphonique avec le Président de l’Autorité palestinienne en lui demandant : « J’espère pouvoir compter sur votre aide pour retrouver les adolescents kidnappés »

Ce que ne manquera pas de faire M. Abbas. Pas pour les trois jeunes, lui non plus, mais afin de mettre au pas le Hamas.  En dépit (ou à cause) de l’accord de réconciliation inter-palestinien conclu en avril, il est certain que le Hamas cherche à le manœuvrer.

Il considère que ce parti et son allié, le Jihad islamique, essaient de le déstabiliser. Par exemple, avec la très dure grève de la faim que mènent depuis deux mois des prisonniers palestiniens*.

En cherchant à relancer les tensions dans la relativement tranquille Cisjordanie. Et, peut être, en enlevant les trois jeunes.  De son côté, le Hamas assure n’être au courant de rien. Non qu’il condamne le kidnapping  ou s’intéresse aux trois jeunes

Au contraire, il juge l’action « légitime »  et félicite « les héros » qui l’ont commise. Mais ce n’est pas lui. En le poussant un peu, il admet que ce pourrait être le fait de sa branche armée qui ne dit pas tout aux politiques…  Si non è véro…

Briser le Hamas

De leur côté, les « durs » du gouvernement de Jérusalem, (bouleversés, choqués, en prière etc.)  ont pris prétexte du kidnapping pour tenter de briser les mouvements intégristes palestiniens. En Cisjordanie, en tous cas.  

Tsahal y a d’ores et déjà arrêté plus de 150 membres du Hamas. Parmi eux, le  président du Parlement palestinien et cinq autres députés du Hamas. Au passage, des soldats ont tué un jeune palestinien de 19 ans dans un camp de réfugiés près de Ramallah. En légitime défense…

Mais l’extrême-droite de la coalition gouvernementale voudrait aussi « en finir » avec le Hamas et ses alliés dans la bande de Gaza même. Pour l’heure, l’armée mobilise des réservistes et ne riposte aux lancers de missiles que par des raids aériens.

Ainsi, après que le système de missiles anti-missiles israélien  « Dôme de fer » ait intercepté deux roquettes, l’aviation a bombardé deux sites « d’activité terroriste » et trois dépôts d’armes, tuant au passage un enfant de 7 ans. Une victime « collatérale ».  

Mais si, par malheur, les terroristes avaient assassiné les trois ados, ce serait une bonne raison aux yeux des « durs » de recommencer une campagne de bombardements intensifs comme lors de l’opération « Pilier de Défense » (novembre 2012)

Voire d’envoyer des troupes au sol comme lors de « Plomb durci » (déc. 2008- jan. 2009) pour détruire le vaste arsenal de l’organisation islamiste. « Tout en gardant l’œil bien ouvert sur ce qui se passe au nord », comme l’a affirmé le chef d’Etat-Major Benny Gantz, (14/5)

Dit autrement : au risque de voir le Hezbollah ouvrir un 2ème front… Avec toujours le même objectif : échanger du sang contre du temps. Pouvoir, dans le calme ou dans la violence, continuer à coloniser la Cisjordanie.

On est bien loin, on le voit, de la vie ou de la mort de Naftali, Gilad et Eyal.  

 

 

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