La sextuple championne nationale est en couple depuis deux ans avec une judokate israélienne. Son arrivée coïncide avec l’examen de projets de loi favorables aux couples du même sexe. De nature à fissurer la coalition gouvernementale.
L’annonce a enthousiasmé le microcosme sportif israélien tout comme les défenseurs des droits des couples du même sexe… Six fois championne de Belgique de judo en moins de 48 kilos, la championne anversoise Amélie Rosseneu a fait savoir voilà quelques jours qu’elle allait combattre sous les couleurs d’Israël dès le 1er janvier 2014. Derrière ce choix, une histoire d’amour. Depuis deux ans, Rosseneu est en couple avec la judokate israélienne Roni Schwartz, active dans la catégorie des moins de 52 kilos et titulaire de la 16e place au classement mondial. Les deux femmes ont décidé d’enraciner leur relation -et leur carrière- en Israël. A la demande de Rosseneu, les fédérations belge et israélienne de judo ont donné leur accord à ce changement.
Il est vrai que la championne de la catégorie super légers affiche un beau palmarès. Outre son titre national, la judokate âgée de 25 ans s’est classée cinquième en avril dernier aux championnats d’Europe à Budapest. Sa deuxième place à San Salvador en juin et la troisième à Rome en octobre, deux épreuves de coupe du monde, lui valent de figurer à la 15e place mondiale. Elle a par ailleurs remporté la médaille d’or au tournoi de coupe du monde à Varsovie en 2010, et des premières places dans des tournois comptant pour la coupe d’Europe à Sarajevo, Londres et Boras.
Amélie Rosseneu, qui a effectué une partie de ses entrainements en Israël pour les championnats du monde de Rio, a eu le temps de réfléchir aux conséquences de son choix de vie. Sa décision de combattre dorénavant avec le kimono israélien nécessite encore l’aval de deux ministres, celui de l’Intérieur et celui de la Culture et des Sports. Mais pour représenter Israël, la judokate n’aura pas besoin d’obtenir la citoyenneté israélienne. Il lui suffira de décrocher le statut de résident permanent. Un cap administratif qui devrait être franchi sans encombre. Amélie Rosseneu serait alors « la première sportive à avoir le droit de représenter Israël du fait de sa relation avec une personne du même sexe », relève le journal Yedihot Aharonot.
La coalition sous haute tension
Hasard de calendrier, l’expatriation de la sextuple championne belge coïncide avec une actualité chargée pour l’avancée des droits des couples du même sexe en Israël. Le comité ministériel en charge de la législation vient d’examiner pas moins de quatre projets de loi émanant du parti laïque centriste « Yesh Atid » censés promouvoir cette cause et ajuster le statut quo qui prévaut entre Etat et Religion. La première proposition rédigée par la ministre de la Santé, Yael German, veut rendre accessible aux couples non mariés -qu’ils soient ou non du même sexe- le droit de recourir à une mère porteuse israélienne. A ce jour, seuls les couples mariés peuvent engager cette procédure au niveau local, les autres étant contraints de se tourner vers l’Inde ou les Etats-Unis où les coûts sont nettement supérieurs.
Le second projet de loi, soumis par le parlementaire Ofer Shelah, se propose d’interdire la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Le troisième projet, déposé par la députée Adi Kol, vise à supprimer l’obligation faite de décliner l’identité du père (biologique) dans des documents officiels, afin de faciliter l’existence légale des familles recomposées. Un dernier projet soumis par la parlementaire Aliza Lavie (également sous l’étiquette Yesh Atid) propose d’annuler la « concurrence de juridiction » entre tribunaux rabbiniques et juges familiaux dans le cadre des procédures de divorce.
Quelle sera l’incidence d’un tel tir groupé ? Pour de nombreux observateurs, cet agenda explosif risque ni plus ni moins de faire voler en éclat l’alliance nouée entre le parti Yesh Atid de Yair Lapid et la formation nationaliste Foyer Juif de Naftali Benett, les deux piliers de la coalition de Bibi Netanyahou (Likoud). Même si le public israélien semble mûr pour ces changements. Selon un sondage publié ce dimanche 15 décembre dans le journal Haaretz, 70% de la population nationale se déclarait favorable à l’égalité des droits pour les homosexuels. Un pourcentage qui atteint 89% auprès du public laïque, 72% parmi les traditionalistes, mais seulement 46% au sein des religieux et du secteur arabe-israélien, ou encore 8% auprès du secteur ultra-orthodoxe…
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