Le pessimisme est-il le propre de l’historien ? Rien n’est moins sûr. Il n’en reste pas moins que les temps ne prêtent guère à l’optimisme. L’ordre ancien, celui de nos parents, est en train de s’effondrer ! Imaginez du peu. D’un côté, nous assistons impuissants à l’implosion de notre propre pays, de l’autre, à une crise sans nulle autre pareille, qui annonce le déclin de l’empire américain, certes aujourd’hui décrié mais qui, je n’en doute pas un seul instant, sera un jour… regretté. C’est qu’au-delà du fait que les Etats-Unis mirent fin à deux guerres civiles européennes et contribuèrent, on l’oublie souvent, à la création de l’Europe politique, ils participent, qu’on le veuille ou non, de notre civilisation, de nos valeurs. Nos « ennemis préférés » nous sont tellement proches que rares sont ceux qui, aujourd’hui, ne succombent pas au charme de Barack Obama. Quoi qu’on en dise, les Etats-Unis conservent jusqu’à nos jours cette étonnante faculté de nous faire rêver. En sera-t-il ainsi demain avec la Chine ? Ce n’est pas certain.
Quant à notre pays, les temps ne sont assurément plus au rêve, à moins d’être démagogique. La crise aidant, l’heure est aux dérives populistes et ce, en Flandre comme en Wallonie. Comment ne pas s’interroger, en effet, sur la Daerdenmania wallonne ! On le sait, la démagogie est l’art de mener le peuple en s’attirant ses faveurs, notamment par un discours simpliste qui dénature le politique. Le populisme se fonde lui non seulement sur ce qui plaît au citoyen, mais fait surtout appel à ses sentiments les moins élevés; en d’autres termes, il s’agit de manipuler les personnes pour obtenir d’elles des réactions extrêmes sur lesquelles on pourra par la suite s’appuyer. Comme le disait Charles Péguy, « le triomphe des démagogies est passager, mais les ruines sont bien souvent éternelles ».
Vous comprendrez sans peine que je fais référence, ici, à la surenchère nationaliste flamande et, en particulier, à la dernière sortie de Bart De Wever, le patron de la NVA, qui compare le gouvernement Leterme à celui de… Vichy, et les francophones à l’ennemi allemand : « Ce gouvernement n’a plus de majorité en Flandre, c’est un gouvernement de Vichy ». Et d’ajouter : « Le gouvernement de Vichy n’existait que par la présence d’un ennemi ». Le propos pourrait prêter à sourire, venant du leader d’un parti qui, sous son ancienne dénomination (Volksunie), compta de nombreux nostalgiques de l’ordre nouveau (on songe à Roeland Raes ou à Toon van Overstraeten) et ce, sans même s’arrêter sur ses dérapages précédents (« les excuses gratuites » du bourgmestre d’Anvers à la communauté juive), s’il n’était sans conséquence. Il ne peut, en effet, que pourrir un débat déjà bien compliqué entre communautés et régions. A quelques mois d’élections qui s’annoncent cruciales, les partis flamands apparaissent plus que jamais condamnés à la surenchère nationaliste. Ah, j’ai oublié de préciser que Bart De Wever a une formation d’historien dont il se targue, avec une référence ambiguë à de prétendus débats historiographiques. Comme quoi l’histoire peut mener à tout, même au comble du ridicule.