Un ministre des Finances qui fraude, un Grand Rabbin qui copie et frime… Sans être réactionnaire, il y a de quoi se demander où va le monde.
C’est le moment pour les pépés ronchons d’étaler leur latin : « Sed quis custodiet ipsos custodes ? » (« Mais qui gardera ces gardiens ? »*). Dit autrement : lorsque de telles gens commettent de tels actes, en qui peut-on encore avoir confiance ?
De fait, comment ne pas être déstabilisé lorsqu’on apprend à quelques jours d’intervalle que Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget de la France pratique la fraude fiscale et que le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim est un plagiaire et un menteur ?
Bien sûr, les deux affaires sont sans commune mesure : les fautes du Grand Rabbin ne déstabilisent pas la clase politique française ni même la communauté juive (quoique). Mais elles ébranlent la confiance que l’on pouvait avoir envers des hommes à priori au delà de tout soupçon
Tout a commencé début mars, lorsque des chercheurs découvrent qu’un livre** de Gilles Bernheim contient plusieurs pages reprises d’un ouvrage – paru 15 ans auparavant- du philosophe d’extrême gauche Jean-François Lyotard.
Dans un premier temps, le Grand Rabbin nie en expliquant que ce serait ce dernier qui l’aurait plagié en reprenant un de ses propres cours. Dans un second, il s’excuse platement : en accusant Lyotard, il a eu une réaction « émotionnelle, précipitée et maladroite ».
En fait, explique G. Bernheim, il a confié « la recherche et la rédaction » du livre à un étudiant qui aurait commis ce plagiat et d’autres encore. (Depuis, on a découvert des « emprunts » à Elie Wiesel, Charles Dobzynski, Jean-Marie Domenach et quelques autres)
Une « terrible erreur » qu’il regrette en demandant à son éditeur de retirer le livre des librairies. Dont acte ? Ce serait sans compter avec une autre révélation : le Grand Rabbin de France aurait usurpé son titre d’agrégé de philosophie.
Un diplôme qui avait suscité l’admiration du Président Sarkozy lorsqu’il lui a remis la Légion d’Honneur en 2010. Un titre qui figure dans toutes se biographies comme dans la notice du « Who’s who » rédigée de sa main.
Las, après avoir épluché les listes des reçus à ce prestigieux concours, des journalistes n’y ont pas trouvé son nom… Interpellé sur le sujet, Gilles Bernheim se tait pour l’heure dans toutes les langues…
Ainsi, tel un vulgaire Thierry Ardisson, le Grand Rabbin de France, la plus haute autorité religieuse (et morale) juive de ce pays n’écrit pas ses livres. Pire : il calomnie celui qu’il a plagié et se vante d’un diplôme qu’il ne possède pas.
Le coup de pied de l’âne
Cet affaiblissement, voire cette chute, de la maison Bernheim causera aussi des troubles dans la communauté juive. Car l’élection de Gilles Bernheim en 2008 avait été un coup dur pour les « ultras » du judaïsme français.
Lesquels lui préféraient de loin son concurrent, le très énervé Joseph Haïm Sitruk, Grand Rabbin sortant. Non que Bernheim soit un dangereux gauchiste, loin de là. En réalité, c’est plutôt un conservateur bon teint.
Il suffit de voir sa ferme opposition au « mariage pour tous ». Mais, à l’inverse de son prédécesseur, il est ouvert au dialogue, y compris avec les autres religions. C’est un intellectuel de haute volée… quand il écrit en personne.
A preuve, son texte en faveur de la famille traditionnelle était si brillant qu’il a été repris par le pape Benoit XVI. G. Bernheim est aussi en phase avec les problèmes de la société, même si c’est pour y apporter ses propres solutions.
Et il ne pratique pas ce particularisme étroit qui caractérise une partie croissante de la communauté juive de France. Ainsi, lors de l’opération « Plomb durci » (déc. 2008 -jan. 2009) menée par Israël contre la Bande de Gaza, a-t-il déclaré dans une interview***
« Ma compassion, comme celle de tous mes coreligionnaires, s’étend aux populations civiles palestiniennes et je regrette que les guerriers du Hamas soient entrés dans une folie meurtrière qui les dépasse et les broie »
De quoi faire hurler les ultras-sionistes pour qui le sang ne coule jamais que d’un seul côté et qui observent donc avec gourmandise ses ennuis actuels. Et c’est le grand spécialiste du coup de pied de l’âne, Philippe Karsenty qui a dit tout haut ce que ceux-ci espèrent tout bas :
« Le Grand Rabbin de France a usurpé son diplôme d’agrégé de philosophie. Jusqu’à quand va-t-il tenir ? La décence voudrait qu’il démissionne au plus vite. » (Sur sa page Facebook) Un Karsenty qui parle de décence… Mais ne nous égarons pas.
Alors, Gilles Bernheim, démission ? Officiellement, personne ne la lui demande. Et, autant que l’on sache, nul ne peut l’y contraindre. D’autant que le Grand Rabbin dispose encore de puissants soutiens.
Des gens qui apprécient sa personnalité, ses actions et estiment que l’on en fait beaucoup pour quelques faiblesses, certes déplorables, mais, somme toutes, si humaines. De discrètes pressions vont donc à coup sûr, peser sur lui, dans un sens et dans l’autre.
Mais, en définitive, ce sera à G. Bernheim de décider si cette perte de légitimité morale lui permet encore d’exercer son ministère spirituel. Tout de même, un tel désordre parce qu’il était désireux de paraître, de briller aux yeux des hommes…
Comment un Grand Rabbin aussi érudit a-t-il pu oublier le « Vanité des vanités, tout n’est que vanité » de l’Ecclésiaste ? N’il y avait-il vraiment personne pour garder ce gardien là ?
*Question du poète satirique Juvénal (1er s. EC)
**Gilles Bernheim : « Quarante méditations juives » 2011 Ed Stock,
***Au Figaro (12 janvier 2009).
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