‘La communauté juive en a assez de Geert Wilders’

Les histoires d’amour entre les Juifs et l’extrême droite finissent mal en général.  Certes, certains peuvent être un temps séduits par une alliance contre l’Arabe, ce supposé ennemi commun. Mais, comme le chien, le raciste retourne toujours à son vomi…

Imaginez : le chef de la bande de petites brutes qui vous persécutent à la récré vient vous draguer.  Qui vous jure qu’il adore Israël, qu’il vous aime et qu’il veut vous protéger. Ce qui tombe bien : il y a précisément une bande de jeunes Arabes qui vous cherchent des misères.

Alors pourquoi ne pas sourire à ce type charmant malgré des cheveux blonds peroxydés ? On aura bien sûr reconnu Geert Wilders, le chef du parti populiste néerlandais PVV* qui s’est fait connaître par ses virulentes attaques contre l’islam.

Certes, fin 2010, il fut accusé d’«incitation à la haine et à la discrimination raciale ». Mais le tribunal l’acquitta, jugeant que ses critiques s’adressaient à une religion et non à un groupe ethnique…

Il put donc continuer à comparer le Coran à Mein Kampf et prôner l’arrêt de toute immigration musulmane Résultat : 16,9% aux élections européennes de 2009. 15,4 % aux législatives de 2010.  Un revers en 2012 (10% des voix) mais provisoire

Geert Wilders compte bien se refaire aux européennes qui auront lieu à la fin de ce mois. Et continue, entre temps à faire du pied à la communauté juive.Non sans quelques arguments : marié à une Juive hongroise, il se dit viscéralement attaché à Israël.

Il y a d’ailleurs vécu et travaillé durant six mois en 1982. Il s’y rend souvent et fréquente le gratin de l’ (extrême) droite du pays. Et défend l’occupation et la colonisation de la Cisjordanie sur totues les tribunes où il s’exprime.

A chaque élection, il place sur sa liste au moins un Juif en position éligible. Tout cela ne pouvait manquer d’interpeller une communauté juive hollandaise qui, bien que parfaitement intégrée, reste mal dans sa peau.

C’est qu’ils ne peuvent oublier l’histoire : pendant l’Occupation, les Pays-Bas sont le pays d’Europe qui a connu le plus grand nombre de déportés juifs (proportionnellement à leur nombre) : 104.000 sur les 140.000 qui s’y trouvaient en 1940.  75% !

A comparer avec les 25% des Juifs de France, les 40% de la Norvège, les 50% de la Belgique… Un chiffre terrible qui s’explique en bonne part par l’obéissance sinon enthousiaste du moins sans faille, des fonctionnaires, administration et surtout police. Une responsabilité que les gouvernements hollandais persistent à nier.

Certes, de nos jours, les 25 à 30.000 Juifs des Pays-Bas ne souffrent d’aucune discrimination légale. Amsterdam a compté deux maires juifs ces dernières décennies. Et certains occupent des positions éminentes dans les partis de gauche comme de droite.

L’ami des Juifs vote une loi « anti-juive »

Mais par ailleurs, la communauté souffre d’un antisémitisme croissant : les agressions verbales ou physiques contre les « Juifs visibles » sont passées de 114 en 2012 à 147 en 2013, soit une augmentation de 25%

Des attaques dues pour la plupart à une partie de la jeunesse d’origine marocaine qui semble considérer l’antisémitisme comme une réponse pertinente au racisme qu’il lui arrive de subir. On peut donc comprendre que, dans un 1er temps, les Juifs aient écouté Wilders avec faveur

Quoique : si, selon les quelques données disponibles, une petite majorité des Juifs néerlandais se disent plutôt de droite, ils ne seraient que 15% à avoir voté pour « le meilleur ami »  autoproclamé d’Israël. Comme le reste de la population.

Un nombre qui a cependant dû diminuer lorsqu’en juin 2011, le PVV de Wilders vota un amendement supprimant l’abattage rituel. Un mesure certainement dirigéé contre les musulmans mais qui touchait aussi les Juifs pratiquants.

D’où une lettre furieuse du grand rabbin ashkénaze d’Israël de l’époque, Yona Metzger : « On ne peut être à la fois un ami d’Israël et du peuple juif et soutenir une loi anti-juive ». L’affaire se termina par un compromis au Parlement mais laissa sans nul doute des traces.

Et Geert Wilders n’a pas arrangé ses affaires auprès des Juifs avec ses déclarations de ce 15 mars : durant un meeting, il a affirmé vouloir faire en sorte qu’il y ait moins de Marocains dans le pays.

Cette fois-ci, il ne s’en prenait donc plus à une religion ou aux criminels d’un groupe ethnique. Il rejetait l’ensemble d’une communauté coupable de ses origines. L’indignation fut générale, tant chez les politiciens que les médias ou son propre parti.

Il tenta de se défendre en expliquant : « je n’ai jamais dit que tous les Marocains devaient quitter les Pays-Bas, seulement ceux qui le voulaient et les criminels Mais cela ne suffit pas à convaincre les institutions juives à qui ce genre de déclarations rappelaient de terrible souvenirs.

La CJO (Centraal Joods Overleg), l’équivalent du CRIF ou du CCOJB se déclara « horrifiée ». Et l’hebdomadaire de la communauté, le Nieuw Israelietisch Weekblad  résuma la situation par un lapidaire: « La communauté juive en a assez de Geert Wilders ».

Rendez-vous à la fin de ce mois pour savoir si tel est également l’avis de la population des Pays-Bas.    

*PVV : Partij voor de Vrijheid (Parti pour la Liberté) fondé en 2006 par G. Wilders.

A lire sur le sujet : « Pays-Bas : La tentation Wilders » (http://www.cclj.be/article/3/1270)

 

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