Ils étaient une poignée de bébés il y a quelques années. Aujourd’hui, ils sont près de 50 à passer leur plus tendre enfance aux côtés de Mati, Cécilette et les autres. Avec un succès qui n’est plus à démontrer, comme le prouve la liste d’attente. Et une réflexion pédagogique toujours en éveil. La crèche du CCLJ fêtera son 30e anniversaire le 15 novembre 2015 dès 15h30.
Si le n°60 de la rue Hôtel des Monnaies, à Saint-Gilles, abrite aujourd’hui un large immeuble moderne, Carole Appelstein n’en a pas moins gardé de merveilleux souvenirs de l’époque où elle venait chaque jour y passer du bon temps avec son copain Jérôme. « En 1987, c’était une petite maison mitoyenne bruxelloise, où ma mère me déposait chaque jour », raconte-t-elle. « Dans ma tête, j’allais chez Cécile et son fils qui avait chez lui plein de jouets incroyables, des blocs à assembler et des tapis de toutes les couleurs ! Cécile nous considérait tous comme ses enfants et s’amusait autant que nous ». C’est dans ce bâtiment à front de rue que la crèche du CCLJ a en effet ouvert ses portes en 1985. A sa tête, celle que beaucoup connaissent toujours sous le nom de « Cécilette », Cécile Mlynck.
Après ses études de puéricultrice et quelque stages dans la petite enfance et l’éducation spécialisée, Cécile ressort très déçue d’une expérience dans les crèches, convaincue qu’elle souhaite certes s’occuper d’enfants et être auprès d’eux, mais « de façon active ». Elle travaillera en privé en suivant une famille, dont les bébés finiront par grandir. « Il n’existait à l’époque aucune crèche juive à Bruxelles », souligne-t-elle. « J’élevais mes propres enfants chez moi avec quelques autres, et puis ma fille est entrée à l’école et j’ai voulu ouvrir ma propre crèche. Je connaissais bien Simone Susskind, de la JJL et de la Colo Amitié. Je lui ai demandé si le CCLJ pouvait me prêter un local et elle a accepté. C’est comme ça que tout a commencé ». Cécile accueillera cinq enfants, dont son fils Jérôme. « C’est elle qui s’occupait de tout, y compris de la cuisine et du nettoyage », se souvient Carole Appelstein. « Quand quelqu’un sonnait à la porte, on accourait tous pour voir qui c’était. On était en famille, comme à la maison ».
Premier bagage en judaïsme
Le bouche-à-oreille fonctionnant rapidement, plusieurs enfants s’ajoutent à ceux des amis, et Cécile décide de se faire aider. Matilde Sanchez Beltran sera la deuxième puéricultrice à rejoindre la crèche Nitzanim (Les Bourgeons), du nom du kibboutz du père de Cécile. « Avec la demande plus accrue de places pour des bébés, nous avons engagé deux nouvelles puéricultrices en nous installant, en plus du rez-de-chaussée, également au premier étage, en alternance avec la JJL qui y venait le week-end », raconte Mati. « Nous fonctionnions à l’époque Cécile et moi avec notre seule expérience et sans réel projet pédagogique. Nous avons donc très vite adhéré à la pédagogie Lóczy (lire notre encadré) que nous proposait la psychologue Sandra Sciama. Cette méthode, qui consiste à laisser l’enfant se développer par lui-même, constitue une ligne de conduite très importante, qui donne toute sa cohérence à notre fonctionnement ».
Cécile se remémore avec beaucoup de plaisir les passages réguliers de Rachel Kemp, dont le nom sera quelques années plus tard ajouté à celui de Nitzanim. « Elle venait très souvent le mercredi avec son mari apporter des biscuits aux enfants », explique-t-elle. « Elle nous a beaucoup soutenus, en insistant pour que son aide soit vraiment dédiée aux enfants. Jouets, tables à langer et autre matériel de puériculture ont pu être achetés grâce à elle ». Son fils Nathan Kemp a poursuivi l’action de sa mère et continue d’être présent à toutes les grandes étapes de la vie de la crèche. Une fidélité qui s’est transmise de génération en génération. Après Yonatan, c’est ainsi Noa Kemp, l’arrière-petite-fille de Rachel, qui a fait partie des enfants de la crèche.
En 1996, la crèche du CCLJ déménage faute de place, pour s’installer sur deux niveaux dans le bâtiment arrière du n°52, derrière les bureaux administratifs. Avec un dernier agrandissement à l’été 2014 et l’ajout d’une nouvelle section. « En 30 ans, ce sont près de 1.000 bambins qui auront fait à la crèche Nitzanim-Rachel Kemp leurs premières rondes en hébreu, en célébrant Shabbat, Hanoucca et Pourim », se réjouit le président du CCLJ Henri Gutman, soulignant l’augmentation de sa capacité d’accueil à quelque 47 places. Avec un public très diversifié, des bébés issus de couples juifs, mixtes, et parfois même non juifs, désireux d’une ouverture supplémentaire.
Reconnue par l’ONE, la crèche se distingue par son dynamisme, mais aussi par son initiation aux bases du judaïsme pour les tout-petits. « Nous organisons toutes les fêtes à leur niveau, avec une décoration et des activités particulières », souligne Cécile, directrice honoraire depuis la nomination de Mati comme directrice en avril 2015. « A Rosh Hashana, on trempe les pommes dans le miel, on se déguise à Pourim, on ramasse les feuilles à Souccot pour des bricolages, et chaque vendredi, on dresse la table du shabbat, on mange de la hala, on allume les bougies, on chante en hébreu. Ce sont des repères dans le temps pour les enfants, un petit bagage pour la connaissance du judaïsme qu’ils garderont en sortant de chez nous ».
Aux fêtes juives s’ajoutent de nombreuses activités, bricolage, musique (avec Michèle Baczynsky et Juana), séances de psychomotricité, jeux dans le jardin quand le temps le permet, et visite des Papys-Mamys à l’Heureux Séjour. Un moment aussi attendu par les enfants que par les résidents du home.
A chacun son rythme
Sous l’œil bienveillant de Manu, Libé, Nancy, Marie-France, Yaël, Marie, Mati et Cécile, les bébés répartis en sous-groupes changent de local tous les quatre mois environ, en se développant dans un environnement adapté à leur âge et leur développement. En fin de cycle, à partir de 18 mois et jusque 3,5 ans, les enfants acquièrent ainsi d’autres apprentissages, notamment celui de la propreté, qui les aideront à entrer de la meilleure manière en maternelles. « Ce n’est pas forcément une bonne chose de les faire commencer l’école trop tôt, le rythme de chaque enfant doit vraiment être respecté », assure Mati, très satisfaite de cette dernière section qui permet au groupe des grands de rester à la crèche un peu plus longtemps. L’organisation a aussi été quelque peu revue par la nouvelle directrice qui passe deux fois par semaine dans les sections comme conseil et appui, et rassemble les puéricultrices tous les deux mois pour une réunion d’équipe. Gil Caroz, psychologue au Service Social Juif, vient lui tous les 15 jours donner des pistes au personnel dans ses relations avec les enfants. « L’occasion de nous faire réfléchir, de nous remettre en question, de revenir aussi sur les formations qui ont été suivies, et d’insister sur la bonne communication avec les enfants qui est primordiale », insiste Mati.
Après le spectacle de fin d’année, c’est Cécile qui continue d’accompagner les plus grands qui ont choisi d’aller à l’école Beth Aviv, pour leur montrer progressivement le nouveau lieu qui les accueillera à la rentrée. La petite Rose n’en est pas encore là. Lundi prochain, la fille cadette de Carole Appelstein fera en effet son premier jour d’adaptation à la crèche, ou plutôt sa première heure. « Pour y avoir moi-même été et l’avoir visitée récemment, j’ai en cette crèche une confiance absolue. Elle a su, malgré les agrandissements successifs et une augmentation du nombre d’enfants, préserver ce côté familial qui la caractérisait et fait toujours son succès. Et puis, on connait déjà beaucoup de parents, cela a quelque chose de rassurant. Quand je repense aux chansons que je chante à ma fille aujourd’hui, ce sont toutes celles que Cécile m’a apprises petite ! ».