La Diète polonaise a adopté ce vendredi 26 janvier 2018 le projet de loi controversé punissant d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison les Polonais et les étrangers qui utiliseraient les termes « Camps de la mort polonais » pour qualifier les camps d’extermination nazis installés en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale.
Pour entrer en vigueur, ce texte doit être voté par le Sénat et signé par le président polonais. Bien que le parcours législatif de ce projet ne soit terminé, il est difficile d’imaginer un revirement de la part du gouvernement polonais, le plus nationaliste et le plus conservateur depuis 1989.
Si le contenu est clairement contestable, la manière l’est tout autant : cette loi est votée la veille de la Journée internationale du souvenir de la Shoah.
Le vote de la Diète polonaise suscite l’indignation du monde juif. Le Chargé d’affaires de l’ambassade de Pologne en Israël, Piotr Kozlowski, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem pour une « clarification » avec de hauts responsables.
Le ministre israélien des Affaires étrangères a convoqué dimanche un haut diplomate polonais pour lui demander une « clarification » au sujet du vote d’une loi dénoncée par Israël sur le rôle des Polonais dans la Shoah.
« L’opposition d’Israël à la formulation du projet de loi lui a été exprimée », a déclaré le ministère israélien des Affaires étrangères. « Le moment choisi pour la présentation du projet de loi – la veille du jour du Souvenir de l’Holocauste – a été particulièrement surprenant et regrettable. Le projet de loi n’aidera pas à établir la vérité historique et pourrait nuire à la liberté de la recherche, tout en empêchant la discussion sur le message historique et l’héritage de la Seconde Guerre mondiale ».
Pour les Polonais, l’utilisation du terme « camps de la mort polonais » donne la fausse impression que leur pays serait responsable de la Shoah.
Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem, a également critiqué le texte mais de manière plus nuancée : « Cette loi est susceptible de brouiller la vérité historique concernant l’assistance que les Allemands ont reçue de la part de la population polonaise durant l’Holocauste », a souligné dans un communiqué cette institution, qui a toutefois reconnu « qu’il ne fait aucun doute que le terme +camps de la mort polonais+ constitue une interprétation erronée de l’histoire ».
Lorsque ce projet de loi litigieux avait été déposé au Parlement polonais en septembre 2016, le CCLJ avait eu l’occasion d’exprimer son inquiétude et de son indignation. Il voyait dans l’adoption de ce type de législations polonaises la volonté polonaise de réécrire l’histoire de la Shoah en Pologne, notamment en criminalisant tous ceux qui rappellent la participation active et massive des Polonais à l’extermination des Juifs de Pologne.
Henri Gutman, président du CCLJ à cette époque, avait notamment insisté sur l’ambivalence de ce projet : « Je peux comprendre que les autorités polonaises ne souhaitent pas que la Pologne occupée soit amalgamée au 3e Reich allemand, bien que seuls les incultes puissent faire la confusion. Il m’est cependant difficile de ne pas voir dans les nombreuses déclarations nationalistes et revanchardes et les projets législatifs du gouvernement polonais la volonté de réécrire l’histoire de la Pologne dans une perspective révisionniste ».
Henri Gutman avait également fait part de ses craintes envers les intentions réelles du gouvernement polonais : « Les déclarations successives de membres du gouvernement polonais actuel n’ont-ils d’autre but que de nier la réalité de ces massacres solidement et abondamment documentés ? Je crains qu’en insistant incessamment sur la nécessité de « rééquilibrer la manière dont les Polonais pensent, parlent et étudient leur propre histoire », le gouvernement polonais soit bel et bien déterminé à imposer par la loi et l’intimidation un récit historique mensonger. Cela s’appelle « révisionnisme » dans toutes les langues ».
En dépit des nombreuses mises en garde formulées en septembre 2016 lors du dépôt de ce projet de loi, le gouvernement polonais et la majorité parlementaire qui le soutient n’ont pas eu la sagesse ni la clairvoyance de laisser aux historiens le soin d’écrire l’histoire de la Pologne et de garantir la liberté d’expression pour que les citoyens polonais puissent tirer les leçons des différentes facettes de leur histoire complexe et douloureuse.
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