En avril dernier, la Fédération des étudiants francophones (FEF) a adopté à une large majorité une motion demandant aux universités belges d’intensifier leur coopération avec les institutions d’enseignement supérieur palestiniennes et de mettre en place un gel des relations avec leurs consœurs israéliennes.
Autant la première proposition paraît légitime, autant la seconde pose problème en dépit des dénégations de son président, David Médez Yépez, qui appelle à ne pas y voir « une déclaration de guerre ».
On aimerait le croire, sauf à considérer la radicalité de la décision. Comment, en effet, espérer « dépassionner un débat » lorsqu’on en vient, encore et toujours, à ne stigmatiser que le seul Etat juif de la planète, qui plus est, de la manière la plus absurde qui soit ! L’Université israélienne est, en effet, en tout point exemplaire : sans évoquer son excellence (notamment en termes de brevets médicaux) et son ouverture (11% de ses étudiants sont arabes), elle est surtout l’un des foyers par excellence de la liberté de pensée israélienne. Nos jeunes administrateurs n’ont-ils jamais entendu parler des nouveaux historiens ?
Le fait que l’Université soit effectivement et heureusement financée par des fonds publics n’entraîne évidemment aucune complicité avec les décisions de son gouvernement. Il faudrait alors prôner le boycott de nos propres universités pour complicité de terrorisme (Kadhafi). Où ont été formés les ingénieurs de la FN, l’une des plus grandes pourvoyeuses d’armes de la planète, sinon dans nos universités ?
Sans douter de la bonne foi de la FEF (certes, ils ont judicieusement choisi de ne pas s’attaquer aux universités américaines), cette posture a de quoi susciter de légitimes interrogations. Loin de moi l’idée que toute critique d’Israël doive être considérée comme antisémite (la politique du gouvernement israélien me paraît suicidaire), mais que penser lorsqu’on en vient à juger l’Etat juif selon des critères différents des autres pays (double standard) ? A ce jour, en effet, seules les universités israéliennes sont visées par une mesure généralisée de boycott. La suspicion paraît d’autant plus légitime que la FEF prend appui sur un mouvement (BDS) qui vise à la disparition de l’Etat d’Israël qu’il compare bien à tort à l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid. Nonobstant le simple fait qu’en Afrique du Sud les blancs ne totalisaient pas plus de 10% de la population et que les Juifs représentent plus de 80% des citoyens d’Israël et même une majorité de plus de 60% entre la Méditerranée et le Jourdain, il n’y a pas de système d’apartheid en Israël. Les droits sociaux, civiques et légaux y sont bien identiques pour toutes les composantes de la société civile israélienne. Des partis politiques arabes sont représentés à la Knesset. Israël compte des ministres, des magistrats, des sportifs, des universitaires de haut rang, arabes de confession chrétienne ou musulmane. Que l’occupation de la Cisjordanie doive cesser ne fait aucun doute. Que le chemin pour y parvenir sera difficile, compte tenu de la paranoïa des uns comme des autres, ne l’est pas moins. Reste que ce n’est pas en stigmatisant, encore et toujours, le seul Etat juif que l’on réussira à convaincre la droite israélienne (l’une des plus autistes au monde) à s’ouvrir au dialogue avec l’Autorité palestinienne. Que du contraire. La motion de la FEF ne vise qu’à renforcer le clan des « purs et des durs », bref de tous ceux qui critiquent précisément les universitaires israéliens, jugés beaucoup trop critiques à l’égard de leur gouvernement.
Comment faire comprendre à la FEF que son appel au boycott est discriminatoire pour punir collectivement et sans procès des universitaires sur base de leur origine ou de leur appartenance à des institutions déterminées ? Devrons-nous en arriver à devoir brûler nos clefs USB parce qu’inventées en Israël ?
J’invite donc les responsables de la FEF à revoir leur position, à choisir une position plus conforme aux valeurs universitaires. Je leur propose de venir en débattre avec nous. Il doit bien y avoir d’autres moyens pour faciliter une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens.
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