Le titre du film d’animation réalisé par la Maison des jeunes du CCLJ, avec la maison des jeunes de Forest et du quartier Saint-Antoine, illustre parfaitement l’esprit qui a prédominé dans ce projet un peu fou, mais bien réel. Avec la preuve concrète que le vivre-ensemble est possible.
Dans le cadre de l’activité « Au bout du conte » organisé au CCLJ pour la deuxième année Gyora Gal Glupczynski s’est lancé le défi de rassembler des jeunes d’origine juive et musulmane pour mettre en animation une histoire commune, née de leur imagination. Depuis de longtemps, Gyora est impliqué dans la réalisation de films éducatifs et a pu observer dans ce domaine le manque de moyens financiers et humains mis à disposition des écoles. « Après dix ans d’absence en Belgique, j’ai remarqué que le matériel utilisé restait inchangé », déplore-t-il. « De là m’est venue l’idée de me lancer dans les films d’animation, notamment à thème juif ». Nahman de Bratslav (1772-1810) méconnu du grand public ou généralement limité à son rôle de rabbin, Gyora décide de le placer au cœur de ses travaux. « Je suis tombé par hasard sur un de ses contes traduit en vietnamien, alors que rien n’était consacré à cet auteur en littérature enfantine en français », se souvient-il. Le premier atelier organisé en 2012 avec des jeunes attachés au CCLJ traitera un conte intitulé « Le pont ». Pour la saison 2014, Gyora nous revient avec une ambition plus interculturelle, proposant d’associer aux jeunes Juifs, des jeunes de la Maison des jeunes de Forest et de la Maison de quartier Saint-Antoine, pour la plupart d’origine musulmane.
Au total, une quinzaine d’enfants de 9 à 15 ans participeront au projet. Scénario, choix des personnages, mise en mouvement, dialogues et mise en scène, les jeunes se retrouvent chaque mercredi après-midi de janvier à juin, en alternance dans les locaux du CCLJ ou à Forest. Et les animateurs ne sont pas les moins enthousiastes, profitant eux aussi de l’animation pour apprendre à maitriser les outils informatiques qu’ils réutiliseront au sein de leur organisation.
Gyora a cette fois proposé de réaliser un film adapté d’un conte moyen-oriental de Khalil Gibran (1883-1931) et d’un conte ashkénaze de Nahman de Bratslav toujours, au récit assez similaire. « L’objectif était de mettre nos philosophies et convictions individuelles de côté pour créer une cohésion autour d’un projet commun », explique-t-il. « L’occasion aussi de retrouver nos racines communes au départ d’un film d’animation ». Les crispations des premières séances, à la vue du Magen David de l’entrée ou d’affiches révélant le sionisme du CCLJ qui les accueille, feront vite la place à une ambiance conviviale, voire fraternelle entre les enfants, comme le montre le making-of du projet. Gyora les mélange volontairement, et les contacts se nouent naturellement. « Beaucoup de ces enfants, à des degrés divers, sont éduqués dans l’antisionisme et l’antijudaïsme, mais ils sont parvenus à rapidement balayer leurs préjugés », confie-t-il, très satisfait du résultat.
Aller plus loin
C’est face à un tonnerre d’applaudissements que le film de 9 minutes créé par les jeunes a été dévoilé au public, lors d’une séance exceptionnelle organisée le 24 octobre 2014 au BRASS, à Forest, en présence de l’échevin de la Culture et du président du CPAS forestois. Des parents visiblement ravis de voir leurs enfants ainsi mis à l’honneur, ceux-ci ayant réalisé eux-mêmes les dessins, les voix et l’animation de ce nouveau conte intitulé « La folie contagieuse ».
Une expérience particulièrement concluante qui donne juste l’envie à Gyora d’aller plus loin, après une large promotion du film en 2015. « Nos a priori respectifs ne nous ont pas empêchés de tous nous sentir concernés par ce projet. Je souhaite partir de ces bases solides pour construire quelque chose autour de nos identités,. Peut-être parviendrons-nous-mêmes à discuter politique avec les plus grands », sourit-il. Et tandis que s’enrichit le catalogue en ligne de ses films d’animation sur les contes, Gyora forme plus que jamais le vœu de relancer son projet de dialogue sous la forme d’une coproduction en dessin animé entre Israéliens et Palestiniens. Un projet qu’il avait dû interrompre en 1995, après l’assassinat de Rabin.
Le film et le making of sont disponibles sur le site www.itanu.net
Projet soutenu par la Fédération Wallonie Bruxelles, le Fonds Pai Lennart Schmidt géré par la Fondation Roi Baudouin et le Parlement francophone bruxellois.
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