La Fondation du Judaïsme de Belgique

La Fondation du Judaïsme de Belgique est née avec l’espoir d’œuvrer à la réparation des injustices dont souffraient les victimes de la Shoah depuis 1945. Elle s’emploie aussi à pérenniser le judaïsme en Belgique.

Présidée par Roger Lallemand, la Fondation du Judaïsme de Belgique est née en avril 2004, dans le contexte de la restitution des biens juifs spoliés. Le conseil d’administration, représentatif des différents secteurs de la communauté juive, compte aussi des représentants du gouvernement. Les 25 administrateurs forment des groupes de travail chargés des différents domaines d’activités de la Fondation (mémoire, droit des victimes, gestion et finances, etc.). Directrice de la Fondation du Judaïsme, Judith Kronfeld commente : « Il était malheureusement évident que la commission de dédommagement n’allait pas retrouver toutes les victimes spoliées et leurs héritiers. La Commission nationale de la Communauté Juive pour la Restitution (CNCJBR) a donc négocié avec le gouvernement pour créer une Fondation du Judaïsme, représentant l’ensemble de la communauté, reconnue comme seule héritière légitime du solde des restitutions. Cette reconnaissance constitue une dérogation au système légal belge sur les droits de succession : seuls les ayants droit légaux peuvent hériter de personnes disparues, faute de quoi après 30 ans, le montant total de biens en déshérence revient à l’Etat. C’est le judaïsme dans son ensemble que les Allemands ont voulu annihiler en Belgique. Il était donc juste que toute la communauté juive, au travers d’une fondation d’utilité publique, soit l’héritière du solde des restitutions, et que celui-ci serve à assurer la pérennité du judaïsme dans notre pays à travers le financement d’œuvres sociales, de projets liés à la mémoire de la Shoah et à la lutte contre l’antisémitisme ». La Fondation du Judaïsme est une institution d’utilité publique au capital intangible. Elle dispose des intérêts de ce capital pour financer des projets divers. L’essentiel des revenus des premières années est allé aux victimes et à la mémoire. En particulier à travers l’opération « Solidarité 3.000 ». Secrétaire de la Fondation, Philippe Markiewicz explique la nécessité de ce projet : « La Fondation voulait que toute personne juive ou tzigane ayant vécu en Belgique durant la Seconde Guerre mondiale, victime des nazis et spoliée en raison de son appartenance au peuple juif ou tzigane, obtienne au moins 3.000 euros de réparations, quels que soient sa nationalité et son lieu de résidence actuelle. Ce projet prioritaire a exigé un budget important. Il concerne des milliers de personnes qui n’ont pas eu gain de cause ou ont reçu moins de 3.000 euros de la commission « Buysse II », mais aussi beaucoup d’enfants cachés qui n’ont rien obtenu des diverses mesures de réparations prises depuis la guerre, parce que leurs parents ont survécu à l’extermination et ont bénéficié d’indemnisations. La commission Buysse a travaillé par foyer familial, en conformité avec les lois de succession, divisant le montant de la succession entre les différents héritiers. « Solidarité 3.000 » considère les victimes individuelles et, par solidarité avec elles, veut donner un complément à ce qui leur a déjà été versé par la commission Buysse, jusqu’à concurrence de 3.000 euros ».

Priorité à l’avenir.

La Fondation a aussi prévu un budget, géré par les services sociaux, pour les personnes en situation matérielle précaire qui n’étaient pas en Belgique durant la guerre. Judith Kronfeld précise : « Certaines victimes de la Shoah venues s’établir en Belgique après la guerre ne peuvent pas bénéficier des indemnisations prévues dans le cadre des restitutions, ni de la reconnaissance de statuts. Si elles se trouvent en situation de précarité, la Fondation doit les aider ». Philippe Markiewicz ajoute : « Il faut aider en priorité tous les survivants en difficulté qui vivent en Belgique. Nous supervisons l’aide que nous leur faisons parvenir via les services sociaux, en toute discrétion… ». Le secrétaire de la Fondation souligne aussi la nécessité d’un soutien financier aux écoles juives, aux crèches et aux mouvements de jeunesse qui assurent l’avenir de la communauté : « Il ne s’agit pas de pousser au repli identitaire mais, au travers du travail de la Fondation, de contribuer au rayonnement du judaïsme, dans la promotion de nos valeurs culturelles et de notre histoire ». En 2007, le conseil d’administration de la Fondation a décidé d’attribuer 1,5 million d’euros, dont 12 % à des projets d’intérêt national, 44 % pour la communauté d’Anvers et la région flamande, 44 % pour Bruxelles et la région francophone. Philippe Markiewicz remarque : « Il faut encore s’accorder sur les clés de répartition et la manière de financer des projets qui peuvent être annuels, mais dont le financement est révisable. Les projets soumis au financement de la Fondation doivent concerner des activités menées en Belgique. Ils peuvent être introduits par des institutions ou émaner de particuliers, pour autant qu’ils passent par une institution garante du sérieux de leur projet, qu’il soit national ou régional ». La Fondation finance par ailleurs des activités et des projets liés à la mémoire de la Shoah et à la lutte contre l’antisémitisme, telles la réhabilitation du pavillon belge à Auschwitz, inauguré le 8 mai 2006 ou la publication du catalogue de l’exposition didactique accueillie par le pavillon. Le gouvernement belge a pris en charge la restauration des locaux, mais l’exposition didactique conçue par le Musée juif de Malines a été réalisée grâce à la Fondation qui a aussi soutenu le projet « Ecoles pour la démocratie » de la Communauté française et de la Communauté flamande. Judith Kronfeld et Philippe Markiewicz concluent : « Dans l’examen de tous les projets, qu’ils soient ponctuels ou récurrents, nous devons privilégier la mémoire, le travail social et éducatif ».

Soutien au Musée Juif de Malines Le soutien de la Fondation du Judaïsme a contribué au succès des dernières réalisations du Musée Juif de la Déportation et de la Résistance (MJDR) à Malines.

Inaugurée le 20 avril dernier, l’installation temporaire « Transport XX » évoque le train parti de la Caserne Dossin vers Auschwitz, qui fut attaqué par des résistants le 19 avril 1943 à Boortmeerbeek. Cette imposante installation photo (100 mètres de long et 4 mètres de haut) révèle les visages de 1.200 des 1.636 déportés du 20e convoi. Dressée sur une section du ring de Malines, à l’endroit même où passaient jadis les voies reliant la Caserne Dossin au réseau ferroviaire, cette masse de « victimes », « gardée » par un soldat allemand (figuré sur un panneau surélevé), s’offre au regard étonné des « passants », tout au long d’un axe routier emprunté chaque jour par des milliers de véhicules. Comme le précise Ward Adriaens, directeur du MJDR, cette installation temporaire (qui s’est clôturée fin mai) est associée à son projet « Donnez-leur un visage », financé par la Fondation du Judaïsme. Le ministre de l’Intérieur, Patrick Dewael, a ouvert aux chercheurs du Musée les archives de la police des étrangers. Embryon de registre national, ces dossiers comportent la photo d’identité de tout étranger immigré en Belgique et constituent une source unique d’informations pour les historiens, sachant que plus de 90 % des Juifs vivant en Belgique en 1940 étaient étrangers. A l’exception des enfants, tous sont en photo dans les archives du ministère de l’Intérieur. L’équipe scientifique du Musée va reproduire ces photos et digitaliser les dossiers. Un travail de longue haleine, soutenu par les autorités, conscientes de l’importance historique et pédagogique de ces archives, et irréalisable sans les financements de la Fondation du Judaïsme, de la Région bruxelloise, de la Loterie Nationale…

En bref – 2001 La publication du rapport final de la commission Buysse sert de base aux négociations de la Commission nationale de la Communauté juive de Belgique pour la Restitution avec le gouvernement de Guy Verhofstadt, les banques et les assurances. – 2002 Accord sur un montant total de 110 millions d’euros, fonds de restitution mis à la disposition de la commission gouvernementale de dédommagement dite « Buysse II », qui aura à traiter plus de 6.000 demandes d’indemnisation. – 2004 Création de la Fondation du Judaïsme de Belgique. – 2005 Projet « Solidarité 3.000 » (en cours). – 2006 Soutien de la Fondation à la rénovation du pavillon belge d’Auschwitz. – 2007 Financement par la Fondation du catalogue de l’exposition du pavillon belge d’Auschwitz et du projet « Donnez-leur un visage ».

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