Que va-t-il rester de la grande émotion fusionnelle du dimanche 11 janvier 2015 en France quand plus de trois millions de Français sont descendus dans la rue pour dire « non » à l’agression que le pays avait subie à travers le massacre de Charlie hebdo, celui de l’épicerie casher ou l’assassinat de policiers ? Le président Hollande et son premier ministre Manuel Valls furent à la hauteur de l’événement, à croire que c’est dans le drame que se révèlent les âmes fortes. L’histoire dira si la lucidité et le courage ont eu de l’avenir.
D’ores et déjà plusieurs leçons peuvent être tirées. La première est celle de la clarté. Les mots justes ont été dits pour nommer les choses et identifier l’ennemi : c’est l’islamisme qui fait la guerre à la France, a clairement dit le Premier Ministre. Tandis que certains faisaient du « pas d’amalgame » une priorité par rapport aux crimes commis, pour une première fois, le réel s’est imposé en particulier dans le discours de gauche. La seconde leçon est tirée des faits eux-mêmes. Il s’agit bien d’une guerre déclarée à l’Occident, décidée et organisée au sein de la nébuleuse islamiste mondiale. Cette guerre se mène sur tous les fronts : terroriste, militaire, mais aussi culturel ou idéologique. Les mots sont un enjeu dans cette guerre et l’école est désormais un champ de bataille prioritaire. Comment des gamins du 9-3 ont-ils pu refuser d’observer la minute de silence ? Comment peuvent-ils faire des jihadistes leurs héros ? Quelle est cette défaite éducative au sein de la République supposée laïque ? La France se trouve dans l’obligation de solder ses illusions pédagogiques construites autour du respect des « différences ». Avec l’attaque contre Charlie, le cœur de cible s’est donc élargi et c’est ce qui a justement provoqué la réaction de masse contre les terroristes. Quelle aurait été la réaction si seulement l’épicerie casher avait été visée ? Depuis l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006 et les tueries de Toulouse en 2012, les Juifs se sont trop souvent retrouvés très seuls à pleurer leurs morts et il aura fallu attendre le présent massacre pour que « je suis Juif » soit associé à « je suis Charlie » ou à « je suis policier ». Pourtant l’été 2014, lors de la guerre à Gaza, à Sarcelles, des tentatives de pogrom avaient déjà eu lieu, sans que les indignés hesseliens ne manifestent leur indignation. Tandis qu’en Syrie, au Mali ou au Nigéria, les méfaits de l’islamisme s’étendaient, les grandes consciences antiracistes ne s’en émouvaient guère. Les choses vont-elles changer devant l’effroi de Charlie hebdo ? Rien n’est moins sûr. C’est bien plutôt dans la sphère musulmane, du côté des intellectuels issus du Maghreb que les choses bougent. L’Algérie a gardé la mémoire vive de sa décennie sanglante et c’est d’Algérie que viennent les voix les plus dissidentes. Ces refuzniks du goulag islamique sont de plus en plus nombreux à dénoncer la menace. Si l’Europe veut éviter la victoire rampante des populismes d’extrême droite, alors elle doit affronter la menace islamiste sans faiblesse, sans ses complaisances post tiers-mondistes. Cette guerre va être longue. « Freedom is not free », c’est ce qui est écrit sur le monument mémorial des Marines à Washington.
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