« Nous connaissons tous ce conflit dans lequel nos pays respectifs sont engagés. Quand on prend la peine de discuter personnellement avec des jeunes Palestiniens de notre âge, les masques finissent par tomber et on cesse de se lancer des slogans en pleine figure », confie Mikhal Malev (27 ans). Cette jeune femme est membre du Likoud et fait partie du groupe israélien de jeunes cadres politiques qui participe avec ses homologues palestiniens à ce séminaire de formation et de dialogue organisé depuis trois ans par le Centre Peres pour la paix.
Il s’agit de leur permettre de discuter des questions relatives au conflit du Proche-Orient et d’accroître leur compréhension de l’autre. Ce programme réunit surtout des jeunes cadres politiques n’ayant pas encore eu l’occasion de se rencontrer. A l’instar de Mikhal Malev, des jeunes du Likoud rencontrent pour la première fois des représentants palestiniens du Fatah, du Fida, du FPLP…
Au début du séjour, Israéliens et Palestiniens ont lâché ce qu’ils avaient dans leurs tripes. Comme le rappelle Noam Bar-Lévy (25 ans), assistant parlementaire de la députée travailliste Einat Wilf, cela ne s’est pas fait sans incident : « J’ai entendu des choses très dures. L’un d’entre eux a comparé les sort des Palestiniens à celui des Juifs pendant la Shoah. Il a franchi la ligne rouge. J’ai donc quitté la salle, car je ne suis pas venu ici pour me battre ». Il est normal que ce dialogue soit tendu et difficile au début. Cette perspective n’échappe pas aux Israéliens eux-mêmes. « Pour certains d’entre nous, tout cela est nouveau, car certains appartiennent à des partis politiques, comme le Likoud notamment, dont la préoccupation n’a jamais été de favoriser de telles initiatives », estime Or Doron (32 ans), assistante parlementaire du député Meretz (gauche sioniste) Ilan Gilon. Les échanges ont été vifs et francs, mais le séminaire de Bruxelles s’est terminé dans la bonne humeur. On regrettera toutefois que les participants palestiniens aient refusé de répondre à nos questions. Ils préfèrent en effet ne pas donner trop de visibilité à cette initiative, craignant qu’on les considère comme trop proches de l’ennemi… israélien, même si c’est avec celui-ci qu’il faudra faire la paix.
S’il est vrai qu’un séjour dans la capitale de l’Europe peut paraître sympathique et sans lendemain, ce programme s’efforce de s’inscrire dans la durée. Des rencontres se tiennent chaque mois à Beit Jala (faubourg arabe de Jérusalem) et en fin d’année, les jeunes devraient se réunir à Ramallah et à Jéricho. « Il s’agit d’une expérience importante pour nous, car nous ne sommes jamais allés à Ramallah », insiste Limor Deutsch (28 ans), assistante parlementaire du député Kadima Shaï Hemesh.
Des a priori négatifs sur l’Europe
La présence de participants européens a-t-elle contribué à apaiser l’atmosphère durant les ateliers ? « Bien sûr », répond Limor Deutsch. « Nous avons été particulièrement surpris par les Européens, tant par les participants que nous avons côtoyés que par les représentants des institutions. Ils ne sont pas du tout anti-israéliens. Leur approche est très équilibrée dans la mesure où ils cherchent à prendre en considération les intérêts des deux parties ». Pendant ce bref séjour à Bruxelles, les participants israéliens ont enfin découvert une réalité qu’ils ignoraient : la position modérée et nuancée de l’Europe par rapport à Israël. « Dans les médias israéliens, l’image de l’Europe est désastreuse », affirme Noam Bar-Lévy. « J’avais un a priori négatif et je pensais qu’ils étaient anti-israéliens. J’ai pu entendre des fonctionnaires et des parlementaires européens aborder des thèmes comme le droit à l’existence d’Israël en tant qu’Etat du peuple juif, la menace iranienne et les besoins de sécurité d’Israël. Toutes ces choses très importantes pour nous, Israéliens. Nous devons donc envisager différemment le rôle de l’Europe dans la résolution du conflit. Il ne s’agit pas de les substituer aux Américains, mais la contribution européenne peut apporter quelque chose de positif ».
Une initiative intéressante qui a également le mérite de montrer à quel point le boycott d’Israël est une impasse dans laquelle les Européens ne peuvent s’engager.
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