La grande détresse psychologique des nouveaux immigrants

Plus d’un tiers des Israéliens ayant commis un suicide au cours de la dernière décennie sont des « Olim », selon une étude de l’association ERAN. En matière d’assistance psychologique, les aides publiques ne sont pas à la hauteur.

Spécialisée dans l’aide psychologique et membre fondateur de la Coalition israélienne du trauma, l’association ERAN vient de tirer la sonnette d’alarme. Dans l’Etat hébreu, les nouveaux immigrants (Olim) forment une population à risque. Fondé en 1971, cet organisme qui emploie 1.100 volontaires au sein de ses 10 centres d’assistance téléphonique reçoit chaque année quelque 18.000 appels provenant de nouveaux immigrants en détresse, dont environ un millier présente des tendances suicidaires.

Ce phénomène ne date pas d’hier. Selon une étude publiée voilà quelques jours par ERAN, un tiers des Israéliens ayant commis un suicide en Israël au cours des dix dernières années sont (ou étaient) de nouveaux arrivants. Sur les 4.806 personnes ayant mis fin à leurs jours entre 2000 et 2013, 1.658 étaient des nouveaux immigrants, issus à 78% de l’ex-Union soviétique et à 16,6% d’Ethiopie. Des statistiques d’autant plus préoccupantes, révèle encore l’organisme, que l’Etat hébreu ne finance pas l’aide psychologique des nouveaux immigrants.

A l’heure où 30.000 personnes ont fait leur alyah en Israël en 2015, un niveau d’immigration record, le sujet est d’importance pour ERAN qui opère 24h sur 24 en hébreu, russe et arabe, et offre également une assistance téléphonique aux survivants de la Shoah (financée le Ministère des affaires sociales). Les responsables de l’organisme se sont tournés voilà quelques mois vers le Ministère de l’Immigration pour réclamer des subsides, afin de financer un service de hotline en langue amharic (parlé par les Ethiopiens) et en français. En vain.

Au dire du Ministère, ce besoin ne ferait pas partie des « priorités », a rapporté le responsable d’ERAN, David Oren, qui réclamait une allocation d’un demi-million de shekels pour former 500 volontaires. « Voilà environ dix ans que le Ministère de l’Immigration a cessé de nous subventionner », a confié au journal Haaretz le responsable de l’ONG, dont le budget provient essentiellement de dons. « On nous a dit que les immigrants ne sont plus de nouveaux immigrants, et qu’ils n’ont pas besoin de hotline ».

Mais la situation est en train d’évoluer. Chapeauté par le parlementaire d’origine éthiopienne Avraham Nagosa, le comité de la Knesset en charge de l’immigration, de l’intégration et des liens avec la Diaspora, a commencé voilà peu à se mobiliser pour trouver des moyens additionnels. De fait, comme le souligne le comité, les difficultés des nouveaux immigrants ne se règlent pas au moyen du chèque provenant du « panier d’intégration ». Certains Olim connaissent des problèmes spécifiques -solitude, difficultés économiques, problème d’autorité au sein de la famille etc.- de nature à les fragiliser.

Selon ERAN, les nouveaux immigrants ayant recours à la hotline de l’organisme sont bien souvent « des jeunes qui peinent à s’adapter à la vie en Israël ». Nombre d’entre eux servent ou sont sur le point de servir dans l’armée. Les dernières statistiques de Tsahal ont du reste indiqué que 37% de soldats ayant mis fin à leurs jours étaient de nouveaux immigrants. Enfin la détresse psychologique concerne aussi les immigrants issus de pays prospères, comme la France, qui rencontrent à leur tour des difficultés d’intégration.

Les Israéliens de souche se sentent-ils concernés par ces problèmes ? Dans un contexte de montée de l’antisémitisme en Europe, une majorité d’entre eux se sont en tout cas déclarés favorables à une augmentation des aides aux nouveaux immigrants, révèle cette semaine un nouveau sondage commandité par l’Organisation sioniste mondiale (WIZO). Pas moins de 83% des sondés estiment qu’Israël devrait prendre des mesures pour favoriser les nouveaux immigrants sur le marché de l’emploi. Tandis que 53% estiment nécessaire de créer un avantage financier pour les employeurs qui recrutent de nouveaux arrivants. Un élan de solidarité qui doit encore se traduire dans les faits.

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