Imaginons : les Israéliens sortent de l’impasse sanglante où ils piétinent depuis si longtemps et s’engagent dans un chemin tout à fait différent : celui de la paix. Inconcevable ? Infaisable ? Comme si les Israéliens n’avaient pas déjà réussi des paris plus impossibles…
Sans surprise, le Président Obama vient à son tour de prôner la création d’un Etat palestinien démilitarisé dont les frontières « devraient être fondées sur les lignes de 1967». Et, sans surprise non plus, le Premier Ministre Netanyahou a immédiatement exclu cette possibilité.
Car ce refus tout à fait en cohérence avec l’idéologie de la droite actuellement majoritaire: à ses yeux, la Cisjordanie fait partie intégrante de l’Etat juif. La création d’un Etat palestinien se fera donc en sacrifiant des parties du pays et il est dans l’intérêt supérieur d’Israël d’abandonner le moins possible de son territoire national.
Logique sauf que le postulat de départ est faux. Pourquoi la Cisjordanie serait-elle aujourd’hui une terre israélienne ? Parce qu’elle l’a été dans l’Antiquité ? L’Etat italien, successeur de l’Empire romain, est donc le légitime propriétaire de la France, la Belgique ou l’Angleterre…
Les intérêts vitaux s’Israël ne sont-ils pas plutôt d’assurer son existence dans la région ? N’est-ce pas cela, la priorité absolue de n’importe quel pays : entrer dans la durée ? Or, la politique menée depuis des décennies n’y a contribué en rien.
Elle n’a apporté à l’Etat juif que du sang et des larmes sans autre perspective que d’affronter sans fin des ennemis toujours plus puissants. N’est- il pas plus que temps de cesser de louvoyer, de chipoter, de marchander pour conserver une terre étrangère ?
Il y a un autre chemin à prendre pour Israël. Il exige certes hauteur de vues, courage et panache. Mais les dirigeants israéliens en ont-ils moins qu’Anouar el Sadate en son temps?
Ce chemin, c’est celui d’une « grande réconciliation » d’Israël avec ses voisins arabes. Il passe par la volonté de traiter les Palestiniens non en ennemis à qui il faut concéder le moins possible mais en futurs amis et alliés.
Comme l’a fait le président égyptien, il faut aller dire à l’ennemi que des deux côtés, on s’est battu avec courage pour une cause légitime. Et que, dans ce combat, chaque camp a commis des erreurs, des horreurs et des crimes.
Les peuples aussi ont leurs fantasmes.
Mais qu’il est temps d’aboutir à une solution qui satisfasse les principales revendications des uns et des autres. On entend déjà l’argument de la droite : ce que veulent les Palestiniens, c’est toute la Palestine. De fait.
Tout comme les Israéliens voudraient tout Eretz Israël. Allons plus loin : le rêve de chacun serait que l’autre disparaisse. Et puis après ? Les peuples aussi ont leurs fantasmes. Et, quand ils ont essayé en vain de les assouvir, ils font comme les humains, ils en reviennent au principe de réalité.
Celui d’Israël est qu’il est de son intérêt supérieur que les Palestiniens soient heureux. Qu’ils vivent aussi bien que possible chez eux, dans leur Etat. Que, à l’inverse d’aujourd’hui, ils aient quelque chose à gagner dans la paix et à perdre dans la guerre.
Alors, en soupirant sans doute, ils renonceront à rêver du passé pour construire leur futur. Tout comme les Israéliens. Reste l’autre argument massue de la droite que Benjamin Netanyahou a déjà opposé au Président Obama : « les frontières d’avant 67 sont indéfendables ».
Lui aussi repose sur de fausses prémisses : s’il y a la paix, contre qui faut-il se défendre ? Et dans ce cas de figure, les frontières d’un futur Etat palestinien démilitarisé et entouré par Israël sur trois côtés ne sont elles pas encore plus vulnérables ?
Surtout, en quoi qui aujourd’hui, à l’ère des missiles, la possession de la Cisjordanie assure à Israël des frontières défendables ? N’équivaut-elle pas plutôt à la muleta du toréador qui provoque sans protéger ?
En ce moment, tout cela relève de l’utopie. Mais n’y a-t-il pas déjà eu une qui s’est concrétisée parce que quelqu’un a affirmé : « Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve » ?
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