La grande révolution des Juifs américains

Depuis quelques décennies, les jeunes Juifs des Etats-Unis tournent le dos au « judaïsme de papa » et ne font plus passer leur identité par la religion.

Mine de rien, c’est une révolution : selon un sondage du très sérieux Pew Research Center *, les jeunes Juifs américains** vivent leur judaïsme d’une manière radicalement différente de celle de leur parents.

Les « anciens » (nés avant 1965) considèrent à plus de 80% que le judaïsme passe par la religion avec, en corollaires, l’affiliation à une synagogue et l’appartenance à une communauté.

Par contre, les « jeunes » (nés après 1980) ne sont plus que 15% à penser que « Juif »  rime avec « croyant ».  A peine 29%  affirment que la religion a « une certaine importance » dans leur vie. Les 2/3 d’entre eux ne sont pas membres d’une synagogue.  

Ils sont 68% à estimer que ne pas croire en Dieu est tout à fait compatible avec leur appartenance juive.  32 %  se proclament « sans religion » et 25%  se disent athées. Du coup, seuls 28%  sont membres d’une communauté.

19%  seulement estiment que le judaïsme  passe par l’observation des lois religieuses, 14% par le respect de la « cacherout » et ils estiment à 84% qu’on peut être un bon Juif sans observer les règles du shabbat.

Du coup, on assiste aussi à une hausse exponentielle des mariages « mixtes » (avec un non-Juif). Avant 1970, seuls 17 % des juifs américains convolaient en dehors de leur communauté. Un chiffre passé à 58% pour les mariages célébrés après l’an 2.000

Cette écrasante victoire de la laïcité ne signifie pourtant pas que ces nouvelles générations renoncent au judaïsme.  Au contraire : 94% ont un « fort sentiment d’appartenance » au peuple juif et en sont fiers.

Avec ou sans Dieu, ils continuent aussi à observer les grandes fêtes. En 2012, 70 % d’entre eux ont fêté la Pâque juive (78% dans les années 1970) et 53% ont jeûné pour le Yom Kippour (64% en 70).

Mais leur judaïsme passe surtout par les combats pour la justice (56%), un comportement éthique (68%), la mémoire de la Shoah, (73%)  et l’attachement à l’Etat juif (71%).  Une affection lucide : 17% seulement pensent que les colonies de Cisjordanie sont utiles à Israël…

Voilà pour eux. Mais qu’en est-il de leur descendance ? Là, pour ceux qui tiennent à la continuité juive, il y a un vrai souci : les deux tiers des enfants de ces Juifs non religieux ne sont pas élevés dans le judaïsme.

Qui héritera du judaïsme ?

Un chiffre qui contraste avec les 93% de Juifs religieux qui transmettent leurs croyances et leurs modes de vie à leurs gosses. Ce qui renvoie à un débat déjà ancien entre Juifs orthodoxes  et laïques.

Les premiers assurent que le futur du judaïsme leur appartient, celui-ci fut-il réduit au dixième de ce qu’il est en ce moment. Une théorie que le sondage de Pew ne contredit pas en ce qui concerne les Etats-Unis.

Certes, pour l’heure, ce sont les « Réformés » qui tiennent le haut du pavé de la rue religieuse avec 35% des croyants, suivis par les « Conservatives » à 18%… et 10% à peine pour les « Orthodoxes ».

Mais  ces derniers sont les seuls à progresser en nombre. Un phénomène qui, selon les analystes, serait surtout dû à des mariages précoces et un grand nombre d’enfants, quasi tous scolarisés dans des écoles religieuses.

Ce qui permet à un sociologue de l’Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion de prédire que, dès la seconde moitié de ce siècle, on assistera à une baisse importante de la population juive des Etats-Unis avec une montée en puissance de l’orthodoxie en son sein.  

Pourtant, l’affaire est loin d’être pliée. Dû notre modestie en souffrir, il suffit pour s’en convaincre de voir l’exemple le CCLJ.

Voici plus d’un demi siècle (jusqu’à 120 ans) que notre Centre Communautaire LAÏC juif démontre le contraire. 54 ans qu’il offre une vie juive non religieuse, riche en traditions et en fêtes, ouverte, tolérante et joyeuse.  

Avec une éducation au judaïsme, à sa culture, à son histoire, etc. Et en menant les grands combats juifs : pour la démocratie, pour la survie d’Israël, contre le racisme, contre l’extrême-droite (y compris juive), contre l’antisémitisme d’où qu’il vienne…

Certes, à chaque génération, un nombre plus ou moins significatif de Juifs renoncent à leur judaïsme. C’est bien leur droit. Mais pour ceux qui décident d’y rester, il y a bien d’autres solutions que le repli dans la foi.

A preuve : 42% des « jeunes » Juifs américains estiment que le sens de l’humour fait partie intégrante de leur judaïsme Et même le plus virulent des ultra-orthodoxes aura du mal à convaincre que les Marx Brothers, Lenny Bruce ou Woody Allen sont de mauvais Juifs…

*Ce sondage, publié début octobre 2013, a été réalisé auprès de 3.500 Juifs américains par le « Pew Research Center », le 3ème « think tank » en importance des Etats-Unis

** La population des Etats-Unis s’élève à 314 millions d’habitants dont environ 5,5 millions  (2%) sont juifs 

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