La guerre du lieutenant Sacha

Pour gagner la guerre de la communication, être présent sur Internet est une condition nécessaire mais insuffisante. Il faut aussi avoir un message convaincant à délivrer…

 On l’a connu petit comme ça, Sacha, garçonnet tranquille d’une des écoles juives de Bruxelles. Mais vous savez comment cela se passe : on quitte un gosse des yeux une semaine ou deux et on le retrouve lieutenant de Tsahal.  Et demain, qui sait, général ?

C’est, en tous cas, un plaisir de voir qu’il se trouve encore des jeunes pour suivre ce chemin-là dans ce monde-ci. « Monter » en Israël à 18 ans, comme Sacha l’a fait, ce n’est plus trop à la mode, par les temps qui courent.

Du coup, en bon vieux croûton, on se paye une crise de nostalgie : sais-tu, lieutenant, comment cela se passait quelques années avant ta naissance ? Chaque année, c’étaient des dizaines de milliers de jeunes non-Juifs se précipitaient en Israël.

Ces « volontaires », comme on les appelait, venaient, six mois ou un an durant, travailler aux champs, apprendre l’hébreu et découvrir cette utopie vivante: le kibboutz : « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »,  le joli rêve…

De leur côté, à 18 ans révolus, des milliers de jeunes Juifs quittaient, comme Sacha, l’Europe ou les Etats-Unis pour « faire leur alyah ». Tous ne restaient pas mais une bonne partie a quand même fait souche dans l’Etat juif

Aujourd’hui, rares sont les jeunes qui se rendent encore en Israël et seulement pour des vacances: le pays est toujours merveilleux mais il n’y a plus de rêve à y partager. Quarante ans d’occupation sont passés par là et à présent, ce sont les nationalistes hargneux et les bigots bornés qui tiennent le haut du pavé.

En tous cas, Sacha l’a faite, lui, son alyah. Et dans les règles : oulpan pour apprendre l’hébreu. Trois années d’armée. Et puis le monde du travail. Bien sûr, issu d’une génération passée direct du biberon à Internet, il s’est tourné vers les « nouvelles technologies ».

Puis (on vous passe les détails), à 25 ans, il a été nommé à la tête du Département « Nouveaux Médias » de « Dover Tsahal »,(« l’Unité du Porte-parole » de l’armée israélienne). Son travail ? Utiliser Internet pour contourner  les médias traditionnels –tendancieux et/ou menteurs- et s’adresser directement aux gens,

Faire connaître « le vrai Tsahal », lutter contre la délégitimation de l’État d’Israël, telle sont les objectifs du lieutenant Sacha..  Vaste programme. Ô combien nécessaire : il était plus que temps pour Tsahal de réaliser que Facebook ou Twitter sont aussi des champs de bataille.

Quand les engagés prêchent les convaincus

Tâche difficile, aussi. Le Département Nouveau Médias parviendra-t-il à  redorer le blason de l’armée israélienne ? Et, au delà, à freiner le glissement progressif des non-Juifs vers la cause palestinienne ?

Ce n’est pas très bien parti.  Voyez le site officiel de Tsahal en français* que vient de lancer Sacha. Très bien  conçu, sobre, élégant, professionnel … Mais, comme tant d’autres -et pas seulement côté juif-ce n’est qu’un de ces sites où les engagés prêchent les convaincus.  

Les adeptes de Tsahal y trouveront certainement de quoi renforcer leur admiration. Mais les autres, tous les autres ? Obtiendront-ils des réponses à leurs doutes, leurs craintes, leurs indignations ?

Disposer des outils Internet est déjà un progrès. Les utiliser à bon escient est une autre histoire. Pour l’heure, le lieutenant Sacha braque ses projecteurs sur les qualités (bien réelles) de Tsahal. Rien de plus juste et légitime.

Mais, pour être efficace, il devrait aussi admettre les critiques, acter les erreurs, initier des remises en question…. Le voudrait-il – et ses certitudes l’en empêcheraient probablement-, que sa hiérarchie le lui interdirait.

Le lieutenant Sacha a bien choisi sa guerre. Mais tant que l’occupation obscurcira l’image d’Israël, il est douteux qu’il parvienne à la  gagner.

* http://blogtsahal.wordpress.com/2011/06/29/je-suis-arrive-ici-pour-faire-du-bruit-je-veux-que-le-monde-entier-connaisse-le-vrai-tsahal/

 

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