La haine et l’épuration ethnique en héritage

Qu’ont en commun Yitzhak Rabin et Rehavam Zeevi? Ils sont nés à Jérusalem dans les années 1920, ils ont combattu dans les rangs du Palmach, ils ont occupé des fonctions importantes au sein de Tsahal, ils ont entamé une carrière politique après avoir quitté l’armée et ils ont été assassinés. Ces nombreux points communs n’effacent cependant pas deux différences essentielles : Rehavam Zeevi, dit Gandhi, a bâti sa carrière politique en préconisant l’expulsion des Palestiniens de Cisjordanie et Gaza vers les pays arabes voisins d’Israël, alors qu’Yitzhak Rabin s’est courageusement battu pour la paix entre Israéliens et Palestiniens. Rehavam Zeevi a été assassiné le 17 octobre 2001 à Jérusalem par des terroristes palestiniens du FPLP; Yitzhak Rabin a été abattu le 4 novembre 1995 par Ygal Amir, un ultra nationaliste religieux du mouvement colon, lors d’une manifestation pour la paix à Tel-Aviv.
Depuis l’assassinat de Rehavam Zeevi, l’extrême droite israélienne s’efforce de le hisser au même rang qu’Yitzhak Rabin dans la mémoire collective israélienne. Il faut malheureusement reconnaître qu’ils ont réussi à donner de la substance à cette supercherie. La Knesset a adopté en juillet 2005 une loi obligeant les écoles à évoquer en classe «l’héritage» de Rehavam Zeevi et à commémorer son souvenir. Cette même assemblée a d’ailleurs donné l’exemple à la nation toute entière en tenant une séance extraordinaire le 25 octobre 2006 au cours de laquelle les députés ont honoré sa mémoire. Les enseignants sont donc tenus d’expliquer le rôle positif d’un extrémiste ayant évolué en marge du monde politique. Comment peut-on un seul instant demander à des enseignants de présenter comme un modèle pour la jeunesse un raciste partisan de l’épuration ethnique? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas saluer le courage et la détermination de Baruch Goldstein qui fut abattu après avoir froidement tué des Palestiniens dans le caveau des patriarches à Hébron en 1994? Cette dernière suggestion peut paraître totalement absurde pour les démocrates alors que dans certains cercles, qui s’élargissent un peu plus chaque jour, elle est envisageable. Il suffit de voir la complaisance sans cesse croissante de l’opinion publique à l’égard de l’assassin d’Yitzhak Rabin pour se rendre compte à quel point le climat politique et moral se dégrade sérieusement. A cet égard, la rumeur selon laquelle Ygal Amir ne purgera pas sa peine à perpétuité circule de plus en plus. Il a déjà pu se marier avec une de ses nombreuses admiratrices. Pourtant, les raisons sont nombreuses pour ne pas libérer celui qui n’a jamais prononcé le moindre regret.
Il est tout à fait normal de déplorer l’assassinat de Rehavam Zeevi. En revanche, une démocratie moderne comme Israël ne peut commémorer le souvenir d’un homme ayant inscrit son action politique dans une idéologie et un projet contraires aux fondements mêmes de la démocratie. En acceptant cette commémoration outrancière, la Knesset éloigne Israël de la normalité tant recherchée par le sionisme mais aussi de cette belle aspiration de Ben Gourion qu’Israël poursuive la vocation particulière du peuple juif en devenant Or La Goyim, une lumière pour les nations.

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