JT, première scène : des islamistes manifestent violemment contre un film jugé blasphématoire trouvé sur le Net. Illustration : sur fond de dunes, quelques images d’un Mahomet de théâtre extraites d’Innocence of Muslims sur You Tube. Suite : l’ambassadeur Chris Stevens, connu pour son soutien au printemps arabe, est tué lors d’une attaque de l’ambassade américaine à Benghazi (Libye). Les islamistes s’en prennent à l’Amérique dont le gouvernement n’est pour rien dans l’objetqui les irrite, mais qui, à leurs yeux, a le tort impardonnable de ne pas l’interdire en vertu du respect de la liberté d’expression. Contre-champ : dans des spots télévisés, Barak Obama et Hillary Clinton expliquent aux pays musulmans qu’ils désapprouvent la vidéo incriminée. L’Amérique a toujours été une terre de tolérance religieuse. Tolérance, voilà le mot que les manifestants ne voulaient pas entendre. « Notre colère retombera quand le gouvernement amé-ricain punira le blasphémateur par la peine de mort ». Pour l’islamisme, la liberté d’expression, comme la liberté religieuse, c’est le règne du blasphème. Inacceptable ! Dans un entretien au New York Times, M. Morsi, le nouveau président égyptien, issu des Frères musulmans, dit clairement que les Egyptiens ne sauraient adopter les mêmes standards que les Américains. Le message vaut pour les progressistes du printemps arabe comme pour l’administration Obama qui les soutient.
Scène 2. Paris. Jouant les héros de la liberté d’expression, Charlie Hebdopublie de nouvelles caricatures du prophète. Ravie, parce qu’elles apportent de l’eau au moulin de son électorat hostile à l’immigration, Marine Le Pen les défend aussitôt au nom de la Laïcité. La liberté d’expression et la tolérance sont confisquées par les xénophobes. Ici, comme là-bas, les extrémistes jouent de l’événement médiatique pour attiser les incompréhensions et les haines.
Heureusement, pendant ce temps, le Louvre inaugure un remarquable département des Arts de l’islam. Pendant ce temps, à Toulon, le nouveau Théâtre Liberté, dirigé par Philippe et Charles Berling, entame une deuxième saison de spectacles qui unissent les deux rives de la Méditerranée. Pendant ce temps à Bruxelles, l’Espace Magh cultive, en français, l’amitié entre artistes belges et maghrébins et DaarKom, Vlaamse-marokkaans Cultuurhuis, fait de même en néerlandais. Pendant ce temps, Bozar programme Natacha Atlas accompagnée à l’oud par Smadj. Et le Med, orchestre judéo-arabe de Tom Cohen. Et une nuit souffi. Et le chanteur libanais Marcel Khalifé. Et une rencontre entre les Gantois de Roots et des musiciens berbères. Pendant ce temps, jusqu’en janvier 2013, Wallonie Bruxelles International organise le festival Daba. Plus de 60 spectacles et expositions venus du Maroc et de l’immigration. Pendant ce temps, le CCLJ continue dans les écoles son programme d’éducation à la citoyenneté « La haine, je dis NON ! ». Ce « Non ! », tolérant, humaniste, ouvert, lumineux, résiste patiemment à la xénophobie des uns et au fanatisme religieux des autres, qui ont pris la télévision en otage.
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