Alors que les terribles images des attentats du 13 novembre hantent nos esprits, l’équipe du projet « La Haine, je dis NON ! » (CCLJ) poursuit son travail d’éducation à la citoyenneté auprès des écoles de la Fédération Wallonie Bruxelles. Une tâche délicate, mais plus que jamais nécessaire.
Ce lundi 16 novembre 2015, Véronique Ruff, Florence Caulier et Ina Van Looy, toutes trois conseillères pédagogiques au Centre d’éducation à la citoyenneté (CEC) du CCLJ, se sont rendues au Lycée Dachsbeck, au centre de Bruxelles, pour donner une animation sur le génocide des Arméniens aux classes de 5e secondaire. Un sujet bien éloigné de l’actualité parisienne de ces derniers jours, mais pas pour autant plus facile à aborder, notamment auprès de la minorité turque. « Nous avions discuté en équipe de ce que nous comptions faire après les attentats de Paris, et avons décidé d’y aller au feeling, en fonction de la réaction des élèves », explique la directrice du CEC, Ina Van Looy. « Je ne voulais pas leur imposer d’en parler s’ils ne le souhaitaient pas », confie-t-elle. « En même temps, parler d’un crime commis il y a 100 ans quand un événement aussi grave s’est produit quelques jours plus tôt, c’est compliqué… ». Ina Van Looy et Florence Caulier parviendront finalement à consacrer leur séance de deux heures au sujet prévu au programme. Véronique Ruff, de son côté, en concertation avec la professeur de morale de l’école, jugera utile de revenir avec les élèves sur l’actualité. « Beaucoup de ces jeunes, en majorité d’origine arabo-musulmane, ne comprennent pas pourquoi ils devraient se distancer de ces djihadistes, alors qu’ils ne s’y identifient absolument pas », observe Véronique Ruff. « Cette animation leur a permis d’exprimer leur malaise, leurs craintes des amalgames et de la stigmatisation, cela fait aussi partie de notre rôle », estime-t-elle.
Si les attentats de Charlie Hebdo un an plus tôt avaient entrainé une « scission » de la société, entre partisans et opposants aux caricatures du prophète, les derniers attentats de Paris auront « rassemblé », en mettant tout le monde sur le même pied. Avec une communauté juive peut-être moins isolée, mais une communauté musulmane malheureusement une nouvelle fois visée. Et des élèves qui n’hésitent pas à réagir, comme en témoigne Florence Caulier. « Dans une école secondaire de Saint-Gilles, on m’a demandé pourquoi les Juifs, eux, étaient surprotégés », explique-t-elle. « Le mythe du complot mondial reste bien présent. Une petite fille de 11 ans, lors d’une matinée au CCLJ, m’a demandé : “Pourquoi on dit que tout ce qui se passe, c’est de la faute des Juifs…” »
Sur le long terme
L’actualité israélienne suscite, elle aussi, son lot de réactions dans les écoles, et les attaques au couteau de ces derniers mois n’échappent pas à la règle. Certains joignant le geste à la parole. « Pendant une animation, un jeune s’est amusé à fabriquer un couteau en papier, en me demandant si j’avais peur », se rappelle Florence, qui admet ressentir parfois quelques appréhensions.
Embrayer sur l’enseignement des génocides du 20e siècle, dont la Shoah, relève presque du défi. « Certains élèves pensent qu’on leur en parle uniquement parce qu’on est juif ou doutent de notre impartialité », observe Ina Van Looy. « On a tendance à leur parler de la Shoah trop tôt, et lorsqu’ils ont finalement la maturité pour comprendre, ils n’en peuvent déjà plus ! », déplore Florence Caulier. Mais le Centre d’éducation à la citoyenneté n’est pas du genre à baisser les bras. Il y a peu, les élèves de l’Institut de la Sainte-Famille d’Helmet s’adressaient à lui pour une introduction à leur voyage à Auschwitz. La soirée organisée au CCLJ avec les jeunes de la JJL, l’échange et le dialogue qui en sont ressortis ont dépassé toutes les attentes, et devraient connaitre des suites.
A l’attention du cycle primaire comme du secondaire, les animations du CEC se poursuivent, en s’adaptant aux demandes. La commune d’Ixelles a ainsi sollicité l’équipe de « La Haine, je dis NON ! », dans le cadre de son programme « Mémoire », pour mener à partir de janvier 2016 et jusqu’au mois de mars, une animation autour de Sophie, l’enfant cachée, avec toutes les classes de 5e et 6e primaires, soit 490 enfants qui recevront aussi le livre racontant l’histoire de Sophie Rechtman. Avant l’été, des contacts avaient également été pris par l’échevine de la Jeunesse de Molenbeek, Sarah Turine, pour envisager un travail sur le long terme avec les écoles communales. « Consciente de l’enfermement de Molenbeek, et du fait qu’il est difficile au sein même de la commune de créer des synergies entre les différents quartiers, elle nous a demandé de venir présenter le programme “La Haine, je dis NON !” au Conseil communal qui l’a approuvé », se réjouit Ina Van Looy. Des animations sur le vivre-
ensemble et le respect seront donc données une fois par mois à partir de janvier à 11 classes de 5e et 6e primaires, soit 228 élèves, dans les écoles n°9, n°13 et n°16. Avec une prochaine matinée organisée au CCLJ autour de la fête de Hanoucca. Parce que la connaissance de l’autre et la déconstruction des clichés passent par l’éducation. Une éducation à réinvestir pleinement et de façon urgente, cela semble désormais une évidence.
Hanoucca, et clôture de l’année.
– 5 matinées secondaires : la Shoah, le génocide des Tutsi, et le génocide des
Arméniens, Assyriens et Grecs pontiques.
– 2 journées secondaires sur le thème de la Shoah et du génocide des Arméniens.
– 2 journées « Mémoire » : visite du camp de Breendonk et du Musée de Malines.
– 400h d’animations dans les classes de primaires & secondaires.
Au total : plus de 1.200 élèves du secondaire et près de 300 élèves du primaire. Plus d’infos : 02/543.02.97 ou hn@cclj.be *année scolaire 2014-2015